Réforme du baccalauréat : la première session du contrôle continu inquiète

La première session des épreuves de contrôle continu du baccalauréat commenceront dès janvier. De quoi inquiéter les professeurs.

Conformément à la réforme du baccalauréat, les Premières plancheront sur des épreuves de contrôle continu dès le mois de janvier. Si les professeurs s’inquiètent, le gouvernement se veut rassurant.

Nouvelle difficulté autour de la réforme du baccalauréat ? Une enquête réalisée par le Snes-FSU - premier syndicat du second degré - et dévoilée pour la première fois sur Franceinfo ce mercredi 9 octobre révèle qu’une grande incertitude entoure la première session des épreuves du contrôle continu du baccalauréat nouvelle version. Elles auront lieu entre janvier et février prochain dans quatre matières pour les élèves de Première : les mathématiques (uniquement pour les filières technologiques), les langues vivantes A et B et l’histoire-géographie.

Mais, selon Claire Guéville, professeure d’histoire-géographie dans l’académie de Versailles et secrétaire nationale au Snes-FSU, à moins de trois mois des épreuves, rien n’est prêt “et ça met tout le monde en difficulté”.

Un système d’évaluation mal connu

Le type d’exercice proposé aux élèves en janvier prochain a été publié dans une note de service en avril dernier, avec un sujet 0”, nous explique la professeure d’histoire-géographie, “mais nous n’avons eu qu’un seul exemple”. Loin d’être à la hauteur, selon elle. Dans sa matière, le sujet portait sur une analyse de tableau à faire à partir d’un polycopié en noir et blanc. “Ce n’est pas sérieux”, estime-t-elle.

Elle regrette également l’inconnu qui entoure le système d’évaluation de ces épreuves. “On ne sait pas ce qui est attendu des élèves”. Résultat : “on ne peut pas les préparer correctement”. Un argument balayé par Édouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire. “Des ressources pédagogiques sont disponibles et un travail est fait avec les inspecteurs académiques, qui vont expliquer, dans les mois à venir, ce qu’on attend des professeurs”.

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Une organisation floue pour les professeurs

Outre le fond, la forme est également source d’inquiétude du côté des professeurs, qui redoutent l’organisation des épreuves. Car, selon le bulletin officiel de l’éducation national, publié en juillet dernier, elle “relève de chaque établissement scolaire. Les chefs d’établissement en déterminent les modalités”. Seules précisions apportées par le ministère de l’Éducation sur son site : les copies seront corrigées de manière anonyme, une commission d’harmonisation se tiendra dans chaque académie, des convocations nominatives doivent être envoyées à chaque lycéen. Mais rien de beaucoup plus détaillé, si ce n’est cette recommandation : “l’organisation de ces épreuves se fait, dans la mesure du possible, dans le cadre des emplois du temps normaux des élèves. Il est conseillé d’éviter la banalisation d’un ou plusieurs jours pour l’organisation des épreuves”.

Ce qui ne rassure pas forcément le corps enseignant. “Déjà, un cours ne dure que 55 minutes, et pas une heure. Ensuite, comment faire pour les élèves qui ont besoin d’un tiers-temps ?”, s’interroge Claire Guéville.

Selon l’enquête du Snes-FSU - qui a interrogé 981 personnes - 60% ne savent pas si les cours seront banalisés pendant ces épreuves. 74% des professeurs ne connaissent pas l’organisation des salles.

Des détails dévoilés ce jeudi 10 octobre

Mais le flou devrait en partie se dissiper puisqu’une circulaire, qui sera envoyée aux établissements jeudi 10 octobre mais dont la note de concertation a fuité, répond à certaines de ces questions d’organisation. Elle devrait notamment préciser que les sujets seront choisis par les chefs d’établissement sur proposition des professeurs de la matière concernée. La direction générale de l’enseignement scolaire va également préconiser de proposer un seul et même sujet pour toutes les classes du lycée, qui composeront donc en même temps, “dans la mesure du possible”, comme nous le précise Édouard Geffray.

Côté organisation des salles, la directive dévoilée jeudi 10 octobre devrait préciser qu’il n’est “pas nécessaire de prévoir des salles ‘format examen’” et que “la surveillance peut être assurée par l’enseignant habituel”. “Le but, c’est d’éviter de recréer la pression du baccalauréat”, justifie Édouard Geffray. Pour éviter la triche, les sacs seront déposés à l’entrée de la classe et les téléphones seront rangés, nous détaille le directeur général de l’enseignement scolaire, rappelant que “la fraude est réprimée”.

Les chefs d’établissements craignent un autre problème

Du côté du SNPDEN, principal syndicat des chefs d’établissement, l’inquiétude est toute autre. “Nous trouvons que le système d’autonomie est intéressant”, nous assure Lysiane Gervais, secrétaire nationale du SNPDEN et proviseur au lycée. Elle redoute en revanche les détails techniques liés à la correction de ce “mini-bac”. “Il y a un tas d’informations à renseigner et à traiter pour savoir qui corrige les copies” afin qu’aucun enseignant ne se charge de ses propres élèves. “Normalement, le rectorat fait ce travail. Mais pour le contrôle continu, c’est aux directeurs de s’en charger”, précise Lysiane Gervais, “on veut bien organiser des épreuves s’il le faut, mais pas avec cette charge en plus !”.

Du côté du gouvernement, on assure que cette nouvelle version des épreuves de contrôle continu permet une organisation “plus simple et adaptée aux réalités locales”.

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