[Reportage] Les eurodéputés britanniques dans le flou total

Ils sont élus, mais doivent attendre que le Royaume-Uni quitte enfin l’Union européenne – en théorie le 31 octobre. À cause du report du Brexit, les Britanniques ont en effet élu des députés, en principe temporaires.Ils sont 27 dans son cas: 27 députés « surgelés, qui vont être décongelés peut-être fin octobre », plaisante l'ancien ministre italien Sandro Gozi, élu sur la liste de la majorité présidentielle française. En parallèle, il y a les députés britanniques « à consommer de préférence avant le 31 octobre », poursuit Sandro Gozi qui dénonce une situation « tout simplement ridicule », symbole pour lui d'une Europe qui n'a pas su prendre ses responsabilités lorsqu'elle a repoussé le Brexit.En attendant que les députés britanniques s'en aillent, ces « élus fantômes » ne seront pas payés et n'auront pas de bureau à Bruxelles, précise Jean-Lin Lacapelle du Rassemblement national. « Je suis élu dans le cadre électoral, mais je ne siègerai que lorsque le Brexit sera effectif. Donc au plus tard fin octobre. D’ici là, je ne profite d’aucun avantage d’un parlementaire, ce qui me paraît tout à fait normal », explique ce proche de Marine Le Pen.La situation « arrange » pour le moment la socialiste Nora Mebarek, élue surprise dimanche soir, qui ne s’imaginait pas élue députée européenne, puisque « tous les sondages mettaient notre liste PS place publique à 4 points et demi (NDLR : sous la barre des 5% nécessaire pour avoir des élus) ». Alors, elle ne dit pas non à quelques mois sur le banc de touche, pour s’organiser.

Dernier jour de session parlementaire pour les députés européens et à l’heure où certains font leur carton définitivement et d’autres sont déjà en campagne pour leur réélection, les Britanniques se demandent encore s’ils vont participer ou non à ces élections. Si le Brexit a lieu d’ici le 22 mai alors les Britanniques n’auront pas à voter pour les Européennes, mais dans ce contexte comment faire campagne à 5 semaines des élections ? Reportage.

Avec notre correspondante à Strasbourg,  Domitille Piron

La situation est aussi ubuesque que délicate. Les eurodéputés conservateurs, fidèles à Theresa May, espèrent encore ne pas avoir à faire campagne.

Daniel Dalton élu depuis 2015 n’a pas envie de participer à ces élections. « On doit faire toutes les préparations, mais on espère toujours pouvoir éviter ces élections, en réalité. S’il y a les élections, je vais bien sûr être candidat, mais là n’est pas la question. La question est de savoir si on peut éviter les élections ? Et ça, c’est une question pour le Parlement en Angleterre ? »

Les conservateurs espèrent un Brexit avant les élections, sans doute car ils sont loin d’être favoris. En tête des sondages, il y a les travaillistes. Le Labour, mais aussi les Verts, souhaitent axer la campagne sur les aspects positifs et protecteurs de l’Union européenne.

Mais pour Alyn Smith, eurodéputé Vert écossais, participer à ces élections c’est « un univers parallèle. C’est absolument bizarre ». Et quand on lui demande s’il espérait revenir en juillet, Alyn Smith répond : « On verra, rien n’est clair dans " Crazy Island " pour le moment. »

Pour ces élections, s’il y a bien un groupe d’eurodéputés très confiants, ce sont les membres de Ukip et du parti pour le Brexit.

David Coburn espère être élu pour mieux partir : « Je ne suis pas là parce que j’ai besoin d’un travail, je reviens, car je crois en une chose : sortir de l’Union européenne. Et si je reviens, j’espère que c’est pour que cela se fasse rapidement. »

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