RDC: Modeste Bahati Lukwebo désigné informateur par le président

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En République démocratique du Congo (RDC), le président Félix Tshisekedi a profité du Nouvel An pour désigner son informateur, le sénateur et ancien ministre Modeste Bahati Lukwebo. Sa mission est d’identifier dans les trente jours une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale. Le Front commun pour le Congo (FCC) de l’ex-président Joseph Kabila revendiquait cette majorité, avant de voir le bureau de l’Assemblée nationale tomber à la suite d’une motion initiée par l’opposition et des députés pro-Tshisekedi.

De nos correspondants à Kinshasa, Pascal Mulegwa et Patient Ligodi

Certains dans l’entourage du président congolais Félix Tshisekedi avaient évoqué les noms des opposants Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. L’ancien gouverneur du Katanga et l’ex-vice-président avaient fait le déplacement à Kinshasa mais étaient repartis sans qu’il y ait une annonce.

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Finalement, en cette soirée de réveillon, le choix du chef de l’État s’est porté sur Modeste Bahati Lukwebo, une « pièce incontournable », selon un proche de Félix Tshisekedi.

Ministre sous Joseph Kabila

Ministre du Plan puis de l’Économie sous Joseph Kabila, Modeste Bahati Lukwebo fut le premier à se rapprocher de Félix Tshisekedi dès janvier 2019, mais avait hésité à sauter le pas. C’est l’histoire d’un pilier du précédent régime qui a fini par s’en éloigner.

Modeste Bahati Lukwebo n’avait pas accepté le fait qu’Emmanuel Ramazani Shadary soit choisi comme dauphin de Joseph Kabila en 2018.

Les tensions avec Joseph Kabila se confirment en juillet 2019, lorsque le sénateur ose se présenter face au candidat choisi par le FCC pour la présidence du Sénat. Il est sans ménagement radié de la coalition de l’ancien chef de l’État et son regroupement politique, l’AFDC (Alliance des forces démocratiques du Congo), a fait l’objet d’une fraude.

Bahati Lukwebo lui-même n’hésite pas à porter plainte contre notamment le coordonnateur du FCC, Néhémie Mwilanya. Il affirme alors son autonomie et positionne sa plate-forme comme « troisième force politique », membre de la majorité parlementaire.

Habile négociateur

À la fin de l’alliance Kabila-Tshisekedi, ce positionnement lui permet de se rapprocher de l’actuel chef de l’État. « Le FCC avait commis l’erreur de nous exclure, il doit en tirer les conséquences », dira-t-il.

Fin connaisseur de la machine politique de Joseph Kabila, fin calculateur, habile négociateur, il apparaissait comme un choix naturel, explique un membre du cabinet de Félix Tshisekedi. Bahati Lukwebo et sa plate-forme revendiquent toujours 41 députés nationaux et 13 sénateurs.

Aujourd’hui, ce sera à lui de convaincre opposants comme membres du FCC d’adhérer ouvertement à l’union sacrée souhaitée par Félix Tshisekedi, jusqu’ici largement minoritaire à l’Assemblée et d’ouvrir la voie à la formation d’un nouveau gouvernement.

La mission confiée à Bahati Lukwebo peut durer jusqu’à trente jours et être renouvelée une fois, mais dans l’entourage du président, on estime qu’elle sera courte. Car, selon l’un des conseillers, la majorité est déjà acquise grâce à des récentes déclarations d’adhésion des députés à l’« union sacrée ».

Pour le FCC de Joseph Kabila, le chef de l’État ne devrait pas nommer un informateur avant la démission ou la destitution du chef du gouvernement.