Report ou maintien des régionales: l'exécutif interroge les maires, une "manœuvre" selon l'opposition

Mélanie Rostagnat avec AFP
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Le président des Républicains, Christian Jacob, présente ses voeux à la presse, le 13 janvier 2021 à Paris - ALAIN JOCARD © 2019 AFP
Le président des Républicains, Christian Jacob, présente ses voeux à la presse, le 13 janvier 2021 à Paris - ALAIN JOCARD © 2019 AFP

Le gouvernement demande ce week-end leur avis à tous les maires de France sur le maintien ou le report pour raisons sanitaires des élections régionales, ce qui lui vaut d'être accusé par l'opposition de "manipulation" pour se défausser d'une décision difficile.

Les préfets ont envoyé vendredi soir un message aux maires en leur demandant de se prononcer d'ici à lundi midi sur les mesures sanitaires pour les scrutins régionaux et départementaux des 13 et 20 juin.

"A partir du moment où celles et ceux qui sont là pour organiser les élections dans nos territoires, c'est-à-dire les élus locaux, recommanderaient que cette élection puisse être décalée, alors je pense qu'il faudra suivre leur avis. Si on voit qu'une majorité d'élus considèrent que cette élection peut se tenir, qu'ils savent pouvoir l'organiser, qu'ils savent trouver des assesseurs, alors maintenons-les", a justifié sur franceinfo la députée LREM Aurore Bergé.

L'épisode rejoue la valse-hésitation qui avait précédé le premier tour des élections municipales, le 15 mars 2020, alors que la France était sous le choc de la première vague du Covid-19 et sur le point d'être confinée.

"Le gouvernement cherche à se défausser"

Les mises en garde de l'opposition contre un report éventuel avaient été vives. Si les avis sont plus partagés aujourd'hui dans l'ensemble des partis politiques, la lettre du gouvernement aux maires n'en a pas moins été vertement critiquée ce samedi.

"On est une fois de plus dans une manipulation du gouvernement pour reporter les élections", a assuré Christian Jacob, le président des Républicains. Il s'agit selon lui d'une "manoeuvre pendant le week-end, en envoyant une lettre le vendredi soir de manière précipitée avec demande de répondre le lundi, pour essayer de trouver un prétexte pour reporter les élections."

D'après lui, "on est face à un gouvernement qui cherche à se défausser de ses responsabilités parce que s'ils sont sur la logique de reporter, ça veut dire qu'une fois de plus le président de la République a menti en disant qu'en mai les bars et terrasses vont rouvrir, qu'il a menti en disant que 30 millions de Français seront vaccinés au mois de juin."

"Les maires ne sont pas des pions"

A gauche également, plusieurs responsables ont qualifié la lettre envoyée par le gouvernement de "manoeuvre" et de "manipulation".

"Les maires ne sont pas des pions que l'on consulte uniquement à des fins politiciennes", a ainsi réagi Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie: "Les dernières annonces d'Emmanuel Macron sont claires: réouverture des terrasses et 30 millions de vaccinés au 15 juin. Mais on interdirait aux Français de voter? Drôle de conception de l'Etat de droit. Il faut arrêter de manipuler nos concitoyens.

"La manoeuvre est grossière", a également jugé dans un tweet la sénatrice communiste Cécile Cukierman, pour qui "la démocratie locale et la santé des Français méritent mieux qu'un simulacre de consultation".

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Pour l'AMRF, il est "inacceptable" de solliciter des personnes vaccinées

Sur un front voisin pour le gouvernement, l'Association des maires ruraux de France (AMRF) a rejeté sèchement, dans un courrier, les recommandations du Conseil scientifique pour l'organisation du scrutin. La demande que les membres des bureaux de vote soient vaccinés est en particulier jugée "inacceptable".

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Dans un avis remis le 29 mars à Matignon, le Conseil scientifique préconisait "de solliciter des personnes vaccinées", "c'est-à-dire des personnes plus âgées", pour tenir les bureaux.

Demande "inacceptable" selon les maires ruraux, pour qui "imposer de telles dispositions aux élus locaux est difficilement compatible avec la pratique constatée dans les communes rurales, où il est parfois complexe de trouver des assesseurs en nombre sans mobiliser le personnel communal".

Le gouvernement avait confirmé la semaine dernière qu'il privilégiait "à ce stade" le maintien de ces dates, sur lesquelles il a aussi demandé leur avis aux partis, groupes politiques et présidents des assemblées. Des débats sur cette question devraient se tenir mardi à l'Assemblée et mercredi au Sénat.

Article original publié sur BFMTV.com