La reine Elizabeth II est morte, un pan de l’histoire tire sa révérence

Portrait taken 07 June 1951 of the Princess Elizabeth of Great Britain, the future Queen, wearing a diamond crown. (Photo by AFP)
- / AFP Portrait taken 07 June 1951 of the Princess Elizabeth of Great Britain, the future Queen, wearing a diamond crown. (Photo by AFP)

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Élisabeth II, ici photographiée en juin 1951, quelques mois avant d’accéder au trône, aura régné sur le Royaume-Uni pendant plus de 70 ans.

LONDON BRIDGE IS DOWN - « Je déclare devant vous tous que ma vie entière, qu’elle soit courte ou longue sera consacrée à votre service. » La reine Elizabeth II, née le 21 avril 1926 à Londres, est décédée ce jeudi 8 septembre à l’âge de 96 ans, a annoncé Buckingham Palace.

Elle laisse derrière elle quatre enfants, Charles, Anne, Andrew et Edwards, et plusieurs dizaines de petits-enfants et d’arrières petits-enfants. Ainsi s’achève le plus long règne d’une monarque britannique, qui au-delà de la figure tutélaire et historique, est devenue dans le monde un véritable totem culturel.

Reine à 25 ans

Élizabeth II succède à son père Georges VI en 1952, cinq ans après son mariage d’amour avec Philip Mountbatten. Âgée de 25 ans, elle prend la tête du Royaume-Uni, encore exsangue de la Seconde Guerre Mondiale où elle a servi comme mécanicienne, mais aussi de l’Eglise Anglicane, et du Commonwealth. Un empire de 16 pays, d’un milliard de sujets, et une feuille de route sacerdotale. Faire l’histoire d’Elizabeth II, si pondérée et réservée, c’est aussi inévitablement reparcourir l’évolution du monde des 70 dernières années. 

Pour ses débuts sur le trône, c’est en tout cas sous les yeux du Premier ministre Winston Churchill que se fait son couronnement, par ailleurs premier événement télévisé d’ampleur. Le vieux Lion deviendra un mentor, en plus de partager son goût pour les courses de chevaux. Éleveuse renommée, Elizabeth II était déjà une cavalière aguerrie à l’âge de 18 ans et a assisté à de nombreuses cérémonies sur le dos de Burmese, une jument noire offerte par la gendarmerie royale du Canada.

Rôle symbolique

Au cours de son règne, Elizabeth II aura vu passer des dizaines de chefs d’Etat, et de Premiers ministres, nouant des relations chaleureuses avec certains comme Harold Wilson, ou plus compliquées comme avec Margaret Thatcher.

La série The Crown ne s’y est pas trompée mettant en avant le séjour catastrophique de la Première ministre (de 1979 à 1990) à Balmoral, en Ecosse, sa résidence de campagne, où elle délaisse robes et tenues d’apparats colorées pour enfiler bottes et tenues de chasse. Sans jamais non plus se déparer de ses corgis, une passion.

Headshot taken on February 26, 1970 of Queen Elizabeth II posing with her Corgis dog. (Photo by CENTRAL PRESS / AFP)
- / AFP Headshot taken on February 26, 1970 of Queen Elizabeth II posing with her Corgis dog. (Photo by CENTRAL PRESS / AFP)

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La reine Elizabeth II lors d’une séance photo à Sandringham, Norfolk, en amont d’une tournée en Nouvelle-Zélande et en Australie en 1954.

Au thatchérisme ultralibéral, imposant sa révolution conservatrice, se heurte une figure gage de continuité et transcendant les classes sociales. Tribunes et grands mots contre influence de cour et soft power souriant. Cette opposition fera longtemps les choux gras des tabloïds, ces derniers oblitérant aussi l’admiration mutuelle entre la Dame de Fer et celle aux chapeaux de velours.

Le rôle politique d’Elizabeth II fut essentiellement symbolique mais elle n’en fut pas moins la première témoin des grandes crises nationales et internationales de la fin du XXe siècle : guerre des Malouines, fin de l’apartheid en Afrique du Sud, troubles en Irlande du Nord, guerre du Golfe, Brexit, ou enfin le Covid... En 1991, après la Guerre du Golfe, elle devient la première monarque à donner un discours conjoint au Congrès américain.

Astreinte à une réserve de tous les instants, « Lilibet » était régulièrement saluée pour son art de la diplomatie. Discrète pour éviter les fuites, égale dans ses humeurs, elle a eu l’adresse de ne pas s’impliquer frontalement dans les dossiers, préférant passer parfois un message via ses tenues, toujours colorées pour être repérée.

