RDC: libération d’Eddy Kapend, condamné dans l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila

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Ce vendredi 8 janvier 2021, 22 autres condamnés pour la même affaire sont également sortis de prison. Ils ont bénéficié d’une grâce présidentielle. L'ancien chef de l'État, et père de Joseph Kabila, avait été assassiné le 16 janvier 2001, il y a presque 20 ans. La cérémonie s'est tenue à la prison Makala de Kinshasa.

Avec notre correspondant à Kinshasa, Patient Ligodi

Képi militaire, tee-shirt militaire, l’air sérieux, Eddy Kapend était au premier rang sous la tente déployée pour l’occasion. Il a été le premier à être appelé pour retirer son certificat de libération avant de se diriger directement vers le bureau du directeur de la prison. Sa tenue de prisonnier tombée, Eddy Kapend a attendu la fin de la cérémonie pour quitter la prison.

Une centaine de personnes avec des pancartes et tee-shirts à son effigie étaient devant la prison pour l’accueillir. Le message était le même : « Libre après 20 ans », « Sorti par la même porte », « Merci Félix Tshisekedi ». Cet attroupement a même créé un petit embouteillage devant la prison de Makala.

Et aux côtés d’Eddy Kapend, ils sont une vingtaine d’autres à être libérés ce vendredi matin. Certaines de ces personnes ont accepté de répondre aux questions des journalistes ont demandé la réouverture du procès de l’assassinat de l’ancien président, père de Joseph Kabila. Laurent-Désiré Kabila a été assassiné il a presque 20 ans, le 16 janvier 2001.

• Entretien avec Jean-Claude Katende, président national de l’Association africaine des droits de l'homme (Asadho)

RFI : Pour vous, ces libérations sont l'aboutissement d'une longue bataille judiciaire ?

Jean-Claude Katende : Effectivement. La libération de monsieur Eddy Kapend et ses amis est une véritable victoire et un aboutissement de tous les combats qu’on a menés depuis plusieurs années. Nous pensons que le moment était très attendu non seulement par les condamnés ou les graciés eux-mêmes, mais aussi par les membres de leur famille et beaucoup de Congolais.

Ils sont graciés, mais ils ne sont pas pour autant réhabilités…

Ils ne sont pas réhabilités. Et comme nous l’avions déjà dit à d’autres occasions, la deuxième phase de ce combat pour nous, c’est la réouverture du procès de l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, comme nous-mêmes nous le demandons en tant qu’organisation des droits de l’homme, mais aussi comme la recommandation qui avait été faite par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Nous pensons que pour rendre justice à monsieur Eddy Kapend et ses compagnons, mais aussi à Laurent-Désiré Kabila, il est très important que le procès reprenne. Et c’est à l’occasion de la reprise de ce procès que monsieur Eddy Kapend et ses amis pourraient être réhabilités si on constate effectivement qu’ils sont innocents.

Comment comprenez-vous ces libérations dans le contexte de tensions entre Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila ?

Il faut dire que la rupture de l’alliance ou de la coalition entre le président Félix Tshisekedi et le président Joseph Kabila était une opportunité qui a permis au président de la République d’avoir plus de manœuvres pour arriver à cette grâce, à cette libération des prisonniers. L’accord entre le président Kabila et le président Tshisekedi était quand même un frein, il faut le dire, parce que le président Kabila en tant que partenaire à l’époque du président Félix Tshisekedi était intéressé aussi par le dossier en tant que fils du président Laurent-Désiré Kabila. Et nous, nous pensons que le président Félix Tshisekedi a bien fait d’accorder cette grâce présidentielle qui avait été recommandée par la Commission africaine des droits de l’homme depuis plusieurs années sous le régime du président Kabila, mais il n’avait pas voulu accéder à cette recommandation. Le président Félix l’a fait. Il a réparé plusieurs injustices dont les condamnés qui sont aujourd’hui graciés ont été victimes pendant plus de 19 ans.