A Raqa, des dizaines de Syriens fuient l'EI et les bombardements

Maya GEBEILY
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Des femmes et des enfants syriens se rassemblent à l'ouest de Raqa après avoir fui le centre de la ville pour échapper à l'EI, le 12 octobre 2017

Raqa (Syrie) (AFP) - Pieds nus, l'air hagard, ils sont des dizaines de Syriens, en majorité des femmes et des enfants, à avoir fui jeudi Raqa, échappant au groupe Etat islamique (EI) et aux frappes aériennes qui ont repris de plus belle contre les derniers réduits jihadistes.

C'est grâce à ces raids intensifs de la coalition internationale emmenée par Washington que les combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont pu reconquérir la quasi totalité de Raqa, où les jihadistes sont retranchés dans de dernières poches du centre-ville, avec des milliers de civils pris au piège.

Parmi ces habitants, ils ont été des dizaines, jeudi matin, à franchir la ligne de front dans le quartier central d'Al-Badou.

Des femmes et des enfants, les pieds nus et couverts de poussière après avoir fui à pied les violences, ont été transportés par les combattants des FDS vers des entrepôts à la périphérie ouest de la ville, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Les hommes, de tous âges, la plupart blessés à la tête ou à la jambe, l'air hagard, ont eux été amenés vers un autre secteur pour être interrogés, les FDS craignant que des combattants de l'EI ne se mêlent à la foule de civils pour leur échapper.

Après une accalmie relative de quelques jours, les frappes aériennes et les tirs d'artillerie ont repris de plus belle à Raqa, comme le décrivant les habitants interrogés par l'AFP.

"C'était calme pendant deux ou trois jours, et on ne pouvait plus penser qu'à sortir", commente Nisrine, la vingtaine.

Avec son fils d'un an et sa voisine Aya, elle est restée coincée dans son appartement d'Al-Badou tellement longtemps qu'elle ne se souvient plus du nombre exact de jours.

"Quand les bombardements ont repris, c'était encore pire qu'avant", poursuit la jeune femme, le visage dissimulé par un voile noir montrant uniquement des yeux marrons où se lit l'épuisement.

- 'Pas dormi' -

Le Conseil civil de Raqa, une administration locale mise en place par les FDS, mène des "discussions" pour permettre aux civils pris au piège de quitter les secteurs tenus par l'EI.

Ces derniers jours, les lignes de fronts sont donc restées relativement calmes, malgré quelques frappes aériennes sporadiques, ont confirmé à l'AFP des commandants des FDS sur le terrain.

La coalition emmenée par Washington a indiqué n'avoir mené aucun raid aérien lundi autour de Raqa, et seulement six mardi. Mercredi, en revanche, elle a rapporté 24 frappes.

"Les bombardements se sont interrompus, il devait y avoir une trêve (...), mais je ne sais pas ce qui s'est passé, les tirs d'artillerie ont repris", déclare pour sa part Abdullah al-Ali, jeune habitant d'une vingtaine d'années, l'air hébété alors qu'il vient tout juste de fuir.

Ces trois derniers jours, le quartier d'Al-Badou a été largement épargné par les bombardements, ajoute un vieil homme à la chevelure rêche poivre et sel, un oeil couvert par un pansement.

"Mais la nuit dernière, on n'a pas du tout dormi à cause des raids et des tirs à l'artillerie", raconte-t-il en attendant d'être transporté vers une mosquée de la périphérie ouest de Raqa transformée en centre d'accueil.

Depuis 2014, Raqa était la "capitale" de facto des jihadistes de l'EI, qui l'ont transformée en laboratoire de l'horreur.

Si les combattants jihadistes sont retranchés dans un secteur restreint du centre, l'assaut final a été retardé en raison de l'afflux des civils qui ont commencé à sortir, avance Rodja Felat, la commandante qui dirige l'offensive des FDS sur Raqa.

"Ces derniers jours, nous avons libéré environ un millier de personnes, dont 250 aujourd'hui, confie-t-elle à l'AFP. Nous étions en train de nous préparer pour la dernière semaine (de combats), mais cette fuite massive de civils a contrecarré ce plan."

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