Retraites: "poing contre points", les manifestants lillois moins nombreux mais déterminés à se battre "jusqu'au retrait"

Elia VAISSIERE
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Des manifestants contre le projet de réforme des retraites défilent à Lille le 9 janvier 2020

Lille (AFP) - "Poing contre points, on se battra jusqu'au retrait !": moins nombreux que mi-décembre mais poussés par une "colère intacte", plusieurs milliers de personnes ont défilé jeudi à Lille pour "exiger le retrait" de la réforme des retraites, rejetant majoritairement l'idée d'un compromis.

Affichant leur unité à l'avant du cortège, la CGT, FO, Sud Solidaires, la FSU, la CFE-CGC ou encore l'UNL réclamaient ce "retrait" dès la banderole de tête: "la retraite à points, ni pour moi, ni pour mes enfants", avaient-ils inscrit en lettres rouges.

Entre 6.000 personnes - selon la préfecture du Nord - et 15.000 - selon la CGT - suivaient sous un ciel lourd et pluvieux, dans une foule compacte largement dominée par les gilets rouges de la CGT.

"Ce qu'on veut, c'est le retrait total ! Ce sera notre poing contre leur retraite à points ! Et il n'y a pas de compromis possible, car ça laisserait le monde du travail perdant", lance à l'AFP Jean-Paul Delescaut, secrétaire général de l'union départementale Nord de la CGT, au début de la manifestation.

Malgré des semaines de grève, "la colère est intacte ! On voit la détermination des cheminots, des raffineries, des manifestants aujourd'hui", juge-t-il.

A l'évocation d'un possible accord, son homologue de Force ouvrière, Jean-François Duflo, rit jaune: "pour négocier il faut être deux, et là on est un peu seuls ! Le gouvernement ne fait aucune proposition concrète, depuis deux ans on tourne en rond".

"La réforme Macron détruira nos pensions !", scandent les manifestants, au-dessus des explosions de pétards et des crachotements des hauts-parleurs. Beaucoup d'entre eux ont "fait toutes les manifestations depuis début décembre" et sont "prêts à perdre beaucoup d'argent" pour "défendre leurs droits".

- "D'abord retirer, ensuite discuter" -

En milieu d'après-midi, quelques échauffourées éclatent sur la Grand-Place, des manifestants criant des slogans contre la police - "Flics, violeurs, assassins" - et jetant des projectiles, auxquels les forces de l'ordre répondent par des tirs de gaz lacrymogène. Malgré quelques vitrines de banques, des abribus et des panneaux publicitaires brisés, la manifestation se termine globalement dans le calme.

"Le gouvernement croit nous endormir en parlant d'âge pivot, de conférence du financement, mais c'est du pipeau! Quoi qu'il arrive nos retraites baisseront avec leur système à points", juge dans la lueur rouge des fumigènes, Jérôme, 47 ans, qui "travaille à la chaîne" dans une usine de métallurgie. "Cette réforme divise les gens selon les âges, c'est de la poudre aux yeux", estime aussi Sullyvan, 24 ans, qui défile aux côtés de sa mère.

Aide à domicile, Nathalie Delzongle ne comprend pas ce gouvernement qui "refuse de prendre en considération les spécificités des métiers": "dans ma branche on a 90% de temps partiel subi, pour 800 à 1.000 euros par mois. Pour nous, une carrière complète ça ne veut strictement rien dire !".

Comme elle, de nombreux manifestants raillent d'ailleurs un système qui "se voulait universel mais l'est de moins en moins, quand dans certaines branches" qui font pression "le gouvernement concède des aménagements".

Sous les ballons rouges, les rangs des cheminots sont fournis mais les soignants, pompiers, enseignants, agents territoriaux ou encore salariés du privé sont aussi venus en nombre.

Chez Primark, à Lille, "on a doublé le nombre de grévistes depuis début décembre, passant d'une trentaine à une soixantaine, ce qui est déjà un exploit", sourit Laetitia. Salariée depuis trente ans chez la Redoute et "au smic", Corinne Dunoir, 53 ans, ancienne gilet jaune, commence à "avoir mal au porte-feuille, mais qu'importe": "il faut continuer car on va gagner", veut-elle croire.

Pour quelques manifestants issus notamment de l'Unsa, "un compromis est envisageable, mais encore loin d'aboutir". Plus tranché, Franck Lecocq, enseignant de 52 ans encarté à la CGT, estime qu'il faut "d'abord retirer, et ensuite discuter".