"Je revois bien la scène": au procès du drame de Millas, la conductrice du car nie avoir forcé le passage à niveau

Cette photo d'archives prise le 15 décembre 2017 montre l'épave d'un bus scolaire à Millas, près de Perpignan, dans le sud de la France, au lendemain de l’accident - RAYMOND ROIG © 2019 AFP
Cette photo d'archives prise le 15 décembre 2017 montre l'épave d'un bus scolaire à Millas, près de Perpignan, dans le sud de la France, au lendemain de l’accident - RAYMOND ROIG © 2019 AFP

C'est tout l'enjeu de ce procès qui va durer trois semaines. La barrière du passage à niveau était-elle levée ou baissée? Le signal sonore était-il en marche lorsque le bus scolaire s'est approché du passage à niveau? Au premier jour de son procès, la conductrice du car qui est entré en collision avec un TER en décembre 2017 à Millas, dans les Pyrénées-Orientales, a assuré n'avoir vu aucun de ces systèmes de sécurité.

"Je revois bien la scène. Tout était levé, tout était éteint, il n'y avait pas de signal sonore. J'ai engagé le bus", a détaillé Nadine Oliveira, assurant n'avoir commis aucune imprudence.

"Aucun souvenir"

Le 14 décembre 2017, le car scolaire qu'elle conduisait, avec à bord 23 adolescents, a été percuté par un TER à hauteur d'une passage à niveau. Six collégiens sont morts, et huit autres ont été grièvement blessés. En ce premier jour de procès, délocalisé à Marseille, le président a interrogé la prévenue sur les circonstances de l'accident. La quinquagénaire a fondu en larmes au moment de cet interrogatoire.

Se décrivant comme une conductrice "prudente et consciencieuse" qui étudiait ses parcours en amont, Nadine Oliveira empruntait ce trajet six fois par jour depuis septembre 2017 mais sans n'avoir jamais été confrontée au passage d'un train. Le jour de l'accident, elle a à nouveau assuré devant la cour ne pas avoir vu le train arriver.

"Vous pouvez bien imaginer dans quelle situation psychologique elle est. Elle est effondrée. C'est une femme qui n'a aucun avenir, a souligné l'un des avocats de la conductrice, Me Jean Codognès. Mais elle l'attendait ce procès, ça lui fera aussi du bien", a-t-il ajouté.

Les collégiens vont témoigner

Pour les enquêteurs, "l'hypothèse la plus probable, sur le plan technique" est bien "celle d'un passage à niveau fermé au moment de l'accident", même si les témoignages attestant de l'inverse, dont ceux de certains enfants, "sont majoritaires". D'autres témoins maintiennent que la barrière était fermée.

Le car "faisait sa manoeuvre et il ne s'est pas arrêté. La barrière, elle a été poussée tranquillement, comme si on la poussait à la main", a témoigné à la barre le passager d'un véhicule qui était arrêté de l'autre côté du passage à niveau, dont les barrières étaient bien baissées, selon lui.

Ce mardi, la matinée sera consacrée aux témoignages des adolescents, dont plusieurs ont souhaité s'exprimer. Parmi eux, Enzo, qui a été blessé à la main dans l'accident et a suivi la première journée du procès depuis Perpignan.

"A l'évocation du témoignage" des occupants de la voiture arrêtée de l'autre côté du passage à niveau, "ça lui a fait revivre tout cela et il m'a dit 'je veux témoigner, je veux témoigner'", a indiqué son avocat, Me Raymond Escalé.

Article original publié sur BFMTV.com