RD Congo : après l’éruption du volcan Nyiragongo, des familles recherchent toujours leurs enfants

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L’éruption du volcan Nyiragongo le 22 mai et l’ordre d’évacuation de la ville de Goma cinq jours plus tard ont entraîné le déplacement de milliers d’habitants dans l’est de la République démocratique du Congo. Lors de ces départs précipités, des enfants ont été séparés de leurs parents. Pour leur venir en aide, des organisations se mobilisent sur les réseaux sociaux et sur le terrain.

Dans la nuit du 22 au 23 mai, l’entrée en éruption inattendue du volcan Nyiragongo a provoqué la panique à Goma, dans la province du Nord-Kivu, en RD Congo. Dans les communes périphériques de la ville, plusieurs habitations ont été détruites par des coulées de lave et les habitants, qui n’avaient pas été avertis de l’imminence de l’éruption, ont pris la fuite dans la précipitation.

Au moins 32 personnes sont mortes des suites directes de l'éruption, dont trois enfants, selon l’UNICEF. L’organisation a également identifié plus de 1 000 enfants séparés de leurs parents dans l'agitation de la soirée du 22 mai.

L’exode provoqué par l’ordre d’évacuation a pu faire augmenter ce chiffre : jeudi 27 mai, près de 400 000 habitants se sont précipités sur les routes, vers la localité de Saké, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest, vers le territoire de Rutshuru, au nord, vers Minova, dans la province voisine du Sud-Kivu, ou encore vers le Rwanda, à l’est. Transportant des valises, des baluchons et parfois même des matelas, beaucoup ont voyagé à pied, sur plusieurs kilomètres et pendant de nombreuses heures.

"Des conseils ont été donnés : par exemple, glisser dans la poche de ses enfants un papier avec un numéro de téléphone"

Notre Observateur Jack Sinzahera, membre du collectif pro-démocratie AMKA CONGO, s’est rendu dans les sites de déplacés de Rutshuru dimanche 30 mai. Il explique y avoir rencontré des familles ayant perdu des proches, et des enfants se trouvant seuls :

Lors de l'évacuation du 27 mai, des conseils ont été donnés aux habitants : par exemple, glisser dans la poche de ses enfants un papier avec un numéro de téléphone. Malgré cela, de nombreux enfants se sont perdus sur la route. À cause des embouteillages et de la foule, ils ont pu perdre de vue leurs parents et prendre d’autres chemins. Nous avons lancé un groupe WhatsApp, "SOS Enfant Perdu Goma", pour aider les familles.

"Il y a aussi des enfants qui expliquent être venus seuls"

Face à l’urgence, le Conseil territorial de la Jeunesse du territoire de Rutshuru héberge depuis le 27 mai une vingtaine d’enfants. Roger Sebyera, membre de ce conseil, raconte :

Le trajet entre Goma et Rutshuru est d’environ 70 kilomètres. Les gens ont fui Goma en étant très stressés et avec la foule, il suffit de perdre de vue deux ou trois minutes vos proches pour se perdre. Il y a aussi des enfants qui expliquent être venus seuls. Notre structure héberge dans ses bureaux plusieurs enfants qui n’ont nulle part où aller. En ce moment [lundi 31 mai, NDLR], ils sont une vingtaine et ils ont entre 1 et 7 ans. Dans la soirée, nous circulons dans Rutshuru : il peut y avoir dans la rue des enfants seuls qui dorment sous les arbres.

Deux sites pour les déplacés ont été installés à Rutshuru. Nous y allons le matin pour demander s’il y a des familles qui ont perdu des enfants. Si c’est le cas, on note les noms et on vérifie à notre bureau. Depuis samedi, 10 familles ont retrouvé leurs enfants. Nous demandons à être en contact avec les responsables d’autres sites de déplacés à Saké et ailleurs, pour retrouver d’autres parents. Mais tous les sinistrés ne sont pas pris en charge dans ces sites, certains sont dans des familles d’accueil. La Croix-Rouge nous aide également à faire ces mises en relation. Pour les repas et la prise en charge des enfants, nous faisons appel à la solidarité de la communauté.

Une campagne menée sur les réseaux sociaux

Si certains enfants se sont égarés lors de l’évacuation du 27 mai, d’autres avaient déjà perdu la trace de leurs parents depuis l’entrée en éruption du volcan samedi 22 mai. À Goma, le 25 mai, Key Castofas a pris en photo des dizaines de parents, une pancarte avec leur nom et leur numéro à la main. Depuis, ces clichés circulent sur Facebook, Twitter et dans des groupes WhatsApp :

J’ai participé bénévolement à cette campagne lancée par la LUCHA [Lutte pour le changement, mouvement citoyen prônant la justice sociale par des actions non violentes, NDLR]. Lors de l’éruption, certains enfants des quartiers à proximité [du volcan] étaient en train de jouer dehors... Ils sont rentrés chez eux et n’ont trouvé personne. Des parents pouvaient aussi être à leurs activités loin de la maison et les enfants sont alors partis seuls.

À Goma, Gentil Jab Pretty, fondateur de la fondation SOS aux Enfants défavorisés, a également participé à l’action de la LUCHA :

Cette initiative a permis d’identifier 150 parents ayant perdu des enfants après l’éruption. Au niveau de ma fondation, nous avons accueilli une trentaine d’enfants. Depuis, dix ont retrouvé leur famille respective. Chez moi, j’héberge encore six enfants, et d’autres se trouvent dans des familles d’accueil à Saké. Chaque jour, je me rends à Saké pour savoir si des familles sont à la recherche de leurs enfants.

Plusieurs ONG continuent le travail d’enregistrement des déplacés mais le nombre exact d’enfants perdus n’est pour le moment pas connu. Contacté par notre rédaction, Marcel Muamba Kalala, président du comité provincial de la Croix-Rouge dans le Nord Kivu, assure que son organisation a reçu 1 328 requêtes de parents cherchant encore leurs enfants.

"Depuis le début des événements, nous avons identifié 177 enfants non-accompagnés", explique-t-il, précisant que 94 ont retrouvé leur famille et 83 ont été envoyés dans des centres de la division provinciale des affaires sociales. Marcel Muamba Kalala encourage les structures locales qui hébergent des mineurs à le signaler à la Croix-Rouge.

Les organisations présentes dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu s’inquiètent également des conditions sanitaires dans lesquelles se trouvent les sinistrés, qui manquent d’eau, de nourriture et de produits de premières nécessités. Médecins sans frontières craint notamment une flambée de choléra dans les sites de déplacés.

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