Retour des talibans au pouvoir en Afghanistan: les sources d’inquiétude du renseignement français

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Des talibans accrochent le drapeau du mouvement, mardi 17 août, à Kaboul, lors de la première conférence de presse depuis la prise de la capitale. - Hoshang Hashimi / AFP
Des talibans accrochent le drapeau du mouvement, mardi 17 août, à Kaboul, lors de la première conférence de presse depuis la prise de la capitale. - Hoshang Hashimi / AFP

Vingt ans après avoir été chassé par les Etats-Unis, les talibans sont de nouveau à la tête de l’Afghanistan. Officiellement, ces fondamentalistes musulmans, qui ont repris le contrôle de Kaboul lundi, assurent avoir pris leur distance avec Al-Qaïda, groupe terroriste fondé par Oussama ben Laden. En arrière-plan, les organisations gardent des relations intimes.

"On ne parle pas de deux groupes militaires qui coupent les liens, mais plutôt de deux frères, de deux cousins", expliquait récemment Michael Rubin, un ancien fonctionnaire du Pentagone.

Dans ces conditions, la France doit-elle craindre une recrudescence de la menace terroriste sur son sol? BFMTV a interrogé plusieurs sources au sein du renseignement français. Elles identifient plusieurs menaces, à moyen et à long terme.

• La crainte de la reconstitution de foyers d'Al-Qaïda en Afghanistan

Les liens entre ces deux branches de l'islamisme ultra radical puisent dans l'histoire ancienne, les pères des cadres supérieurs actuels des talibans étant liés avec Ben Laden. Or, Al-Qaïda est depuis quelques mois plus agressive dans sa propagande envers la France. Bien que son ennemi historique demeure les Etats-Unis, l’organisation se focalise davantage sur l’Hexagone, depuis, notamment, la publication des caricatures de Mahomet, et en parallèle de multiples débats sur la laïcité. Dans une vidéo publiée le 15 juillet dernier, intitulée "un crime impardonnable", Al-Qaïda menaçait à nouveau directement la France.

Les renseignements français s’inquiètent désormais de la possible reconstitution de foyers d'Al-Qaïda en Afghanistan. Le pays pourrait redevenir une base arrière, réactivant ainsi le risque d'une "menace projetée", c'est-à-dire d'attentats préparés depuis l'étranger, avec des terroristes envoyés en France, comme ce fut le cas pour les attentats du 13-Novembre.

Tout dépendra de l'attitude des talibans envers Al-Qaïda. Vont-ils couper véritablement les ponts avec l’organisation terroriste, dans un souci de s'installer, de reconstruire un Etat et de dialoguer avec la communauté internationale? Lors de la première conférence de presse du mouvement depuis la prise de la capitale, le porte-parole des talibans a assuré que son mouvement avait changé:

"Nous sommes les mêmes qu’avant, avec la même idéologie, mais nous avons davantage d’expérience."

Dans le même temps, les talibans libéraient des milliers de détenus de la prison de Pul-E-Charki, parmi lesquels se trouvaient bon nombre de combattants d'Al-Qaïda.

Le départ de jihadistes français pour l'Afghanistan: une vraie menace?

Entre 1996 et 2001, un peu moins d’une centaine de jihadistes français a rejoint l’Afghanistan. L’auteur des attentats de Toulouse en 2011, Mohamed Merah s’y était également rendu l’année précédant son passage à l’acte. Quelques départs ont encore été enregistrés jusqu’en 2017, mais jamais dans la même proportion que le nombre de Français ayant rejoint Daesh en zone irako-syrienne.

Aujourd’hui, le risque de nouveaux départs de Français pour faire leur "hijra" en Afghanistan est limité, selon les renseignements français. La Syrie était relativement facile d'accès, en passant notamment par la Turquie. Il existait alors de nombreux réseaux d'entraide. La situation est bien différente avec l’Afghanistan, distante d’une dizaine de pays avec la France et séparée notamment par l’Iran, pays dont les frontières sont compliquées à franchir. Actuellement, et à l’inverse de Daesh à l'époque, les talibans n'ont pas livré d'appel aux musulmans du monde entier à venir les rejoindre.

• Vers un accroissement de la menace dite "endogène"

La victoire des talibans a une dimension symbolique très forte, souligne une source à BFMTV, qui estime qu'elle va redonner du souffle à l'idéologie islamiste. Le risque existe que cette victoire accroisse la menace dite "endogène", principale menace à laquelle la France est confrontée ces derniers mois.

Les services de renseignement se soucient en particulier d'individus présents sur le territoire national, isolés, sans lien direct avec une organisation terroriste, avec parfois des troubles psychiatriques, qui pourraient être inspirés par cette victoire et commettre des attentats.

• Un risque d'infiltration de terroristes parmi les exilés

C’est l’ultime menace suscitée par la prise de pouvoir des talibans. La présence d’individus radicalisés, voire prêts à passer à l’acte parmi les réfugiés afghans qui vont fuir le pays et être accueillis ces prochaines semaines par les pays européens. S’ils sont davantage préparés, les renseignements français ont encore le souvenir de plusieurs terroristes du 13-Novembre, qui avaient à l’époque profité des flux migratoires nés de la crise syrienne pour pénétrer l’Europe.

Pour l’heure, les services de renseignement français ne connaissent pas le profil des individus fuyant le pays. Ils devraient donc réaliser prochainement des "criblages" avec les candidats à l’asile, c’est-à-dire des entretiens avec les migrants, afin de comprendre leur parcours, leurs relations, leur vision de la religion et de la France. Mais attention, nous alerte une source au sein des renseignements:

"Il ne sera possible de réaliser ces entretiens de manière efficace, que si ces flux sont bien régulés et que le pays n'est pas débordé."

Article original publié sur BFMTV.com

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