Renseignement en Ukraine: «Quasiment tous les membres de l’Otan mettent la main à la pâte»

Moscou a reconnu jeudi 5 mai que le soutien occidental avait freiné l'« opération militaire spéciale » russe déclenchée le 24 février en Ukraine. Le New York Times avait révélé plus tôt que les renseignements fournis par Washington à Kiev avaient notamment permis de cibler plusieurs généraux russes. Des informations démenties par le Pentagone. Entretien avec Gérald Arboit, directeur de l’équipe Études de renseignement au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam).

RFI : Quels renseignements les États-Unis partagent-ils avec l’Ukraine ?

Gérald Arboit : D'abord, il ne faut pas oublier une chose, c’est que ce ne sont pas seulement les Américains, mais bien l’Otan qui est derrière l’Ukraine, sans le dire.

Cela se résume d'abord à une aide stratégique par des interceptions de signaux téléphoniques des portables des Russes – qui peuvent indiquer le jour et l'heure des rendez-vous des généraux par exemple – et par l'utilisation d'images satellitaires sur le terrain. C'est comme ça que le premier jour de guerre, le 24 février, les Russes ont manqué toutes leurs cibles, aussi bien les avions laissés sur les tarmacs des aéroports militaires ukrainiens, que leurs cibles sur les routes qu'ils allaient emprunter.

Ensuite, il y a le renseignement opérationnel, avec des radars de contrebatterie qui permettent de voir d’où les Russes tirent. Enfin, il y a, depuis le début du conflit, des avions Awacs qui tournent au-dessus de la Roumanie, donc sur un territoire de l'Otan, et qui interceptent les communications en Ukraine.

Ce renseignement est crucial, car cela permet d’afficher au compteur des généraux, on en est quand même à presque 12 tués. Et cela commence à poser un problème. Les capacités d’artillerie sont aussi handicapées du côté russe. Finalement, le renseignement apporte des données aux Ukrainiens qui leur permettent de marquer des points, et quasiment tous les membres de l’Otan mettent la main à la pâte.

Est-ce que ce partage de renseignements fait des États-Unis et des membres de l’Alliance atlantique (Otan) des cobelligérants ?

Pour l’instant, nous ne sommes pas en guerre, ni les États-Unis ni aucun membre de l’Otan. La « cobelligérance » n’est pas un terme qui existe juridiquement. Par contre, politiquement, on voit bien que c’est l’Otan qui a choisi un camp, le camp ukrainien, contre la Russie.

Mais alors jusqu’où cette position est-elle encore tenable ?

Cette position en matière de renseignement est « invisible ». On en parle, les médias américains et britanniques essentiellement en parlent, mais c’est quelque chose qui ne se voit pas, qui est inodore. Donc, les Russes ne peuvent pas prouver que les informations qui ont permis aux Ukrainiens de marquer des points viennent des États-Unis, de France ou d’Allemagne. C’est sûr que la position est difficile à tenir parce qu’on aide objectivement les Ukrainiens, mais on n’a pas déclaré la guerre aux Russes.

Là, on est vraiment sur un engagement de l’Otan, qui concerne également l’armement. Mais ce n'est pas nouveau : depuis 2015, l’Otan est engagée derrière les Ukrainiens.

Il y a pourtant une communication très affichée. En tout cas, il y a une volonté de montrer que, d’une façon ou d’une autre, les Américains ou les renseignements des pays occidentaux sont actifs dans ce conflit...

L’administration Biden a besoin d’expliquer au peuple américain qu’ils sont engagés pour la liberté dans ce combat. Et comme ils n’ont pas envoyé de troupes, ils sont obligés de communiquer sur ce qu’ils ont, à savoir le renseignement. Et ça, c’est une force que les médias américains ont : ils ont accès à des points de presse du Pentagone de la CIA, de la NSA sur ce genre de question, que ce soit des points de presse officiels ou officieux. On est dans un système qui est accepté.

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