Remaniement: Le Maire et Darmanin, les deux ministres devenus indispensables pour Macron

Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy le 7 juillet 2020 - Eric PIERMONT / AFP
Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à Bercy le 7 juillet 2020 - Eric PIERMONT / AFP

Ils peuvent tous les deux avoir le sourire. Bruno Le Maire tout comme Gérald Darmanin ont pris du galon lors du remaniement annoncé ce lundi. C'est le ministre de l'Économie lui-même qui a annoncé sur France info qu'il était maintenu à son poste à Bercy, une première dans l'histoire des remaniements. Il disposera également de quatre ministres de tutelle contre un seul après la nomination d'Élisabeth Borne.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, gagne, lui aussi, en étoffe en élargissement son portefeuille ministériel avec désormais la tutelle des Collectivités territoriales, des Outre-Mer et trois ministres. De quoi y voir un signal fort de la part d'Emmanuel Macron dans un gouvernement sans nouveau visage médiatique.

"Ils savent faire de la politique"

Parmi les principaux avantages de leur CV de ces deux ministres passés par les bancs de la droite: leur expérience.

"Ils savent faire de la politique. Ils connaissent le sérum de vérité du terrain. Ils ont été omniprésents ces dernières années, c'est un juste retour", décrypte le député Renaissance (ex LaREM) Karl Olive, lui-même ancien LR, auprès de BFMTV.com.

Dans un contexte politique particulièrement compliqué, avec une majorité relative à l'Assemblée nationale, l'heure n'est pas à la prise de risque pour l'Élysée pour ces deux ministères-clefs. Bercy doit d'abord être à la manœuvre pour gérer une inflation au plus haut depuis 1987. Alors que certains sur les bancs de la macronie craignent également des mobilisations sociales à la rentrée, un dispositif stable à Beauvau et un ministre apprécié des forces de l'ordre est vu comme un atout.

Le calme des routards du gouvernement

Face à des oppositions qui vont vouloir pousser leurs pions et aller au rapport de force dès les premiers jours de la mandature, à l'instar de la France insoumise qui déposera une motion de censure ce mercredi, après le discours de politique générale de la Première ministre, des parlementaires mettent en avant le calme des vieilles troupes. Gérald Darmanin tout comme Bruno Le Maire sont au gouvernement depuis 2017.

"Leurs positions au sein de l'exécutif reflètent le besoin de sérénité, bien plus que celui de l'exaltation de la nouveauté. On a le cœur de la démocratie qui revient au Parlement et on a besoin de ministres qui ont une parole forte et qui sauront faire de la politique", avance de son côté Prisca Thevenot, députée des Hauts-de-Seine et porte-parole du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale.

Au-delà de leur excellente connaissance des arcanes parlementaires, Gérald Darmanin et Bruno Le Maire ont également l'avantage de très bien connaître le groupe LR qu'il faudra régulièrement convaincre pour tenter de faire passer des textes.

Courroies de transmission avec la droite

"C'est certain que le chef de l'État va s'appuyer sur ces 2 profils", analyse la députée Constance Le Grip, ex LR passée en macronie et élue dans l'ancienne circonscription de Nicolas Sarkozy.

Ces figures ont d'ailleurs chacune siégé sur les bancs de l'Assemblée nationale sous le quinquennat de François Hollande aux côtés d'Olivier Marleix, depuis devenu président du groupe LR.

"Ils ont des réseaux sur lesquels il sera bon de s'appuyer", explique encore une députée Renaissance auprès de BFMTV.com.

Saturer l'espace médiatique

Cette montée en puissance fait pourtant grincer des dents parmi les élus de la coalition présidentielle issus de la gauche.

"Les nouveaux entrants au gouvernement viennent beaucoup de la droite. Et avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin qui vont se sentir pousser des ailes, le tout sur fond de discrétion d'Élisabeth Borne, on peut être certain qu'on va beaucoup les entendre nuit et jour", soupire un sénateur macroniste.

Les deux ministres ont d'ailleurs de quoi avoir du grain à moudre dans les prochaines semaines. Le patron de Bercy sera sur le grill de l'Assemblée nationale le 18 juillet prochain pour soutenir le projet de loi pouvoir d'achat. Il devra convaincre alors que ni la fin de la TVA sur 100 produits de première nécessité comme réclamé par Marine Le Pen ni le blocage des prix "sur un panier de produits" par Jean-Luc Mélenchon ne devrait être dans ce texte.

Gérald Darmanin devrait, lui, défendre le projet de loi issu du Beauvau de la Sécurité à l'automne prochain.

Article original publié sur BFMTV.com