Record dans les urnes, image plus lisse... Pourquoi la défaite de Marine Le Pen n'est pas totale

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Marine Le Pen en meeting à Arras (Pas-de-Calais), le 21 avril 2022 - THOMAS SAMSON / AFP
Marine Le Pen en meeting à Arras (Pas-de-Calais), le 21 avril 2022 - THOMAS SAMSON / AFP

"La politique, c'est toujours binaire": on perd ou on gagne, résumait laconiquement Thierry Mariani quelques jours avant le second tour. "Dimanche, si (Marine Le Pen) fait 49,9%, elle a perdu", ajoutait l'eurodéputé du Rassemblement national (RN). Entre temps, les urnes ont parlé, et Emmanuel Macron a été reconduit à la tête de l'État avec 58,6% des voix, contre 41,4% pour la candidate du RN, selon les estimations d'Elabe pour BFMTV et L'Express avec notre partenaire SFR.

Si Marine Le Pen a échoué, comme en 2012 et 2017, à franchir le perron de l'Élysée, la défaite n'est cependant pas totale pour la candidate, qui peut se targuer de plusieurs victoires personnelles.

Elle bat son record malgré la concurrence de Zemmour

Contrairement à la précédente élection présidentielle, Marine Le Pen a affronté au premier tour une concurrence inédite à l'extrême droite avec l'irruption d'Éric Zemmour. En juin 2021, alors que les spéculations sur une éventuelle candidature de l'éditorialiste du Figaro et chroniqueur de CNews à la présidentielle allaient bon train, elle avait formulé une mise en garde, estimant qu'une telle décision affaiblirait "le camp national" et ne pourrait qu'"aider Emmanuel Macron à arriver en tête à l'élection présidentielle".

La prophétie de Marine Le Pen ne s'est pas entièrement concrétisée: si Emmanuel Macron est effectivement arrivé en tête, la candidature d'Éric Zemmour a plutôt contribué à renforcer le pôle d'extrême droite, en emmenant dans son sillage des transfuges des Républicains (LR) et du RN. Si l'on additionne ses 7,07% aux voix de Marine Le Pen, en ajoutant les 2,06% du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, l'extrême droite a récolté 32,28% des votes au premier tour de la présidentielle.

Un score qui dépasse d'une courte tête la compilation des forces de gauche, qui avec Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud a réuni 31,94% des suffrages.

"C'est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen", a sifflé Éric Zemmour dimanche soir en commentant les résultats du scrutin.

À titre personnel, Marine Le Pen réalise une nette percée et bat son record. En 2017, elle avait largement perdu avec 33,9% des voix au second tour. Cette année, l'écart s'est considérablement réduit avec le chef de l'État sortant. La candidate RN a gagné 7,5 points et atteint un niveau inédit pour l'extrême droite au second tour d'une élection présidentielle sous la Ve République.

Au premier tour aussi, bien que beaucoup plus modestement, elle avait amélioré son score: en 2017, elle était arrivée deuxième avec 21,3% des suffrages, contre 23,15% cette année.

"Le résultat de ce soir représente en lui-même une éclatante victoire", s'est félicitée dimanche Marine Le Pen en reconnaissant sa défaite. 876450610001_6304993700001

• Ses idées ont infusé dans la société

La candidate, qui revendique le fait d'avoir "le peuple derrière (elle)", a axé son discours de campagne autour d'un sujet-phare - le pouvoir d'achat - désigné par plusieurs enquêtes d'opinion comme étant la préoccupation première des Français dans ce contexte d'inflation. Une campagne très monothématique, qui n'a toutefois pas délaissé les marqueurs idéologiques du Front national ripoliné en Rassemblement national en 2018, avec la "préférence nationale", entre autres.

"Le programme est d'une très grande cohérence", veut croire Thibaut de La Tocnaye, conseiller régional RN du Centre-Val de Loire, qui estime que cette campagne a permis d'engranger des "avancées très importantes", comme sur "la souveraineté française, notamment sur l'industrialisation".

"On a travaillé sur un projet qui me semble de très haute qualité", se félicitait début avril le conseiller politique de la candidate, Philippe Olivier.

Si les "fondamentaux" du parti sont toujours là, comme le rappelait le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus avant le premier tour, les idées portées par Marine Le Pen ont indéniablement infusé. Selon une étude Elabe pour BFMTV diffusée début mars, près de quatre Français sur dix déclaraient partager les idées (38%) et apprécier la personnalité (37%) de Marine Le Pen. Et parmi ses électeurs, ces chiffres montaient respectivement à 92% et 80%.

Parmi ses propositions évaluées, une large partie suscitait l'approbation d'une majorité de sondés: la baisse de la TVA sur les produits énergétiques (85%) en tête, mais aussi le recul de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ou 62 ans selon les cas (74%), l'interdiction du port du voile dans l'espace public (69%), la priorité aux Français pour l'accès à un logement social (69%), la tenue d'un référendum sur l'immigration (63%), le fait de réserver les allocations familiales uniquement aux Français (60%) ou encore la suppression du droit du sol (54%).

