"Je me remets en question": l'iman Iquioussen dit faire son "mea culpa" pour certains propos

L'imam Hassan Iquioussen sort après une audience à la cour d'appel de Mons, le 10 novembre 2022. - Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
L'imam Hassan Iquioussen sort après une audience à la cour d'appel de Mons, le 10 novembre 2022. - Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

L'imam Hassan Iquioussen souhaite être "écouté". "Découvrez qui je suis. Vous serez parfois d’accord, parfois en désaccord et c’est normal, mais en aucun cas vous ne trouverez un monstre hideux tel qu’on a pu le décrire. Ni un terroriste ni un séparatiste ni un intégriste", confie-t-il dans un entretien accordé au Parisien.

Alors que la justice belge a de nouveau refusé ce mardi d'extrader l'imam marocain vers la France, Hassan Iquioussen a été placé dans un centre de rétention belge en vue d'un éloignement du territoire.

Réclamé par la justice française pour s'être soustrait à la fin de l'été à un arrêté d'expulsion, l'imam fait une sorte de "mea culpa" et dénonce son expulsion.

"Ton mari n’a pas à t’empêcher de travailler"

Gérald Darmanin souhaitait l'expulsion du territoire français d'Hassan Iquioussen car il lui reprochait "un discours prosélyte émaillé de propos incitant à la haine et à la discrimination".

Le ministre de l'Intérieur avait notamment pointé du doigt des propos misogynes de la part de l'imam. "C’est vrai qu’en tant que religieux, je reste un traditionaliste, mais j’ai évolué par mes lectures et par le retour des femmes sur mes conférences. Je sais changer d’avis quand on me dit que j’ai tort", affirme Hassan Iquioussen auprès du Parisien.

"Une partie de mon discours, dans le passé, contenait des pans de misogynie", avoue-t-il.

"Aujourd’hui, je répète dans mes vidéos: 'Ton mari n’a pas à t’empêcher de travailler, on n’est pas au Moyen-Âge'", complète l'imam.

Une "remise en question"

"Il m’arrive d’être dépassé par une pensée, par mon vocabulaire. Ma langue fourche, j’utilise des mots qui peuvent prêter à confusion (...). Mes propos, je peux ensuite les regretter et même les condamner", poursuit Hassan Iquioussen.

S'il revient sur ses propos sur les femmes, il fait de même sur ses paroles qualifiées d'antisémites par Gérald Darmanin. "C’est vrai que là aussi j’ai évolué: aujourd’hui, je considère par exemple que la question de la Palestine n’est pas religieuse, mais purement politique", affirme l'imam aujourd'hui.

"Je me remets en question. Cet isolement m’a permis de beaucoup réfléchir", confie Hassan Iquioussen, qui a été emprisonné avant d’être assigné à résidence en Belgique.

Dans cet entretien en forme de "mea culpa", il déplore néanmoins la décision d'expulsion de Gérald Darmanin. "Il a sans doute voulu faire de moi un exemple et doubler ses mentors par la droite, voire l’extrême droite", affirme-t-il, ajoutant vouloir un procès "parce qu’il est sûr et certain que j’ai dit des choses condamnables".

"Mais m’expulser de l’endroit où je suis né, là où j’ai toujours vécu, c’est comme déraciner un chêne", déplore-t-il.

L'imam a rencontré Gérald Darmanin en 2014

Le ministre de l'Intérieur accusait également Hassan Iquioussen d'être "porteur d'une vision de l'islam contraire aux valeurs de la République". Une allégation que l'imam marocain réfute. "S’il y a bien un imam qui prône, depuis 40 ans, le vivre-ensemble, l’intégration positive, l’engagement citoyen, c’est moi", dit-il.

"Que les Frères musulmans agissent à l’étranger dans leurs pays respectifs, ça les regarde", ajoute l'imam, qui a été salarié de l’Union des organisations islamiques de France, réputée proche de cette mouvance, pendant quatre ans, jusqu'en 2004.

Hassan Iquioussen dit ainsi avoir toujours cherché à éduquer les jeunes musulmans contre les idéologies violentes. "J’ai sauvé des brebis galeuses, des musulmans radicalisés qui croyaient recevoir la lumière sur la route de Damas", affirme-t-il.

Il ajoute également avoir dîné avec Gérald Darmanin en marge des élections municipales à Tourcoing en 2014 et affirme que ce dernier lui aurait dit: "Vous êtes quelqu’un d’ouvert. Si tout le monde était comme vous, on n’aurait pas de problème avec certains musulmans".

Article original publié sur BFMTV.com