RDC: la crise à la Sonas illustration du malaise social dans le pays

En République démocratique du Congo, cela fait désormais presque un mois que le nouveau président Félix Tshisekedi a pris ses fonctions. Et si le nouveau chef de l’Etat tarde à mettre en place un nouveau gouvernement, il met en application certaines décisions. C’est le cas de la réouverture de la Maison Schengen. Félix Tshisekedi, le candidat, puis Félix Tshisekedi, le président, avait promis à plusieurs reprises la réouverture de la Maison Schengen. La situation était pourtant bloquée du côté de la coalition pro-Kabila qui demandait des contreparties à cette réouverture, histoire de ne pas montrer que Kinshasa « lâche » sur ce dossier, selon une source diplomatique congolaise.Certains au sein du Front commun pour le changement insistaient sur la levée des sanctions contre tous les proches de Joseph Kabila. Cette demande avait même été insérée dans le texte des vœux diplomatiques que le nouveau président devait prononcer la semaine dernière mais, au dernier moment, Félix Tshisekedi avait refusé de lire ce passage.Deux contrepartiesDans l'accord signé à la mi-journée entre le nouveau conseiller sécurité du chef de l'Etat et ancien patron de la direction des migrations, François Beya, et le chargé d'affaires de l'ambassade de Belgique, Philippe Brochain, il y a deux contreparties apparentes. Il s’agit de l'ouverture d'un guichet spécifique permettant de faciliter les procédures de visa pour les officiels congolais disposant d'un passeport diplomatique et puis la mise en place d'un comité dit de pilotage par les ambassades de l'espace Schengen avec une présidence tournante.Mais c'est bien la Belgique qui va continuer de gérer cette institution communautaire au quotidien. Et ce, même si la fermeture de la Maison Schengen avait été décidée par Kinshasa à un moment de tensions dans les relations avec son ancienne puissance coloniale.

En RDC, plusieurs entreprises publiques connaissent des tensions sociales. Les employés réclament plusieurs mois d’arriérés de salaire et parfois la révocation de leurs dirigeants. C’est le cas de la Sonas, la Société nationale d’assurance.

Fin janvier, l’organisation syndicale RAS (Renouveau de l’action syndicale) avait alerté le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, sur la situation des agents, cadres et retraités de la Sonas sur ce qu’elle qualifie de « génocide social ». La Sonas a exercé le monopole du marché des assurances en RDC pendant environ 47 ans. Elle est devenue une société commerciale à la suite de la décision du gouvernement de libéraliser le secteur des assurances.

Ce syndicat revendique pour certains agents de cette compagnie plus de cinquante mois de salaires impayés. Il évoque également les cas de vingt mois de gratifications non payés. La même source rapporte que cette situation ne concerne pas que la direction générale de la société à Kinshasa, mais aussi certaines de ses agences à l’intérieur du pays. Certains documents consultés confirment ces allégations. Le syndicat RAS appelait ainsi le chef de l’Etat à « prendre des mesures conservatoires » à la Sonas, notamment de nommer de toute urgence un comité de crise ou un nouveau comité de gestion, la réhabilitation de tous les délégués syndicaux, cadres et agents licenciés, d’après ce syndicat, illégalement.

De son côté, la direction de la Sonas ne reconnaît pas les activités de cette organisation syndicale et botte en touche toutes les revendications accusant notamment l’ancien directoire de la société qui aurait, d’après elle, recruté « plus de 450 nouvelles unités sans tenir compte de la capacité financière de l’entreprise ». Au sein de la société, il se dégage depuis deux tendances, dont celle qui soutient les revendications portées par le syndicat RAS.