Selon un sondage Ipsos-Sopra Steria réalisé juste avant le premier tour, 30% des sondés estimaient par ailleurs que la situation de la France s'améliorerait en cas d'élection de Marine Le Pen, qui enregistrait le taux le plus élevé, en tête devant Jean-Luc Mélenchon (22%) et Emmanuel Macron (21%).

Elle a continué à lisser son image

Marine Le Pen est partie tôt en campagne, en se déclarant candidate en janvier 2020. Ces derniers mois, elle a revendiqué la "proximité" à grand renfort de selfies et bains de foule sous l'oeil des caméras, multipliant les déplacements dans des localités électoralement favorables. Vendredi, elle n'a pas dévié de sa stratégie pour l'ultime journée de campagne: son choix s'est porté sur Étaples (Pas-de-Calais) où elle est arrivée largement en tête au premier tour, avec 33,88% des voix.

"Elle a policé son image personnelle, apparaît moins tranchante, fait campagne autour des 'vraies gens', dans des petites villes", analysait avant le premier tour Jean-Yves Camus.

"Éric Zemmour a un peu fait paratonnerre par ses outrances, ses provocations à la Le Pen père", estimait aussi Philippe Olivier, beau-frère de Marine Le Pen, conférant à la candidate une image plus lisse, conséquence aussi de la "dédiabolisation" du parti entamée il y a de longues années.

La perception des deux candidats d'extrême droite s'est ainsi révélée très différente: des six principaux candidats, Marine Le Pen était considérée comme la plus "rassurante", par 28% des électeurs sondés par Ipsos-Sopra Steria, contre seulement 15% pour Eric Zemmour. L'essayiste suscitait un rejet beaucoup plus massif, avec 71% des sondés le trouvant "inquiétant", contre 52% pour Marine Le Pen.

"Je n’ai pas fait une campagne de coups. Je ne vais pas m’y mettre maintenant. J’aurais pu car je sais faire ça très bien. Mais j’ai fait le choix d'une campagne sérieuse. D’ailleurs on me l’a bien reproché", soulignait en privé Marine Le Pen auprès de BFMTV, en marge d'un déplacement exprès en Guadeloupe quelques jours avant le premier tour.

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• "Elle a effacé le débat de 2017"

Le débat de l'entre-deux-tours, pour lequel elle était attendue au tournant après le cuisant souvenir de 2017, a d'ailleurs illustré cette volonté de gommer toute aspérité. "On a une candidate qui voulait de l'apaisement, elle l'a eu", juge le porte-parole du RN Philippe Ballard.

"La personnalité dans le débat joue beaucoup, et je trouve qu'elle a été beaucoup plus sympathique qu'Emmanuel Macron", réagissait dès le lendemain Thibaut de La Tocnaye.

Même si, "ce n'est pas le débat lui-même qui va faire gagner cinq points", ajoutait l'élu régional alors que les sondages créditaient la candidate de quelque 45% des voix. "Elle a effacé le débat de 2017. (...) Je ne pense pas que ce sera décisif dans la campagne, mais cette fois elle a passé l'obstacle", abondait Thierry Mariani.

Si Emmanuel Macron est globalement ressorti vainqueur du duel, pour 59% des téléspectateurs selon notre sondage Elabe pour BFMTV et L'Express avec SFR, ce débat "n'a pas été un désastre comme celui de 2017", résume le politologue Jean-Yves Camus.

Le chercheur juge que Marine Le Pen a "marqué des points (...) parce qu'elle a eu l'intuition très tôt que la campagne allait tourner autour des questions économiques et du pouvoir d'achat (...), tous ces sujets liés au quotidien qui étaient les préoccupations des gilets jaunes au départ".

• Elle peut toujours revendiquer le statut de "première opposante"

Le 7 mai 2017, quelques minutes après l'annonce des résultats, Marine Le Pen avait reconnu sa défaite, et revendiqué le statut de "première opposante" à Emmanuel Macron.

"Dans cette défaite, je ne peux m'empêcher de sentir une forme d'espérance. Ce résultat constitue pour nos dirigeants français comme pour les dirigeants européens le témoignage d'une grande défiance du peuple français à leur égard, qu'ils ne peuvent ignorer, et celui de l'aspiration largement partagée d'un grand changement", a lancé la finaliste dimanche soir.

Évoquant, à quelques jours du second tour, les potentiels 45% d'intentions de vote que pointaient les sondages - qui n'ont pas été atteints - Jean-Yves Camus soulignait: "Quand vous avez fait 33% en 2017, c'est un saut important. (...) Quand vous faites 45% des voix à un second tour de présidentielle, vous êtes en position de réclamer la place de principal opposant."

Dimanche soir, Marine Le Pen l'a assuré: "Plus que jamais, je poursuivrai mon engagement pour la France et les Français", pronostiquant "une grande recomposition politique".

Article original publié sur BFMTV.com

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