Retraites, dépense publique, immigration : Édouard Philippe avertit la Macronie

« J’ai regardé la liste des chèques… c’est effrayant », l’avertissement d’Edouard Philippe au gouvernement

S’il reste favorable à une réforme des retraites, l’ancien Premier ministre cultive sa différence en expliquant qu’il y a « mille choses beaucoup plus importantes à faire. »

POLITIQUE - Édouard Philippe sort de son silence… Et n’épargne pas la majorité. L’ancien Premier ministre se confie, ce jeudi 12 janvier, dans les colonnes du Point pour y affirmer, entre autres, que le « quoi qu’il en coûte » n’est « pas durable », ou que la réforme des retraites n’est pas la mère des priorités. Un message relativement clair, à l’heure où le gouvernement vient d’annoncer son fameux projet, tout en continuant à débloquer des aides spéciales pour répondre aux secteurs en difficulté.

« J’ai regardé la liste des chèques… C’est effrayant. Il va falloir arrêter d’en faire », juge ainsi le premier chef du gouvernement sous Emmanuel Macron (2017-2020), pour qui « le ’quoi qu’il en coûte’ était nécessaire pendant le confinement, mais il n’est pas durable. » D’autant que, selon lui l’option qui consiste à « acheter la paix sociale en faisant des chèques » est « peu efficace à court terme et dangereux à long terme. »

En résumé, le maire du Havre, qui s’est donné comme mission de « voir loin pour faire bien » avec son parti Horizons -et dont on dit que ses relations se tendent avec un autre potentiel prétendant pour 2027, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire- préférerait « la concentration de nos moyens sur nos objectifs stratégiques. Bien plus que le déblocage de « chèques pour à peu près n’importe quoi. » Message compris ?

Les retraites : Oui, mais…

Édouard Philippe ne s’arrête pas là. Celui qui confesse « se préparer » pour les prochaines échéances électorales, avec sa formation forte de 20.000 adhérents, n’est guère plus positif sur la réforme des retraites que sa prédécesseure Élisabeth Borne a détaillée mardi soir. Ou plutôt sur son timing. S’il soutient le texte, il juge effectivement qu’« il y a mille choses beaucoup plus importantes à faire, qui mériteraient un temps de débat au moins aussi long et une implication intellectuelle et politique aussi soutenue. »

Au premier rang desquels les finances publiques, et la fin des chèques, donc, ou les thèmes du logement ou de l’immigration. Sur ce dernier sujet, Édouard Philippe fait également entendre sa propre petite musique que l’on pourrait résumer d’un trait : « oui, mais. » Le maire du Havre explique qu’il soutiendra la réforme du droit à l’immigration concoctée par Olivier Dussopt et Gérald Darmanin… Sans pouvoir empêcher une petite nuance, en forme de pique.

« Imaginer que cela règle durablement la question est extravagant », commente celui qui veut prendre la question « en large », quitte à paraphraser Nicolas Sarkozy sur la crise migratoire qui « n’a pas commencé. » Autant de petits mots, ou de réserves, susceptibles de provoquer les critiques de ses alliés macronistes ?

« Ça ne m’en touche même pas une », réplique l’ancien locataire de Matignon, en reprenant à son compte une expression du président Macron, elle-même empruntée à Jacques Chirac. « Ça m’en touche une sans bouger l’autre », avait dit le chef de l’État l’été dernier, en réponse à la polémique des Uber files. Même dans les expressions populaires, les différences se cultivent.

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