Retour à table pour les chauffeurs dans le plus grand "routier" de France

Christian PANVERT
·4 min de lecture
Le restaurant routier "L'Escale Village" à Déols (Indre), le 9 novembre 2020

Retour à table pour les chauffeurs dans le plus grand "routier" de France

Le restaurant routier "L'Escale Village" à Déols (Indre), le 9 novembre 2020

La nuit tombée, sur le bord de l'A20 à Déols (Indre), l'enseigne rouge de "L'Escale Village" brille sous la pluie fine tandis que le parking du plus grand restaurant routier de France se remplit de camions et de conducteurs impatients de se retrouver à table.

Comme environ 250 autres relais partout dans l'Hexagone, l'établissement a eu l'autorisation d'accueillir à nouveau dans sa salle les professionnels de la route malgré le confinement en vigueur depuis le 30 octobre.

Sur le parking de l'institution ouverte depuis 1937, lundi soir, des dizaines de routiers, masque sur le visage, forment déjà une petite file d'attente devant l'entrée du restaurant. 

La plupart n'ont pas besoin de présenter leur carte professionnelle. Les gérants Isabelle et Dominique Thomas les connaissent presque tous.

"Nous sommes heureux de les retrouver. Nous conservons notre service de plateaux-repas", en place depuis le début du confinement, "et nous faisons un menu unique en salle, pour les chauffeurs: assiette de charcuterie variée, bœuf bourguignon avec gratin maison, fromage, riz au lait, quart de vin, le tout pour 13,80 euros", détaille Mme Thomas.

Cette réouverture arrive à point nommé pour Eric Lefèvre, parti du Havre en direction de Tulle, au volant d'un semi-remorque frigorifique chargé de myrtilles. "Ça commençait à être galère de manger dans le camion sans pouvoir prendre une douche. On fait tourner la France et on nous traite comme des moins que rien", déplore-t-il. 

"On n'a pas su tirer les leçons du premier confinement. Il était temps que les restaurants routiers rouvrent mais il en faudrait plus!", s'énerve le chauffeur de 52 ans.

Des mots qui résonnent avec les demandes des syndicats des transports, qui avaient réclamé cette mesure au ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari. Pour eux, la fermeture des relais constituait une "offense à la dignité" car les "routiers" proposent la restauration mais aussi le stationnement pendant les périodes de repos, des "sanitaires décents" et une vie sociale qualifiée "de seconde famille".

C'est d'ailleurs pour cela que Jean-Louis Chabrier, 47 ans, a fait un "détour de 50 kilomètres" sur son trajet vers l'Espagne. "On est heureux de se retrouver entre copains pour papoter", explique le conducteur. 

"Vous êtes indispensables à la chaîne logistique et à la France, nous dit le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, mais il a tardé pour prendre cette décision de bon sens. C'est encore du temps perdu!", peste-t-il.

Déçu, le chauffeur salue tout de même cette décision tardive: "Je n'en pouvais plus des sandwiches. Pour tenir, et ne pas risquer de s'endormir au volant, rien de mieux qu'un bon repas chaud!"

- Comme un jour de neige -

Plus de 250 relais routiers, sur les 4.000 recensés en France, sont de nouveau ouverts, uniquement le soir, avec des règles sanitaires strictes. Un protocole qui nécessite une réorganisation au sein de l'établissement.

"Nous le faisons pour les chauffeurs qui font un peu partie de notre famille. Parce que nous, nous travaillons carrément à perte", confie le gérant Dominique Thomas. 

"Ce n'est pas la fête! On a dû fermer le bar. En salle, de quasiment 500 places assises, on est passés à 270. On doit désinfecter les tables, les chaises, organiser la distanciation. Ça prend du temps", explique-t-il. 

"On ne reçoit que des professionnels de la route. On se prive de la clientèle de l'Indre qui mange là aussi d'habitude. On est six à travailler ce soir, au lieu de vingt-cinq minimum habituellement. On aimerait reprendre une partie de notre personnel, mais on ne peut pas financièrement!", peste le gérant, alors que le restaurant, normalement ouvert 365 jours par an 24h/24, compte 87 salariés.

"Depuis le début de la pandémie, la solidarité passe avant l'économie! On navigue à vue!", regrette-t-il, avant d'évoquer des pertes colossales. La semaine dernière, alors que seule la vente à emporter était encore autorisée, "on a fait l'équivalent de la recette d'une journée avec de la neige. On ne peut pas continuer comme ça!"

pvt/mam/gvy/cal