«Real Magic», télépathie qui croyait prendre

Libération.fr

Hilarante parodie de jeu télé basé sur la divination, la pièce de Tim Etchells ressasse à l’infinie l’échec des trois participants.

Que c’est éprouvant ! Durant toute la représentation, on a envie de trépigner comme un enfant et de hurler son exaspération. Et que c’est réussi ! On sait très vite que jamais, au grand jamais, les mots qu’on espère entendre ne franchiront les lèvres des trois protagonistes, portés par les formidables Jerry Killick, Richard Lowdon, et Claire Marshall dans Real Magic, écrit et mis en scène par Tim Etchells. On devine que rien n’empêchera leur échec programmé, dans cette satire d’un jeu télévisé où applaudissements et rires sont pré-enregistrés et où les trois personnages doivent alternativement deviner par télépathie à quel mot pense l’un des participants, dûment encouragé par le présentateur. Tandis que les mots «Caravane», «Algèbre», et «Saucisse» sont brandis sur un carton, les malheureux compétiteurs restent bloqués sur «électricité», «trou», «argent» - les trois mots élus qu’ils répètent de manière absurde.

Hamster. Si les trois acteurs sont tous déments dans leur manière de multiplier les variations, on a un faible pour Claire Marshall, qui réussit à émouvoir en nous persuadant que du mot deviné dépend l’entièreté de sa vie. Au cours de la représentation, l’actrice change si souvent de posture, d’expression, d’âge, de trait physique, qu’on serait prêt à croire qu’elles sont une infinité.

Décor pauvre, chaussettes qui tombent en accordéon, déguisement de canari dépressif jaune fluo avec masque intégré que les protagonistes mettent tour à tour puisqu’ils jouent successivement tous les rôles : le candidat obstinément malheureux, le présentateur et le participant qui montre au public le mot secret auquel il pense. Le rituel est à chaque fois le même, les phrases prononcées ne varient pas, seul change le rythme - frénésie, bousculade, transe, extrême dilatation du temps, fatigue - et ce qu’il provoque chez le spectateur, entre la séance (...)

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