Rentrée scolaire: pour les syndicats, le retour en présentiel des maternelles et primaires est "prématuré"

Ambre Lepoivre
·3 min de lecture
Une classe d'une école de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, le 14 mai 2020 (photo d'illustration)  - Martin Bureau-AFP
Une classe d'une école de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, le 14 mai 2020 (photo d'illustration) - Martin Bureau-AFP

Dans une semaine, les enfants de maternelle et de primaire reprendront le chemin de l’école. Pour les plus jeunes, Emmanuel Macron a fixé la réouverture des classes au 26 avril, tandis que les collégiens et lycéens restent en distanciel une semaine supplémentaire. Un décalage que les syndicats d’instituteurs ne voient pas du bon œil, jugeant cette rentrée scolaire "prématurée".

"On n’a pas encore assez de recul sur les effets du confinement, donc on est un peu circonspects. Il aurait peut-être fallu reporter la rentrée des maternelles-primaires en présentiel, comme celles des collèges-lycées", réagit auprès de BFMTV.com Laurent Hoefman, président du Syndicat national des écoles.

En attente de "conditions sanitaires strictes"

L’un des points d’inquiétude majeur pour ce retour à l’école est le nombre de contaminations qui reste élevé. Dimanche, Santé publique France a enregistré 29.344 nouveaux cas au cours des dernières 24 heures, tandis que 30.789 patients étaient hospitalisés à cause de la maladie infectieuse.

"Il y a un an, après le premier confinement, on était favorables au retour en classe car le pic épidémique était passé mais là, la situation est totalement différente. D’autant qu’on sait maintenant que les enfants véhiculent aussi le virus", s’inquiète Laurent Hoefman.

Même constat du côté du Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des Écoles (SNUipp-FSU) qui a lancé, le 13 avril, une pétition en ligne dans laquelle il enjoint le ministère de l’Education nationale "d’agir rapidement" avec des "conditions sanitaires strictes" pour accueillir les élèves et le corps enseignant dans des conditions optimales.

"Pour l’heure, nous n’avons aucun élément qui permette d’annoncer une bonne rentrée scolaire", estime Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU.

Une réunion entre les syndicats et le ministère de l’Education est prévue jeudi, "mais ça nous laissera ensuite seulement 24 heures pour organiser la rentrée. On avait trois semaines pour y réfléchir mais le gouvernement s’y prend au dernier moment et pour l’instant on est dans le flou", tance Guislaine David.

Une pétition pour "agir rapidement"

Dans cette pétition, co-écrite avec la Fédération des parents d’élèves (FCPE), le SNUipp réclame la généralisation de la vaccination pour toutes les équipes pédagogiques ainsi que l’installation de détecteurs de CO2 dans l’ensemble des salles de classe. Cet outil permet de mesurer le taux de dioxyde de carbone recraché par les personnes présentes dans une classe: plus il est important, plus le risque qu’il comporte des particules de Covid-19 est élevé. Il s’agit d’un indicateur important pour savoir quand aérer les pièces.

"Le gouvernement doit aussi mieux définir les cas contacts. Avant les vacances, quand un élève était positif au Covid-19, son instituteur n’était pas considéré comme cas contact et donc, il continuait à venir travailler. C’est incompréhensible, surtout en maternelle et primaire où on a plus de proximité avec les enfants", s’alarme la porte-parole du SNUipp contactée par BFMTV.com.

"On veut que les enfants retournent à l’école mais pas à n’importe quel prix", abonde Ghislaine Morvan-Dubois, présidente de la FCPE Paris. Cette dernière rappelle qu’aux mois de mars et avril, deux protocoles sanitaires étaient en vigueur: les classes devaient fermer dès le premier cas de Covid dans les écoles des départements reconfinés, tandis que la limite était fixée à 3 cas dans les départements exempts de cette mesure restrictive.

"On est dans le flou"

"Quel protocole va s’appliquer à la rentrée? On ne sait pas, on est dans le flou. On veut des informations", réclame-t-elle.

Si Jean-Michel Blanquer s’est régulièrement félicité d’avoir permis aux élèves français d’aller à l’école plus que leurs voisins européens au cours de cette première année de crise sanitaire, Laurent Hoefman du SNE tempère: "Ce n’est pas un concours du pays qui scolarisera le plus. Il faut penser à l’intérêt général." Contacté par Le Parisien, le ministère de l’Education nationale affirme que des protocoles sont à l’étude sans donner davantage de détails ni préciser si la rentrée aura bien lieu.

Article original publié sur BFMTV.com