Rapt d'une riche hôtelière: 30 ans de réclusion requis contre le principal accusé

Claudine RENAUD
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Jacqueline Veyrac quitte le tribunal de Nice, le 8 janvier 2021

Fustigeant un "narcissisme absolu" digne de Bianca Castafiore, l'avocate générale a requis lundi 30 ans de réclusion criminelle contre le restaurateur italien Giuseppe Serena, principal accusé de l'enlèvement de l'hôtelière Jacqueline Veyrac en 2016 à Nice, motivé selon la magistrate par son "orgueil blessé".

"Selon moi, il est resté l'instigateur quoi qu'il dise", a déclaré l'avocate générale Annie Brunet-Fuster à l'adresse de M. Serena, qui comparaît avec 12 co-accusés depuis le 4 janvier devant les assises des Alpes-Maritimes. Accusé d'avoir organisé l'enlèvement de 2016, il est aussi poursuivi pour une précédente tentative de rapt avorté en 2013.

A l'ouverture de la quatrième et dernière semaine de procès, M. Serena, 67 ans, a, à demi-mots, avoué sa participation aux faits, tout en affirmant avoir été dépassé: "Traiter Mme Veyrac comme un paquet postal, jamais de ma vie je n'ai jamais pensé ça!". Il a aussi réfuté avec véhémence avoir envisagé l'enlèvement du petit-fils ou du fils de la victime, comme l'ont affirmé durant le procès ses co-accusés.

- "Ego frustré" -

Malgré les mises en cause de ses co-accusés, M. Serena affirmait du fond de sa prison depuis quatre ans qu'on lui faisait porter le chapeau à tort pour le calvaire enduré par Mme Veyrac, qui a passé 48 heures pieds et poings liés dans un Renault Kangoo stationné dans une rue isolée avant de parvenir à trouver de l'aide et à s'évader.

"Je reconnais une forte et totale responsabilité", a déclaré lundi M. Serena. "Non, ce n'était pas la haine (...) et pas non plus la soif de l'argent. Oui, peut-être mon ego frustré, et le fait que le travail que j'avais fait ne valait plus rien du tout". Vendredi, la partie civile avait pointé "la soif de l'or" comme principal mobile.

Colosse de 1,90 mètre pour 130 kilos, M. Serena a été de 2007 à 2009 le gérant de La Réserve, adresse mythique de Nice louée aux Veyrac. Un couronnement pour cet homme condamné deux fois en Italie pour banqueroute frauduleuse et qui s'était refait une situation sur la Côte d'Azur.

Il avait épaté Nice avec son conjoint finlandais en décrochant une étoile Michelin à L'Atelier du goût, modeste restaurant du port, et en la regagnant à La Réserve. Mais avec 46 salariés pour 100 couverts, la chute a été rapide.

"La Réserve, c'était le bâton de maréchal", a souligné durant le procès l'expert psychologue auquel M. Serena a raconté qu'il rêvait d'en devenir propriétaire et s'était senti arnaqué.

"Ils ont vu trop haut, trop grand", a estimé l'avocate générale, comparant M. Serena à Bianca Castafiore, la célèbre cantatrice des aventures de Tintin pour "la faconde, la truculence, la sympathie" mais aussi son "narcissisme absolu".

- "Délinquance de quartier" -

La magistrate a requis 25 ans de réclusion à l'encontre de Philip Dutton, un ancien soldat britannique sans ressources. Un ami d'enfance de M. Serena, dont le cas a été disjoint pour raison de santé et qui sera prochainement jugé, lui avait fait miroiter un départ de Jersey pour une opportunité à Nice, sans équivoque sur le caractère illégal de l'affaire. Elle a souligné que cette peine tenait compte de ses aveux.

A l'encontre des trois hommes de main du kidnapping elle a requis de 18 ans à 20 ans de réclusion. "On n'est pas dans le grand banditisme (...) On est dans la délinquance de quartier", a-t-elle commenté.

"J'aimerais vous croire, mais je n'y arrive pas", a aussi lancé la magistrate à l'adresse de "Tintin", alias Luc Goursolas, 50 ans, ancien paparazzi devenu détective privé qui a reconnu avoir posé des balises GPS sous le 4x4 de Mme Veyrac, affirmant que M. Serena l'avait sollicité pour suivre un amant adultère.

Mme Brunet-Fuster a requis à son encontre huit ans d'emprisonnement pour complicité d'enlèvement, et au minimum quatre ans pour s'être abstenu de dénoncer les faits.

A l'encontre de quatre autres accusés, poursuivis pour association de malfaiteurs, certains confondus par une simple trace ADN, elle a requis des peines de 2 à 10 ans de prison.

Enfin, la magistrate a requis le relaxe pour trois jeunes de 22 à 23 ans nés en Tchétchénie, dont un ancien champion de France de lutte.

Le verdict est attendu en fin de semaine après les plaidoiries de la défense.

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