Pour le représentant de la République d’Artsakh en France, «l’Azerbaïdjan doit accepter l’existence des Arméniens du Karabakh»

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Il y a un an, le 27 septembre 2020, la deuxième guerre du Karabakh éclatait entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ce conflit s’est soldé par la victoire des forces azerbaïdjanaises, qui, après une offensive de 44 jours, ont reconquis plusieurs districts perdus dans les années 1990. Les hostilités ont pris fin le 10 novembre, sous l’égide de la Russie, qui a parrainé l’accord de cessez-le-feu signé entre les deux parties. Entretien avec Hovhannès Guévorkian, le représentant en France de la République d'Artsakh.

RFI : Quel regard portez-vous sur la région, un an après le déclenchement de ce conflit qui aura duré six semaines ?

Hovhannès Guévorkian : Depuis un an, nous sommes mis devant le fait accompli par l’Azerbaïdjan, qui occupe une large partie du territoire de la République d’Artsakh. Cette occupation résulte d’une agression qui n’était pas justifiée. Il y avait un processus de négociation, sous l’égide de la communauté internationale, à travers le groupe de Minsk (États-Unis, France, Russie), soutenu par l’OSCE. L’Azerbaïdjan a unilatéralement rompu ce processus de paix et lancé une attaque, en mettant devant le fait accompli l’ensemble des protagonistes, y compris les médiateurs.

Le groupe de Minsk n’a-t-il pas manqué à sa mission de conciliation ?

Les médiateurs étaient là pour accompagner un processus qui visait à régler un différend de manière exclusivement pacifique. À partir du moment où l’Azerbaïdjan a décidé de rompre ce processus de manière unilatérale, les médiateurs avaient le choix de garder leur neutralité ou de dénoncer l’offensive azerbaïdjanaise. Emmanuel Macron a fait une déclaration en ce sens, de manière très claire, disant que c’était bien l’Azerbaïdjan qui avait commencé les hostilités et qu’il ne s’agissait pas d’une réaction de légitime défense. Les médiateurs auraient pu aller plus loin en condamnant ou en sanctionnant l’Azerbaïdjan. Cela n’a pas été fait, même si le groupe de Minsk a tenté par trois fois de mettre fin au conflit armé, sans résultat.

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L’Azerbaïdjan affirme avoir, par cette offensive, « rétabli le droit international » et appliqué les dispositions des résolutions de l’ONU. Quelle est votre lecture de ce discours ?

Heureusement, les textes de ces résolutions sont publics. Elles visent avant tout à régler le problème de manière pacifique. Je ne sais pas si l’Azerbaïdjan s’en souvient. Deuxièmement, elles demandent aux forces arméniennes locales, c’est-à-dire aux forces du Haut-Karabakh, de se retirer des districts qui constituent une zone de sécurité autour du Haut-Karabakh. Jamais elles ne parlent de l’occupation du Haut-Karabakh lui-même, parce que c’est un non-sens. Le Haut-Karabakh ne peut pas être occupé par ses propres habitants, sinon l’Alsace est occupée par les Alsaciens et la Bretagne par les Bretons. L’historique des pourparlers est là pour démontrer quel protagoniste dit la vérité.

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L’accord tripartite du 10 novembre, signé sous l’égide de la Russie, met en place un cessez-le-feu entre les parties, ce n’est pas un accord de paix. Quelles sont à vos yeux les conditions de cette paix ?

Tant que l’Azerbaïdjan n’accepte pas l’existence des Arméniens du Karabakh sur ce territoire donné, il n’y aura pas de paix. Cette population doit avoir le droit de décider librement, par référendum, si elle veut rester ou non dans le giron azerbaïdjanais. Et la réponse sera non. Il ne s’agit pas d’un caprice : quand vous vivez depuis pratiquement un siècle dans l’État raciste qu’est l’Azerbaïdjan, où vos droits sont systématiquement bafoués parce que vous êtes Arménien, où vous faites l’objet de discriminations et de massacres, y compris pendant le conflit de 2020 où des civils arméniens ont été exécutés, vous ne pouvez pas vous sentir en sécurité.

La question centrale de la résolution du problème, c’est celle du statut, avant même de parler des frontières. Cette population est-elle soumise à une protection internationale ? Lui reconnaît-on le droit d’avoir sa propre structure étatique comme une garantie supplémentaire contre d’éventuelles agressions de l’Azerbaïdjan ? Une fois la question du statut posée et définie, celle des frontières se posera nécessairement. Parce qu’imaginons qu’une protection internationale se mette en place : il faudra délimiter sur quel territoire cette protection s’étend. Et dans le cas d’une reconnaissance de la République du Haut-Karabakh, il faut déterminer sur quel territoire cette République pourra exister.

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