Avec le rebond de l'épidémie, le report des élections régionales se précise

Par Jules Pecnard avec Perrine Vasque et Loïc Besson
·3 min de lecture
Jean-Louis Debré et Emmanuel Macron, le 4 octobre 2018 - AFP / Vincent Kessler
Jean-Louis Debré et Emmanuel Macron, le 4 octobre 2018 - AFP / Vincent Kessler

Le verdict paraît presque attendu. Les élections régionales et départementales de mars prochain semblent vouées, comme tant d'événements, à être décalées par l'épidémie de Covid-19. La commission mise en place par l'exécutif, pour étudier la possibilité d'un maintien à l'échéance initialement prévue, a tous les airs d'un antalgique. Dirigée par Jean-Louis Debré, elle doit rendre sa décision d'ici la fin novembre, d'après Le Journal du Dimanche.

En vue de ce report fatidique, un début de consensus émerge en faveur du mois de juin. Une date suffisamment décalée pour permettre à la deuxième vague d'épidémie de s'estomper et, ainsi, offrir aux candidats la possibilité de faire campagne. Même si certaines mesures de restriction sanitaires demeureront probablement en vigueur l'été prochain - l'interdiction des rassemblements par exemple.

Par ailleurs, organiser ce double scrutin au mois de juin laisserait un laps suffisant jusqu'à l'élection présidentielle de 2022.

"Macron veut tout faire pour reporter"

Dans l'esprit des leaders de l'opposition, que Jean-Louis Debré doit consulter, la résignation est de mise. "Le report est inévitable", a reconnu le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, auprès du JDD. Il est lui-même tête de liste PS dans les Hauts-de-France.

Il y a un mois, tous à droite comme à gauche se montraient ouvertement hostiles à l'idée même d'un report. Surtout chez Les Républicains, pour qui les régionales vont être plus cruciales que jamais. Elle doivent permettre notamment à Xavier Bertrand, président sortant des Hauts-de-France, de faire de sa réélection une rampe de lancement vers 2022. Et, ce faisant, procurer aux LR un substitut légitime à François Baroin, leur ex-candidat putatif.

L'enjeu est le même, dans une moindre mesure, pour les barons que sont Valérie Pécresse en Île-de-France et Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes. Un poids lourd centriste du Sénat confiait à BFMTV.com son sentiment à la mi-octobre, avant que l'exécutif n'ait concrétisé les choses en missionnant Jean-Louis Debré:

"Emmanuel Macron va tout faire pour les reporter. Il sait que ça va être une cata' pour LaREM et ne veut pas laisser Bertrand, Pécresse et même Wauquiez faire un tour de chauffe pour 2022. Il est obsédé par une chose, c'est sa réélection. Si on est sympa, on va dire que l’exécutif joint l’utile à l’agréable."

Après la présidentielle?

Le gouvernement, lui, cherche à faire en sorte que les événements se déroulent de manière moins abrupte qu'à l'occasion des municipales. "On sera fixé en décembre", affirmait récemment un ministre auprès de BFMTV.

"Si ça se fait en juin, ça va, ce ne sera pas trop tard, il n'y aura pas d'interférence avec la campagne présidentielle de Bertrand. Ce qui est compliqué, c'est le double scrutin le même jour avec les départementales, car ça demande deux fois plus de personnel. C'était déjà compliqué pour les municipales", prévient-il.

En d'autres termes, l'avantage de reporter à juin les régionales et départementales serait de parer l'accusation de tripatouillage électoral si souvent brandie par la droite et la gauche. Par ailleurs, les positions sont diverses au sein même des oppositions. Certains qui s'apprêtent à briguer pour la première fois une présidence de région, comme Guillaume Peltier en Centre-Val de Loire, sont plutôt favorables à un report au mois de juin. Valérie Pécresse, elle, veut le maintien en mars.

D'autres, comme Renaud Muselier, préféreraient que les régionales aient lieu après l'élection présidentielle. Ce qu'a envisagé à un moment Emmanuel Macron d'après Le Figaro. Un député marcheur, conscient du poids médiatique des barons régionaux, évoquait une idée plus byzantine auprès de BFMTV.com:

"Là on est dans la seringue. On pourrait tenir les régionales en septembre, et après, est-ce qu'on ne les découplerait pas des départementales? Ça nous permettrait de les tenir après 2022..."

Article original publié sur BFMTV.com