RDC: dispersion d'une marche contre la nomination de Ronsard Malonda à la tête de la Céni

·4 min de lecture

Des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Kinshasa, samedi 4 juillet, pour protester contre la confirmation de la nomination de Ronsard Malonda, comme président de la Commission nationale électorale indépendante (Céni) par l'Assemblée nationale, dominée par des élus pro-Kabila. La manifestation a été dispersée par la police. Plus d’une dizaine de manifestants ont été brièvement interpellés.

Comment expliquer une telle levée de boucliers contre la nomination de Ronsard Malonda à la tête de la Céni ?

Ronsard Malonda est le secrétaire exécutif de la Céni sortante. Il était aussi l’un des artisans des élections de 2018 dont les résultats ont été très contestés. Une partie de ses membres est d’ailleurs sous sanctions américaines, pour des soupçons de corruption. C’est ce qui a conduit les Églises catholique et protestante, les deux principales confessions du pays, à s’opposer à ce choix.

Ce sont les huit confessions religieuses reconnues qui traditionnellement désignent le président de la Commission électorale. Il n’y a donc pas eu de consensus à ce niveau.

Le parti présidentiel, l’UDPS, parle d’une procédure de désignation suspecte et promet de manifester, jeudi prochain. L’opposition, Lamuka, promet elle-aussi des actions.

Les mouvements citoyens, parmi lesquels le comité laïc de coordination - une association de l’Eglise catholique - étaient donc dans la rue, ce matin, pour protester contre « l’instrumentalisation » de la Céni.

Tous accusent le FCC de Joseph Kabila qui, à travers l’Assemblée nationale, a confirmé cette candidature et demandent au président Félix Tshisekedi de ne pas signer l’ordonnance d’investiture.

Pour la coalition pro-Kabila, la procédure a été menée régulièrement et Ronsard Malonda était tout simplement le plus qualifié des candidats pour ce poste. Patrick Nkanga est le rapporteur du bureau politique du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).

Réaction du président Félix Tshisekedi

Vendredi 3 juillet, le chef de l’État congolais a abordé le sujet avant les débats du Conseil des ministres et pointé, selon le compte-rendu, qu’il y a, autour de la désignation de Ronsard Malonda, « de fortes contestations », qu’il reçoit des « rapports contradictoires » à son propos, sur les irrégularités notamment qui auraient entaché cette procédure.

Il a rappelé qu’il était le garant du bon fonctionnement des institutions et à ce titre, a appelé les différents acteurs à procéder à ses nominations - il n’y a pas que le président de la Céni - « dans un esprit de consensus, d’apaisement » et d’aplanir les vues avant « tout avancement » dans ce processus. En tout cas, Félix Tshisekedi a promis de « veiller personnellement » à ce que cette procédure de désignation soit crédible de bout en bout.

Manifestation dispersée et interpellations

Mais pas de quoi calmer les ardeurs et récriminations. Rameaux en mains ou banderoles, la marche commence bien. La police encadre les manifestants, malgré l’état d’urgence sanitaire, rapporte notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa.

« Nous ne voulons pas de Ronsard, nous en avons marre de cette Céni-là, qui manipule toujours les résultats, qui ne donne pas au peuple congolais les dirigeants pour qui il a voté », dit cet homme en colère.

Au milieu de la cohue, on retrouve Jean-Baptiste Kasekwa, député d’opposition. Il fulmine contre la présidente de l’Assemblée nationale : « Il n'y a jamais eu de consensus autour de cette désignation, donc c'est une planification de la fraude. Et comme il s'entête, le peuple gagne toujours. »

Sur le boulevard Lumumba, le cortège s’agrandit. La tension monte à l’approche du Parlement. Pour la police, c’était une ligne rouge. Des manifestants sont interpellés, d’autres brutalisés. Crispin a impuissamment assisté aux bastonnades de son camarade de la Lucha. « Il a reçu des coups de crosse à la tête, il a perdu connaissance lorsqu'il a été tabassé. Il ne parvenait même pas à ouvrir ses yeux », a-t-il constaté.

Un cas isolé, répond le chef de la police. Il accuse les manifestants d’avoir abusé de sa confiance. La manifestation devait s’arrêter à plus d’un kilomètre du Parlement. « Ils ont dit qu'il quitterait la 16e rue jusqu'à qu'à la 1re rue. Ils ont franchi la ligne rouge, ils voulaient aller au palais du peuple, on ne sait pour quel motif. »

Les interpellations ont été de courte durée. La dizaine de manifestants arrêtés a été relâchée, en milieu d’après-midi.