Reconfinement et Covid-19 : la double peine économique ?

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Alors que l’hypothèse d’un reconfinement se précise à quelques heures de l’allocution, mercredi, du président français Emmanuel Macron, les organisations patronales estiment que cette mesure serait encore pire pour l’économie que la situation au printemps. Pourtant le confinement devrait être moins dur… Explications.

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"Un écroulement de l’économie française". Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, le syndicat des patrons, n’avait pas mâché ses mots, lundi 26 octobre, pour mettre en garde contre le risque économique d’un nouveau confinement. Le retour de cette mesure de dernier recours pour lutter contre la propagation du Covid-19 semble, pourtant, être plus que jamais d’actualité avec les annonces d’Emmanuel Macron attendues lors de son allocution télévisée mercredi soir.

Effet boule de neige

D’autres organisations patronales se sont empressées de faire écho aux propos de Geoffrey Roux de Bézieux. C’est le cas de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), qui s’est fendue d’un communiqué pour dresser un tableau tout aussi sombre de "l'effondrement de l’économie française" en cas de "confinement total ou partiel".

De l’avis de ces organisations patronales, le confinement d’automne pourrait être plus dommageable pour l’économie que celui du printemps. Pourtant, le gouvernement devrait se garder d’imposer un dispositif aussi strict qu’en mars. "On en saura plus après la prise de parole du président, mais les mesures annoncées auront probablement pour but de limiter au maximum les conséquences d’un reconfinement, qui sera donc par construction moins pire pour l’économie que le premier", résume Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), contacté par France 24.

Mais, en l’occurrence, comparaison ne serait pas raison. "Le second confinement, même moins dommageable, s’ajoute au premier. Et l’effet du second inclura donc les conséquences du premier", estime Xavier Timbeau. C’est cet effet boule de neige que redoutent les organisations professionnelles. Les entreprises ont, pour une grande part, survécu aux 55 jours d’arrêt de leur activité entre mars et mai, "mais elles sont bien plus fragiles aujourd’hui, et beaucoup d'entre elles, notamment les plus petites, seraient dans l'incapacité d'assumer un endettement supplémentaire", a résumé la CPME.

À cela s’ajoute l’aspect psychologique qui peut avoir un impact économique profond. "C’est l’effet boomerang. L’économie commençait à redonner des signes d’activité avec une reprise de la consommation et un reconfinement, même partiel, va jouer sur le mental des entrepreneurs qui, cette fois, n’auront peut-être plus la force de surmonter l’obstacle", explique Pascal de Lima, économiste en chef au cabinet de conseil financier Harwell Management, contacté par France 24.

Le scénario typique pourrait être celui d’un commerçant qui, au printemps, aurait misé sur la deuxième partie de l’année, avec notamment les fêtes de fin d’année, pour se refaire une santé économique. Mais le second confinement douche ses espoirs. "Peut-être vaut-il mieux, pour lui, fermer, apurer ses dettes en se mettant en sommeil pour plusieurs mois et rebondir avec un nouveau commerce dans un paysage économique qui sera complètement différent (mode de consommation, loyers, salaires)", explique Xavier Timbeau. Si un grand nombre d’entrepreneurs font ce raisonnement, il risque cette fois-ci d’y avoir une importante vague de destruction d’emplois.

Conséquences à long terme

ll y a aussi des conséquences à plus long terme. Qu’en est-il, par exemple, du risque de déscolarisation ? L’arrêt de l’école au printemps a touché en priorité les familles les plus modestes, et si le fonctionnement scolaire vient de nouveau à être perturbé, notamment dans le secondaire, cela pourrait creuser encore plus les inégalités entre les élèves qui peuvent compter sur leur famille pour assurer un semblant de continuité scolaire et les autres. Le risque est de "condamner définitivement certains à l’abandon de la scolarité, avec des conséquences désastreuses et persistantes" aussi bien socialement qu’économiquement, estime Xavier Timbeau. Cette déscolarisation pourra notamment compliquer davantage la recherche d'emploi.

La France risque aussi d’accuser le coup au niveau de son attractivité sur le scène internationale. "La dégradation de la situation sanitaire qui force les autorités à recourir à un reconfinement peut donner l’impression aux investisseurs étrangers que les infrastructures de santé en France ne sont peut-être pas aussi bonnes que ça ou qu’il y a un problème de gouvernance politique, ce qui peut les décourager de s’implanter ou d’investir en France", estime Pascal de Lima.

Une réplique plutôt qu’un effet boule de neige ?

Mais tout le monde n’a pas cette vision pessimiste de la situation. À commencer par les marchés financiers. La perspective d’un retour du confinement ne les a, certes, pas ravis, mais "la baisse des indices boursiers n’est en rien comparable à la panique des mois de février et mars", souligne Alexandre Baradez, responsable des analyses économiques pour le cabinet de conseil financier IG, contacté par France 24.

Les investisseurs "ne croient pas à la thèse de l’effondrement économique", résume-t-il. Pour eux, il ne devrait pas y avoir d’effet boule de neige, et le probable deuxième confinement "est plutôt perçu comme une réplique du tremblement de terre économique du printemps dont les effets seront moins forts", souligne Alexandre Baradez.

Le fait que le dispositif qui doit être dévoilé devrait durer moins longtemps (environ un mois), être plus souple et prévoir une certaine continuité de l’activité économique "permettra aux autorités de concentrer les aides sur les secteurs les plus affectés et de mieux cibler les aides", juge cet analyste financier.

Les entreprises ne vont en outre plus évoluer en terrain inconnu. "Elles ont appris de l’expérience du printemps et ont adapté leur organisation de travail, ce qui peut avoir un impact important sur la continuité de l’activité", ajoute Pascal de Lima.

En revanche, ce deuxième confinement dont personne ne voulait démontre que la France entre peut-être dans une nouvelle réalité où l’économie va, tour à tour, se confiner et se déconfiner au gré de la virulence de l’épidémie. Et pour Alexandre Baradez, le vrai test aux yeux des marchés n’est pas d’éviter un effondrement mais de voir si le gouvernement parvient à adapter le pays à ce "nouveau monde".