Reculs et occasions ratées, pourquoi l'Asie s'accroche à la peine de mort

En 2010, un militant taïwanais se dresse devant un panneau indiquant «dites non à la peine de mort». | Patrick Lin / AFP
En 2010, un militant taïwanais se dresse devant un panneau indiquant «dites non à la peine de mort». | Patrick Lin / AFP

Voilà vingt-cinq ans que Hsinyi Lin se consacre à un seul combat: obtenir l'abolition de la peine de mort à Taïwan. Elle attendait donc le mardi 23 avril avec impatience. Saisie par les trente-sept Taïwanais qui trépignent dans le couloir de la mort, la Cour constitutionnelle a tenu des audiences sur la peine capitale et pourrait donc la déclarer inconstitutionnelle.

Il faudra attendre des mois avant que le verdict soit rendu et des années pour qu'il soit traduit dans les textes de loi, prévient la militante. Mais cela devrait donner un coup de fouet à un débat un peu bloqué sur cette île, qui aime pourtant se présenter comme un leader asiatique des droits humains. «Je pense que c'est la meilleure façon de trouver une solution, car ce tribunal n'est pas influencé par les politiciens et l'opinion publique», déclare celle qui dirige la Taiwan Alliance to End the Death Penalty (TAEDP).

Le nombre d'exécutions est en chute libre à Taïwan (deux depuis 2017, contre 83 entre 1998 et 2001, toujours dans des cas de meurtre), mais l'abolition reste un sujet délicat. Le président élu Lai Ching-te a savamment botté en touche en campagne électorale: il a dit s'opposer à la peine de mort, mais ne pas vouloir y toucher tant que la volonté populaire n'irait pas dans ce sens. Or, d'après un sondage mené en 2022, 87% des Taïwanais s'opposent à l'abolition.

«Nos gouvernements sortent toujours cette excuse, mais ils oublient qu'ils ont un rôle à jouer pour alimenter le débat, se désole Hsinyi Lin. En 2018, la TAEDP a organisé des délibérations dans une vingtaine de villes, et de nombreuses personnes qui soutenaient la peine capitale se sont montrées ouvertes à d'autres manières de gérer la criminalité. Si notre petite association peut organiser ça, pourquoi le gouvernement ne le fait-il pas?»

Hsinyi Lin, militante contre la peine de mort à Taïwan. 87% des Taïwanais s'opposent à l'abolition.…

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