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La relaxe de François Bayrou, une fausse bonne nouvelle pour Marine Le Pen

Marine Le Pen le 30 janvier 2024 à l'Assemblée nationale à Paris (EMMANUEL DUNAND)
Marine Le Pen le 30 janvier 2024 à l'Assemblée nationale à Paris (EMMANUEL DUNAND)

Renvoyée devant le tribunal correctionnel à l'automne prochain pour des soupçons d'emplois fictifs d'assistants d'eurodéputés RN, Marine Le Pen apparaît fragilisée par le jugement rendu lundi contre le MoDem dans une affaire comparable: si François Bayrou a été relaxé, son parti et ses élus ont été reconnus coupables.

"Est-ce qu'un assistant parlementaire doit faire une activité politique avec son député ou être un fonctionnaire de l'Union européenne, ce qui est la vision défendue par le Parlement européen? Je note que la justice semble, en tout cas dans l'affaire de M. Bayrou, avoir penché pour la vision européenne, et je ne peux pas m'en réjouir", a commenté lundi soir Marine Le Pen sur TF1.

Comme le MoDem, le Rassemblement national est soupçonné d'avoir mis en place un système entre 2004 et 2016 dans lequel les assistants des eurodéputés - pour lesquels ils disposaient de 21.000 euros mensuels de fonds européens pour les rémunérer - travaillaient en fait au moins partiellement pour le parti (à l'époque baptisé Front national), lui permettant ainsi des économies substantielles de salaires.

Comme pour les eurodéputés du MoDem, 11 parlementaires européens du parti d'extrême droite doivent être jugés à l'automne, 12 personnes ayant été leurs assistants parlementaires, plusieurs cadres et dirigeants, ainsi que le parti en tant que personne morale.

Plusieurs émissaires du RN avaient d'ailleurs discrètement assisté au procès du MoDem devant le tribunal de Paris, manière de prendre la température judiciaire d'un dossier semblable en tout point au leur et "ajuster des points de défense".

Or, au-delà de la spectaculaire relaxe de François Bayrou, dont la qualité de président du MoDem n'a pas suffi aux juges pour démontrer une implication dans l'entreprise de détournement, la quasi-totalité des prévenus - eurodéputés et assistants - a été condamnée, lundi, y compris le parti centriste.

"Le recel de détournement de fonds publics consiste à avoir bénéficié du travail des assistants parlementaires n'ayant pas travaillé pour leur député employeur et pour ce motif indûment rémunérés par le Parlement européen", a ainsi rappelé le tribunal correctionnel dans son jugement, en mettant en évidence les éléments matériel et intentionnel de l'infraction.

- Inéligibilité -

Derrière cette décision, c'est la stratégie de défense du Rassemblement national qui est mise à mal, le parti à la flamme ayant toujours prôné sa liberté d'octroyer les tâches qu'il lui seyait aux assistants de ses eurodéputés. Le MoDem avait pour sa part, au contraire, toujours plaidé la réalité d'un travail exclusivement au service des parlementaires élus à Strasbourg.

Pire: ça n'est pas en tant que patronne de son mouvement que Marine Le Pen est visée, mais bien comme ancienne députée européenne. Un parallélisme des formes l'expose désormais à un risque accru de condamnation.

"On n'est pas soulagé: le tribunal correctionnel a confirmé lundi la doctrine du Parlement européen", désespère un haut cadre du RN, qui admet "craindre désormais une condamnation à une peine d'inéligibilité", à l'instar de celles dont ont écopé les eurodéputés MoDem - toutefois assortie d'un sursis.

Autre front délicat: la condamnation du mouvement de François Bayrou à une amende de 300.000 euros, un précédent que le parti lepéniste craint lui aussi de subir, menaçant le calendrier de son plan de désendettement - un passif d'environ 20 millions d'euros doit être apuré d'ici 2027.

Lundi, le monsieur-justice du Rassemblement national, Wallerand de Saint-Just, a pris le temps de décortiquer le jugement, alors que les avocats du parti doivent prochainement se réunir.

Au RN, on compte désormais sur la proverbiale lenteur de la justice pour enjamber les échéances électorales, la présidentielle de 2027 en tête: "notre procès aura lieu à l'automne, la décision sera rendue probablement début 2025, et si on est condamné on fera appel, puis si besoin on formera un recours en cassation", prévient un proche de Marine Le Pen.

Alors que la triple candidate malheureuse à l'Elysée entend à nouveau concourir dans trois ans, ce proche parie également que l'affaire "ne bouleversera pas la vie politique française", se prenant même à rêver: "Et puis peut-être que nos avocats seront meilleurs que ceux du MoDem..."

pab/sde/sp