Dans « Les rencontres du Papotin », une rédaction de journalistes autistes mène des interviews de célébrités

Les journalistes du Papotin - qui sont des personnes atteintes de troubles autistiques - vont interviewer une personnalité dans la nouvelle émission de France 2, un samedi par mois, selon les codes du journal : libre, décomplexé et parfois complètement absurde.

TÉLÉVISION - Une célébrité, des journalistes atypiques et une interview « sans filtre ». Voilà ce que nous promet la nouvelle émission de France 2, intitulée Les rencontres du Papotin. Elle reprend les codes du journal éponyme dans lequel les journalistes sont tous porteurs du trouble du spectre autistique. Ce sont eux qui mènent l’interview, un samedi par mois, avec une parole libre et décomplexée dans une salle où la frontière entre les journalistes et l’invité est abolie.

Le premier épisode de l’émission proposée par Olivier Nakache et Eric Toledano, diffusé ce samedi 3 septembre, a vu Gilles Lellouche se confronter aux journalistes. La chaîne promet : « On peut tout dire au Papotin, mais, surtout, tout peut arriver ! » Alors l’acteur se prête au jeu et « dit tout au Papotin » : il avoue par exemple être mauvais joueur, avoir peur de la solitude et ne plus avoir de permis de conduire.

Le ton employé est celui d’un journal né en 1990, à l’hôpital de jour d’Antony (Hauts-de-Seine), à l’initiative d’un éducateur de l’époque, Driss El Kesri. Aujourd’hui, il est composé de 53 journalistes atypiques, tous bénévoles. Après tout, le Papotin est une activité qui leur est proposée à l’hôpital de jour au même titre que le théâtre ou la psychomotricité.

Le « ton de l’unique »

Ses pages se composent de textes, de dessins, mais essentiellement d’interviews d’écrivains, d’humoristes ou de metteurs en scène… « On a un équilibre à trouver entre la spontanéité absolue et les questions prévues », résume Julien Bancilhon, rédacteur en chef depuis 2019 et psychologue de l’hôpital. « Il n’y a pas de calcul comme chez certains journalistes. L’interviewer peut répondre en totale sincérité. »

C’est ce concept d’interview qui a fortement inspiré l’émission de France 2. Olivier Nakache et Eric Toledano, qui ont rencontré l’équipe du journal au moment de la sortie du film Intouchables, avouent avoir été bouleversés par « l’originalité de leurs questions et la fraîcheur de leurs regards. Nous avons toujours pensé qu’il y avait matière à une émission formidable. »

Le rédacteur en chef, lui, parle d’un « ton de l’unique » : « Aucun Papotin ne ressemble à son voisin. On recherche cette originalité très présente chez eux. Ils ont grandi avec un rapport au monde et une sensorialité très atypiques. Leur façon de percevoir le monde se ressent dans leur façon de s’exprimer. »

L’épisode avec Gilles Lellouche confirme ses dires. Les questions, parfois très inattendues, s’enchaînent et ne se ressemblent pas. On passe d’une conversation très sérieuse sur les bénéfices du théâtre à une autre sur le goût de l’acteur pour le cassoulet et la pétanque.

Ces journalistes ne savent parfois ni lire ni écrire

« C’est une manière de s’adresser au grand public et de faire découvrir l’originalité de ces personnes dans leur façon d’habiter la position de journaliste. On sort aussi des murs de l’hôpital de jour, on va à la rencontre du monde extérieur en participant à la culture », détaille Julien Bancilhon au sujet des bénéfices du Papotin.

Les sujets abordés sont inspirés des préoccupations et des affinités des journalistes. « Malgré leur verni atypique, ils sont suffisamment universels pour rejoindre les préoccupations de tout le monde. »

Le tout est cimenté par la conférence du mercredi matin. Ils échangent librement, commentent l’actualité et se projettent sur les choses à venir avant d’accueillir une personne pour l’interview. Mais les parutions du journal sont très aléatoires et parfois espacées d’un an. On le pardonne aux journalistes, la plupart d’entre eux ne savent ni lire ni écrire et dictent leurs textes aux éducateurs.

Pas un journal militant

Le Papotin est aussi né d’une volonté d’inverser une tendance. « C’est toujours le handicapé qui doit accéder à quelque chose », fait remarquer le psychologue. « On voudrait que ça soit les autres personnes qui accèdent à cette originalité. » Pour autant, le journal ne se veut pas militant. « Bien sûr qu’on souhaite une meilleure place dans la société pour ces personnes atypiques mais ce n’est pas le but premier. » Le Papotin doit parler à tout le monde.

Pour Julien Bancilhon, ces personnes sont très peu représentées dans les médias et dans le monde du travail. Quand ils le sont, ce n’est pas forcément de la meilleure des manières : « Soit sur un versant très déficitaire, soit sous forme de caricature comme dans des films et des séries. Au Papotin, ce sont de vraies personnes toutes différentes les unes des autres. C’est cette différence qui est importante. »

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