"Reconquérir l'électorat populaire": des députés insoumis critiquent l'analyse de Ruffin

Le député LFI François Ruffin lors d'un débat à l'Assemblée nationale, le 16 janvier 2022 à Paris
 - Thomas COEX © 2019 AFP
Le député LFI François Ruffin lors d'un débat à l'Assemblée nationale, le 16 janvier 2022 à Paris - Thomas COEX © 2019 AFP

Une interview qui fait réagir sur les bancs de la France insoumise. Le député François Ruffin a eu des mots sévères ce mardi matin sur la stratégie de la gauche vis-à-vis des Français les plus modestes. "Il faut demander à la gauche si elle veut réconquérir cet électorat populaire, de la France des Gilets jaunes", a lancé l'élu, qui siège au sein du groupe LFI à l'Assemblée nationale, sur France inter.

"Pour moi, j'entends certains signes qui sont des signes d'abandon", pointe du doigt l'ancien journaliste de Fakir.

"Pourquoi taire nos bons scores dans le 93?"

La critique n'est pas du goût de son collègue Alexis Corbière qui pointe du doigt les scores de l'union de la gauche dans les départements de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Dans le 93, l'ensemble des députés sont issus des rangs de la Nupes - même si le département s'est illustré par un record d'abstention en métropole.

"Pourquoi taire nos bons scores dans les départements qui sont aussi populaires?", remarque sur son compte Twitter le député, rappelant que les personnes les plus modestes ont plus tendance à s'abstenir qu'à voter en faveur du Rassemblement national.

Un ouvrier sur trois (33%) a boudé les urnes contre 26% des cadres au premier tour de la présidentielle, souligne un sondage Ipsos. 31% des personnes qui gagnent moins de 1250 euros par mois ont voté pour Marine Le Pen au premier tour contre 25% pour Jean-Luc Mélenchon, souligne encore la même étude.

"Logique de la division de nos adversaires"

Dans la région Hauts-de-France dont est issue François Ruffin, le RN a par contre fait carton plein. Un quart des députés du parti de Marine Le Pen y ont été élus.

"On est là dans des terres qui ont été le creuset du socialisme et du communisme pendant plus d'un siècle et j'entends parfois que ce sont des territoires qui n'ont jamais accepté la démocratie et que ce serait près donc naturel qu'ils se tournent vers le RN", regrette encore le parlementaire de la Somme.

Le député insoumis Antoine Léaument ne partage pas le constat, l'accusant de "participer à la logique de division du peuple de nos adversaires" en "opposant les citoyens des quartiers et des campagnes". "Le peuple est dans les grandes villes autant qu'à la campagne", abonde son collègue Bastien Lachaud. "Diviser, opposer, c'est la logique de l'adversaire. C'est une impasse."

Ce n'est pas la première fois que François Ruffin exprime ce constat. Dans un long entretien au Monde puis à L'Obs, il appelait au début de l'été à "la reconquête de la France des Gilets jaunes" en axant son discours sur le travail, avant d'aborder à nouveau le sujet lors de sa présence aux universités d'été écologistes fin août.

Article original publié sur BFMTV.com