RDC: dans l'attente d'un gouvernement, dissensions au sein de l’UDPS et du FCC

Plusieurs organisations de la société civile congolaise appellent le président Félix Tshisekedi à s'opposer à toute nomination de personnalités accusées de violation des droits de l’homme ou de crimes économiques dans le futur gouvernement. Elles ont déposé une pétition en ce sens à la présidence congolaise mardi 28 mai. Lancée le 24 avril, elle a déjà recueilli 16 000 signatures. Elle a été réceptionnée par le directeur de cabinet du chef de l'Etat, Vital Kamerhe, qui a promis de la transmettre à Félix Tshisekedi.Il y a dix jours, l’ONG Amnesty International avait également appelé le président Tshisekedi à ne pas nommer lors du prochain gouvernement des personnalités impliquées dans les violations des droits de l’homme.

Quatre mois jour pour jour après l'investiture de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême, on est toujours dans l'attente d'un nouveau gouvernement en République démocratique du Congo. Depuis la désignation du Premier ministre, lundi, c'est l'effervescence au sein des différentes formations politiques du nouvel alliage au pouvoir. On parle beaucoup des négociations entre coalitions Cach et FCC, mais au sein même de ces dernières, et des partis qui les composent, il y a des tiraillements.

Vendredi 24 mai, le secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), l'ancienne formation présidentielle de Joseph Kabila, a réclamé plus de postes au Premier ministre et à la présidente de l'Assemblée nationale, tous deux issus de ses rangs. Et cela inquiète d'autres formations du Front commun pour le Congo (FCC).

Le PPRD représente un peu plus d'un tiers des députés du FCC à l'Assemblée nationale. La deuxième formation politique de la plateforme de Joseph Kabila, c'est l'Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC) de Bahati Lukwebo, qui jusqu'ici n'a obtenu que la deuxième vice-présidence de l'Assemblée. Et pour l'ancien ministre, le PPRD ne peut prendre le contrôle de toutes les institutions.

« Nous ne pourrions pas comprendre que ceux qui représentent le tiers des forces politiques puissent prendre tout, à la fois la présidence de l’Assemblée nationale, le Premier ministre, 70% des gouverneurs de province... Si l’on va avec cette logique, le PPRD prendra toutes les institutions et vous comprenez que ça ne peut que créer un malaise », confie Bahati Lukwebo.

Du côté de Jean-Lucien Bussa, président du regroupement Coalition des démocrates (Code), pas de contestation des décisions prises jusqu'ici, ni pour le bureau de l'Assemblée, ni pour le choix du Premier ministre, « résultat d'un compromis entre l'actuel et l'ancien présidents ». Mais d'espérer plus de postes au gouvernement, au bureau du Sénat et à la présidence des commissions.

M. Bussa souhaite que les principes adoptés, et notamment la solidarité, restent appliqués. « Le PPRD et l'AFDC ne font pas seuls la majorité », rappelle l'ex-ministre, alors que le chef d'un autre regroupement se plaint d'un « partage de gâteau qui a fait office de résultats pour les législatives », et qui fausserait selon lui tout débat sur le poids politique des composantes du FCC.

À l'UDPS, une crise de leadership

Depuis plusieurs semaines, une crise secoue également l’ancien parti d’opposition historique et actuel parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Après son investiture à la tête de l’État, Félix Tshisekedi avait nommé Jean-Marc Kabund président intérimaire du parti - il est devenu depuis lors vice-président de l’Assemblée nationale.

Mais ce choix à la tête de l'UDPS est aujourd’hui contesté par une part croissante des cadres du mouvement du président, alors que les négociations battent leur plein entre la coalition présidentielle dont l'UDPS fait partie, Cach, et le FCC de l’ex-chef de l’État et leader de la nouvelle majorité parlementaire, Joseph Kabila.

Cette défiance s’est encore aggravée le week-end dernier avec la décision de nommer Augustin Kabuya au poste de secrétaire général du parti présidentiel. Les détracteurs de Jean-Marc Kabund lui reprochent sa gestion opaque et sans concertation du parti. Ils réclament au contraire la mise en place d’un directoire de transition et l’organisation rapide d’un congrès pour désigner un nouveau président, conformément selon eux, aux statuts du parti.

Cette semaine, ces partisans du directoire ont reçu un soutien de poids en la personne du président du groupe parlementaire de l’UDPS.

Le 30 mai prochain, la dépouille d’Étienne Tshisekedi, figure tutélaire de l'UDPS et père de l'actuel chef de l'État, sera rapatriée au Congo, après deux ans de tractations entre l’UDPS et le FCC. Plusieurs organes ou personnalités du parti tentent des médiations, comme la ligue des jeunes de l’UDPS ou encore Corneille Mulumba, l’un des membres fondateurs de l'UDPS, qui lance un appel aux dirigeants de sa formation et même au président Félix Tshisekedi.

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