Une rare fois Elizabeth II laissera transparaître plus sincèrement son émotion, lors du drame d’Aberfan en 1964, lorsqu’un terril minier se déversa sur toute une commune causant la mort de 144 personnes dont 116 enfants. Il lui fallut plus d’une semaine avant de se rendre sur place, ce qui fut particulièrement mal vu. Une fois sur place et loin du protocole, elle laissera échapper une larme.

Une monarque moderne

Elizabeth II aura toutefois eu à cœur de moderniser la place de la famille royale dans les foyers Britanniques. Sans aller jusqu’à imiter le répertoire d’un Valery Giscard d’Estaing, la reine ouvre pour la première fois à la fin des années 60, les portes de Buckingham Palace à la BBC pour un documentaire désormais introuvable.

Lors de sa diffusion le film, qui doit aussi permettre de saluer l’investiture de Charles en tant que Prince de Galles, attire près de 30 millions de téléspectateurs, mais la réception est mitigée. La famille royale censée être proche des gens y apparaît guindée et artificielle en décalage complet avec le swinging london. Le documentariste David Attenborgouh jugera même le film dangereux pour la monarchie.

La décennie qui vient alors de s’achever a été marquée du sceau de la Beatlemania et de la décolonisation en Afrique, et préfigure l’arrivée du punk rock et des Sex Pistols, dont le titre God save the queen, pourtant censuré, sera classé premier des hits pile pour le Jubilé d’argent de 1977.

Crise monarchique

La reine a-t-elle donné un blanc-seing à la presse avec ce documentaire ? Les années 80 et 90 sont marquées par une attention de plus en plus serrée par la presse britannique, laquelle se nourrit notamment des divorces de ses enfants Anne et Andrew.

C’est dans ce contexte qu’Elizabeth II qualifiera l’année 1992 « d’annus horribilis » : lors d’une visite à Dresde elle est visée par des oeufs, une partie de Windsor prend feu, le gouvernement britannique change la loi sur l’imposition à laquelle est désormais soumise la famille royale. Les années suivantes sont marquées par les rumeurs de séparation entre Charles et Diana.

Le décès de la princesse de Galles en 1997 attise la crise entre la reine et son peuple. La monarque met du temps à revenir à Londres après l’annonce de l’accident à Paris et le drapeau n’est pas tout de suite hissé à Buckingham. Elizabeth II finira par s’adresser directement à la nation à la télévision la veille des obsèques. De quoi entreprendre la reconquête des cœurs alors qu’en 2000, seulement un quart des Britanniques voient la monarchie comme « très importante ».

Ces inquiétudes face à un républicanisme montant sont tempérées lors Jubilé d’or de 2002. Alors que quelques mois se sont écoulés depuis le décès de la mère et de la soeur de la reine, la ferveur des Britanniques venus en masse surprend la presse. Surtout, ce sont désormais ses petits-enfants qui sont de plus en plus propulsés sur le devant de la scène. Elizabeth II a dépoussiéré la communication royale en la rendant plus humaine, charge à eux de faire de Windsor -et donc de la Grande-Bretagne- une véritable marque.

Les quinze années suivantes sont marquées par ses derniers voyages officiels à l’étranger, dont une « tournée d’adieu en Australie », en 2011. Après Montréal en 1979, elle devient en 2012 à Londres la première monarque à ouvrir deux fois les Jeux Olympiques dans deux pays différents.

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Fin de règne

À la fin des années 2010, des rumeurs de possible passation se font plus  fréquentes notamment à la lueur des engagements et des cérémonies auxquels le prince Charles et le prince William prennent davantage part. Pour autant, c’est toujours Elizabeth II qui truste les podiums lors des classements des personnalités les plus connues et les plus aimées au monde. Une aura que ne semble pas entacher non plus  la rupture du prince Harry et de Meghan Markle avec la famille royale en mars 2020. La reine passera la crise du Covid-19 retirée dans ses appartements.

En avril 2021, à la mort de son époux le prince Philippe, son « roc », Elizabeth II partage une série de photos de leur vie ensemble. Dans un message vidéo adressé à l’occasion de la Cop26 elle lui rendra, dans un pur style elizabethain, un autre hommage très discret à l’aide d’une broche. L’année qui suit est marquée par une infection au Covid mais aussi un retrait de la vie publique. La reine quitte Buckingham pour s’installer à Windsor. En mai 2022, pour la première fois en 60 ans, elle laisse également la place à Charles pour prononcer  le traditionnel discours du trône au Parlement britannique, en raison de ses difficultés à se déplacer. Pour la première fois en 130 ans, c’est depuis sa résidence de Balmoral en Ecosse, qu’elle nomme également officiellement Liz Truss, en remplacement de Boris Johnson, en septembre.

Avec le décès de Lilibet, devrait désormais s’enclencher l’opération « London Bridge » et notamment une période 12 jours de deuil. De quoi rendre hommage à  « une vraie reine », comme le disait François Mitterrand. La dernière certainement.

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