Refus d'obtempérer à Paris: quelles différences entre la version des policiers et celle des passagers?

Refus d'obtempérer à Paris: le conducteur du véhicule, un multirécidiviste bien connu de la police - RMC
Refus d'obtempérer à Paris: le conducteur du véhicule, un multirécidiviste bien connu de la police - RMC

Version contre version. Le parquet de Paris a ouvert ce week-end deux enquêtes pour déterminer les circonstances dans lesquelles trois policiers ont tiré sur un véhicule, tuant l'une des passagères et blessant le conducteur, l'une pour "tentative d'homicide volontaire sur personnes dépositaires de l'autorité publique" à l'encontre du chauffeur et l'autre pour "violences volontaires avec arme par personnes dépositaires de l'autorité publique".

La voiture était-elle en mouvement quand les policiers ont tiré? Le conducteur a-t-il foncé délibérément sur les fonctionnaires? La réponse des policiers était-elle légitime? Proportionnée au danger encouru? Autant de questions auxquelles les enquêtes vont devoir répondre pour savoir si les polciiers avaient l'autorisation de tirer ou s'ils ont agi en état de légitime défense.

La polémique a pris rapidement un tournant politique alors que les investigations n'en sont qu'à leur commencement. Les trois fonctionnaires ont été placés en garde à vue. Le conducteur n'a pas encore pu être entendu en raison de son état de santé.

· Qu'ont dit les policiers?

Les policiers sont entendus depuis dimanche dans les locaux de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Ces trois policiers, deux hommes et une femme âgés entre 25 et 30 ans, ont assuré avoir "été contraint" de tirer. "Ils l’ont ressenti comme une contrainte", a insisté sur BFMTV Me Laurent-Franck Lienard, l'avocat des fonctionnaires. C'était la première fois qu'il tirait en opération.

Alors qu'ils circulaient à vélo dans une rue du 18e arrondissement de Paris, les policiers précisent avoir vu qu'un des trois passagers qui se trouvaient dans le véhicule ne portait pas sa ceinture. Ils disent avoir fait signe au conducteur de s'arrêter afin de les contrôler, quand ce dernier a redémarré. Face à ce refus d'obtempérer, les policiers rattrapent le véhicule alors bloqué par la circulation. Ils disent avoir tenté de le contrôler une nouvelle fois quand le conducteur a redémarré et a foncé sur eux.

"Ils disent ‘si nous n’avions pas tiré, il y aurait eu des blessures graves, voire des morts dans nos rangs'. Face à cette équation, ils ont décidé de tirer. (...) On n'était plus dans le cadre d’un refus d’obtempérer, on était dans le cadre de violences commises avec une arme. Il est normal qu’ils tirent pour se soustraire à cette agression", relate Me Laurent-Franck Liénard.

L'avocat, qui indique que la scène a été filmée, évoque des "tirs simultanés" des trois policiers, "huit à neuf cartouches" tirées. "A des positions différentes et des ressentis différents, ils ont tous les trois ressentis la dangerosité de la manœuvre de la voiture et l’urgence de réagir", commente encore le conseil.

· Qu'affirment les passagers?

Le conducteur du véhicule, un homme de 38 ans multirécidiviste, en permission de sortie alors qu'il purgeait une peine en régime de semi-liberté et qui conduisait sans permis, ce dernier ayant été annulé, n'a pas pu être entendu par les policiers du 2e district de police judiciaire à qui l'enquête pour "tentative d'homicide volontaire" a été confiée.

Ibrahima était dans le véhicule, véhicule qui appartenait à sa mère. Son permis étant suspendu, il avait laissé le volant à cet homme qu'il connaissait. Témoignant auprès de nos confrères de RTL, il a reconnu le refus d'obtempérer de son ami.

"On attendait à un feu rouge, quand un policier est venu à nous à vélo, et a tapé sur la vitre côté conducteur pour demander de se mettre sur le côté afin de procéder à un contrôle. Mon ami a bougé la tête comme pour dire ‘oui je vais me mettre sur le côté’, puis il a avancé sans s’arrêter. Il a dit ‘je ne m’arrête pas, j’ai pas le permis’".

La version d'Ibrahima diverge ensuite avec celle livrée par les policiers. Le jeune homme assure que, bloqué dans la circulation, les policiers sont revenus à leur hauteur braquant immédiatement le véhicule avec leur arme. Il a entendu les sommations des policiers. Il dit surtout que la voiture était à l'arrêt quand les trois fonctionnaires ont fait usage de leur arme. "De là on a entendu plus que les coups de feu, au moins 10 coups, et les vitres qui pètent", se souvient Ibrahima.

Ce n'est qu'après, selon le passager, que le véhicule a redémarré. Le conducteur s'est arrêté quelques mètres plus loin. C'est là qu'Ibrahima a vu la jeune passagère à l'avant couverte de sang. Cette dernière a succombé à ses blessures dimanche.

Article original publié sur BFMTV.com

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