Retraites: des centaines de milliers de personnes dans la rue, Delevoye remplacé

Arnaud BOUVIER, Cyril TOUAUX, avec les bureaux de l'AFP
Retraites: des centaines de milliers de personnes dans la rue, Delevoye remplacé

Paris (AFP) - Des centaines de milliers de personnes ont manifesté mardi dans toute la France contre la réforme des retraites, à l'appel pour la première fois de l'ensemble des syndicats, d'ores et déjà invités à Matignon mercredi pour des discussions afin de trouver le chemin d'une sortie de crise avant Noël.

Un nouveau "M. Retraites", le député LREM du Nord Laurent Pietraszewski - qui sera chargé de reprendre les négociations avec les syndicats après 13 jours de bras de fer - a été nommé mardi dans la soirée par Emmanuel Macron. Il remplace le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, démissionnaire, rattrapé par les révélations sur ses activités parallèles et mandats non déclarés.

La CGT a annoncé dans un tweet un total de 1,8 million de manifestants dans tout le pays, soit plus que le 5 décembre où elle en avait dénombré 1,5 million. A l'inverse, selon le ministère de l'Intérieur, la mobilisation était moins forte avec 615.000 personnes dans les rues, contre 806.000 le 5 décembre.

A Paris, le cabinet Occurrence, mandaté par un collectif de médias dont l'AFP, a compté 72.500 manifestants, la préfecture de police 76.000 et la CGT 350.000.

La journée est "un franc succès", s'était réjoui dès le début d'après-midi son leader, Philippe Martinez, estimant que "malgré les tentatives de division du gouvernement, la population reste mobilisée".

Cheminots, enseignants, fonctionnaires, avocats, magistrats en grève, mais aussi des soignants qui réclament davantage de moyens pour l'hôpital: salariés du public et du privé ont gonflé les cortèges en cette nouvelle journée interprofessionnelle de protestation contre l'instauration d'un système universel de retraite par points.

"Ma détermination, celle du gouvernement, celle de l'ensemble de la majorité est totale" pour mener à bien la réforme, a rappelé devant les députés le Premier ministre, Edouard Philippe.

"Services publics à l'agonie, Retraitez nous bien", ou "On révolte ceux que l'on saigne", pouvait-on lire sur les pancartes à Paris. Quelques tensions ont eu lieu vers 18H00, lorsque les forces de l'ordre ont répliqué à des jets de projectiles par des tirs de lacrymogènes. Selon le parquet, 30 personnes étaient en garde à vue à 21H00.

La CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU, qui réclament le retrait pur et simple du projet, ont lancé un "ultimatum" au gouvernement à l'issue d'une intersyndicale mardi soir, en décidant de nouvelles actions locales jeudi et jusqu'à la fin décembre. Sans trêve de Noël, et en promettant "des suites" si le gouvernement ne répond pas "dans les heures qui viennent".

Dans les mêmes cortèges mais derrière leurs propres banderoles, la CFDT, la CFTC et l'Unsa réclamaient une amélioration du projet de fusion des 42 régimes existants en un système universel. Ils demandent surtout le retrait de l'"âge d'équilibre", qui doit atteindre 64 ans en 2027 afin de favoriser l'équilibre des comptes grâce à un dispositif de bonus-malus.

Une mesure "terriblement injuste" pour le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, présent sur la manifestation parisienne et qui a rapidement quitté les lieux.

- "Faire bouger le gouvernement" -

Les cortèges étaient également nombreux en province avec par exemple 20.000 personnes à Marseille selon la préfecture, 200.000 selon les manifestants. "Oui à la réforme des retraites... des sénateurs", proclamait une pancarte à Lille, tandis qu'à Dijon, une autre implorait: "à Noël, ma belle-mère ne pourra pas venir, grévistes tenez bon !"

"Je ne sais pas si on va arriver à faire bouger le gouvernement, mais ce qui est sûr, c'est que si on n'est pas là, il ne bougera pas", estimait dans le défilé toulousain Aurélie, auteure en arts visuels de 25 ans.

A la SNCF, pour le quatorzième jour de mobilisation mercredi, les prévisions de trafic sont en légère amélioration avec un TGV sur trois "en moyenne", un Transilien (RER SNCF, trains de banlieue) sur quatre en région parisienne, quatre TER sur 10 en régions. Le trafic restera "très perturbé" à la RATP mercredi avec notamment huit lignes de métro fermées.

Pour le premier week-end des vacances, la SNCF a assuré pouvoir transporter tous les passagers ayant déjà réservé leur billet de TGV, avec des changements d'horaires dans la moitié des cas.

Une majorité de Français (62%) soutiennent le mouvement de grève selon un sondage Harris Interactive, mais 69% souhaiteraient une "trêve de Noël".

"Cette trêve est indispensable, les Français ont besoin de se reposer", a relevé sur France Inter Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, chargée du dossier depuis la démission lundi de Jean-Paul Delevoye.

En marge de la manifestation parisienne, les leaders politiques Jean-Luc Mélenchon (LFI), Olivier Faure (PS) et Julien Bayou (EELV) ont appelé le gouvernement à retirer sa réforme.

- Coupures d'électricité -

Des concertations doivent s'ouvrir mercredi après-midi à Matignon, où Edouard Philippe reçoit les organisations syndicales et patronales représentatives en rencontres bilatérales, avant une multilatérale jeudi.

Mardi, les actions ont aussi pris la forme de barrages filtrants, ports et raffineries bloqués, rassemblements de surveillants de prisons...

Des coupures d'électricité, affectant parfois des foyers, notamment en Gironde et à Lyon, ont été revendiquées par la CGT du gestionnaire du réseau RTE.

Le mouvement a également touché les établissements scolaires, avec 25,05% de grévistes dans le primaire et 23,32% dans le secondaire, selon le ministère de l'Education (50% et 60% respectivement selon les syndicats).

Dans l'ensemble de la fonction publique, la participation à la grève a été de 9,74%, a précisé le secrétaire d'Etat, Olivier Dussopt. La Fonction publique d'Etat, qui englobe les enseignants, a été la plus mobilisée avec 15,7% de grévistes contre 10,33% le 10 décembre et 33% le 5 décembre.

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