Réforme des retraites : 6 zones d'ombre laissées par Édouard Philippe

Le Premier ministre Édouard Philippe a présenté les bases de la réforme des retraites lors d'un discours, mercredi 11 décembre. Mais il a laissé plusieurs zones d'ombre.

Lors de son discours pour présenter la réforme des retraites, Édouard Philippe a laissé plusieurs zones d’ombre. Tentative d’éclairage.

Malgré un discours qui a duré près d’une heure, Édouard Philippe a laissé quelques zones d’ombre lors de sa présentation du projet de réforme des retraites, mercredi 11 décembre.

Les générations concernées 

À commencer par l’information très attendue des générations concernées par la réforme. Si le Premier ministre a été clair sur les régimes généraux - les personnes nées après 1975 seront les premières concernées - il n’a pas donné d’âge pour les régimes spéciaux.

Mais, quelques heures après le discours d’Édouard Philippe, l’entourage du Premier ministre a confirmé une information qui avait fuité dès le 10 décembre : la réforme s’appliquera à partir de 2037 pour les régimes spéciaux, soit dès de la génération 1985 pour ceux qui partent en retraite à 52 ans et la génération 1980 pour ceux qui partent à 57 ans.

Qu’est-ce que la “gouvernance” des partenaires sociaux ?

Autre zone de floue, évoquée à plusieurs reprises : celle d’une “gouvernance” formée par les partenaires sociaux. Elle aura pour mission de garantir la valeur du point mais aussi de fixer les bonus et les malus autour de la notion “d’âge d’équilibre” ou âge pivot, établi à 64 ans. Le tout sous confirmation du Parlement. 

Il s’agit là d’un système déjà existant, qui est actuellement chargé de la gestion des régimes complémentaires, comme nous l’explique Linda Kebbab, déléguée nationale d’Unité SGP Police. Cette gouvernance paritaire est formée par des représentants des différents syndicats, proportionnellement à la place qu’ils occupent dans les différentes professions, ainsi que du patronat. “Actuellement, c’est efficace, ça fonctionne plutôt bien”, décrit-elle. Elle craint cependant que la nécessaire validation du Parlement ne mène à “l'ingérence du gouvernement”.

Comment sera compté le travail de nuit ?

Au sujet du travail de nuit, le Premier ministre a expliqué que le “compte pénibilité” serait “ouvert à la fonction publique” et que le seuil relatif au travail de nuit - actuellement 120 nuits pas an, pour chaque heure travaillée entre minuit et 5 heures - serait abaissé. Là-dessus, Édouard Philippe n’a donné aucune précision.

Et si cette pénibilité va désormais s’appliquer au personnel hospitalier, là encore, le gouvernement n’est pas entré dans les détails. Or, les infirmiers et aides-soignants ont beaucoup à perdre avec cette mesure, et ce pour deux raisons.

Déjà, parce que ces professionnels peuvent actuellement partir en retraite à 57 ans. Mais la pénibilité impliquée dans la réforme ne leur permettra de partir en retraite qu’à 60 ans au mieux, comme nous l’explique Patrick Bourdillon, secrétaire fédéral de la CGT Santé. Mais aussi parce que le statut des infirmiers leur permet de choisir s’ils souhaitent être fonctionnaires de catégorie A, auquel cas ils sont mieux payés mais renoncent aux avantages liés à la pénibilité en fin de carrière, ou fonctionnaires de catégorie B, dans ce cas ils seront moins bien payés mais la pénibilité de leur travail est reconnue. “Que va-t-il arriver à ces derniers ? Ils auront fait ce choix pour rien ?”, s’inquiète Patrick Bourdillon.

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L’âge de la réversion

Le Premier ministre a rapidement balayé certains pans de la réforme, comme celui des pensions de réversion. Il a annoncé qu’elles seraient universelles et ne dépendraient donc plus des conditions spécifiques à chaque régime (ressources annuelles du bénéficiaire ou son remariage). Ce qu’Édouard Philippe n’a pas précisé, en revanche, c’est qu’elles seraient versées à partir de 62 ans selon L’Express, alors qu’actuellement, avec le régime de base, elles sont versées dès 55 ans.

Quelle retraite pour les enseignants ?

Pour tenter d’apaiser la colère des enseignants, le Premier ministre a abordé leur cas en particulier : “nous inscrirons dans la loi la garantie selon laquelle le niveau des retraites des enseignants sera sanctuarisé et comparable au niveau des retraites des fonctions ou des métiers équivalents dans la fonction publique”.

Une phrase pour le moins floue, qui signifie en fait que le gouvernement propose d’aligner les retraites des enseignants “à celles des fonctionnaires de catégorie A”, comme nous le précise Frédérique Rollet, secrétaire générale de SNES-FSU. “Mais comme leurs retraites vont diminuer…”, commente-t-elle. C’est en effet ce que redoutent les fonctionnaires puisque leurs pensions seront désormais calculées sur l’ensemble de leur carrière et non plus les six derniers mois. Pour compenser, les primes seront prises en compte. 

Le flou autour des “fonctions dangereuses”

Édouard Philippe s’est également adressé directement aux forces de l’ordre, qui craignent elles aussi pour leurs retraites. Il a expliqué que “les militaires et les fonctionnaires exposés à des fonctions dangereuses dans le cadre des missions régaliennes” conserveront leurs spécificités et pourront donc continuer à partir plus tôt en retraite, citant notamment les policiers, les pompiers, les gardiens de prison, les militaires… Sauf que cette mesure ne concerne pas tous ces fonctionnaires.

“Il faut avoir fait 27 ans de missions dites exposées au danger et on n’a pas encore les détails sur le type de missions”, nous détaille Linda Kebbab, déléguée nationale d’Unité SGP Police. Une condition inacceptable pour le syndicat. “Un policier est tout le temps exposé au danger” commente Linda Kebbab, “même s’il travaille dans un bureau ou qu’il n’est pas en service”. Elle cite notamment le cas des CRS qui ont récemment reçu des lettres de menaces, tous régisseurs comme le précise Le Point, ou encore celui du couple tué à Magnanville en 2016, dont la femme était secrétaire administrative.

Certains pans de la réformes restent donc encore à éclaircir.

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