RD Congo : des manifestations anti-insécurité tournent à la tuerie intercommunautaire à Goma

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Des manifestations contre l’insécurité ont dégénéré en violences intercommunautaires les 12 et 13 avril à Goma, ville frontalière du Rwanda et chef-lieu de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces violences ont fait onze morts et ont entraîné la fuite d’une partie de la population. Nos Observateurs déplorent une escalade de la violence et réclament des mesures pour dédommager les victimes.

En marge d’une manifestation tenue dimanche 11 avril dans le quartier de Majengo contre l’insécurité dans l’est du pays et contre l’inaction de la mission de maintien de la paix de l’ONU (Monusco), deux motards qui ne participaient pas au rassemblement ont été tués. Ils étaient tous les deux membres de la communauté Kumu, un groupe ethnique qui constitue, avec les Nandé, l’essentiel de la population de ce quartier populaire.

Après leur mort, une vague de violentes représailles s’est abattue sur la communauté Nandé, jugée responsable de leur mort car constituant l’essentiel des participants à la manifestation.

Des dizaines de commerces de cette communauté ont été pillés lundi et mardi, des maisons ont été incendiées et au moins onze personnes ont été tuées, selon un bilan du Baromètre sécuritaire du Kivu.

"J’ai vu une personne brûler vive dans sa maison"

Notre Observateur Jeannot B. (pseudonyme) est un habitant du quartier Majengo, l’épicentre de ces violences à Goma. Il a souhaité témoigner, sous couvert d’anonymat par peur de représailles.

J’habite sur l’avenue Optigo en famille, à quelques mètres des endroits où les violences se sont produites. Depuis ce week-end, il y a des affrontements répétés entre manifestants et forces de l’ordre, les manifestants érigent des barricades, bloquent les routes avec des pierres ou des poubelles, sont dispersés par la police et ainsi de suite. Depuis ce matin [mercredi 14 avril, NDLR], c’est plus calme. Le gros des violences s’est produit lundi et mardi.

J’ai vu des maisons incendiées, des boutiques pillées, des stands de fretin saccagés, mais surtout de nombreuses personnes se faire tuer en pleine rue.

J’ai vu au total sept personnes se faire tuer, c’était lundi. Notamment deux femmes, l’une a été égorgée, l’autre a eu sa main coupée. D’autres ont reçu des balles et une personne a été brûlée vive dans sa maison.

Aujourd’hui, la situation a l’air plus calme, on voit des gens recommencer à voyager et à se déplacer dans les environs. Je reste cependant très prudent, on entend beaucoup de rumeurs sur l’infiltration en ville de groupes armés. Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’ai peur que la situation dégénère à nouveau.

Notre Observateur a rapporté que les actes violents dont il a été témoin ce lundi 12 avril ont tous été commis par des membres de la communauté Kumu, qui visaient des biens et personnes de la communauté Nandé.

Il poursuit :

Tout cela a commencé dimanche [11 avril, NDLR]. Je suis arrivé peu après que les deux motards Kumu ont été tués. J’ai vu au bord de la route leurs corps touchés par balles, recouverts des sacs de charbon qu’ils transportaient. La police n’était pas présente à ce moment-là et on ne sait pas si certains manifestants étaient armés.

"Mardi, beaucoup de parents n’avaient pas remis leurs enfants à l’école"

Eliezaire Ushindi, membre du collectif citoyen Maisha RDC et habitant de Goma, déplore le sort des personnes qui ont perdu leur logement ou leur commerce :

Ces événements très violents viennent mettre beaucoup de familles et de commerçants en difficulté, ils perdent leur boutique ou leur maison et doivent se réfugier chez des connaissances ailleurs dans la ville, dans des quartiers plus sécurisés.

Mardi, beaucoup de parents n’avaient pas remis leurs enfants à l’école et de nombreuses boutiques restaient fermées. Malgré le couvre-feu mis en place par les autorités [celui lié au coronavirus, à 21 h, a été avancé à 18 h dans le cadre de ces violences, NDLR], il faudrait à mon sens des mesures fortes pour dédommager toutes ces victimes.

Charly Nzanzu Kasivita, gouverneur du Nord-Kivu, a déclaré le 13 avril avoir signé un arrêté interdisant "toutes les manifestations publiques" sur l'ensemble du territoire de cette province et a "constaté l'infiltration dans ces manifestations des sujets (hommes) armés".

Au Nord-Kivu, plusieurs villes sont paralysées par une grève générale de dix jours initiée le 5 avril par des groupes de pression et mouvements citoyens pour dénoncer l'inaction de la Monusco face aux massacres des civils dans le territoire de Beni, dans le nord-est de la province du Nord-Kivu, a rapporté l’AFP.

Le territoire de Beni est le théâtre de violences qui ont fait plus de 6 000 morts depuis 2013, selon l'Église catholique.

Ces massacres sont attribués notamment aux combattants du groupe armé d'origine ougandaise Forces démocratiques alliées, considéré comme l'un des plus violents dans l'est de la République démocratique du Congo.