Rapports du GIEC : il faut cesser de réchauffer la planète

<span class="caption">Des personnes marquent le Jour de la Terre par une marche, le 22 avril 2022, à Montréal.</span> <span class="attribution"><span class="source">LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz</span></span>
Des personnes marquent le Jour de la Terre par une marche, le 22 avril 2022, à Montréal. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz

Le dernier rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 4 avril, a suscité de grandes inquiétudes, comme le précédent publié au début de l’année 2022. Le premier porte sur les impacts des changements climatiques. Le deuxième présente un portrait des solutions possibles en réponse à la crise du climat.

Cet article vise à créer un lien entre ces deux rapports majeurs et revient sur les points essentiels qu’il faut retenir.

Chargé de cours à l’Université de Montréal, je suis directeur de la diplomatie climatique internationale du Réseau action climat Canada. J’analyse et je suis les négociations climatiques internationales, surtout en ce qui concerne les obligations et responsabilités climatiques du Canada à l’échelle internationale, l’implantation des plans climatiques à l’échelle domestique et la finance climatique internationale.

Lire la suite: Climat : le rapport du GIEC est bouleversant. Il est maintenant temps d’agir

Accélérer l’action climatique, c’est possible

Selon le rapport sur les solutions d’atténuation aux changements, nous pouvons respecter les objectifs climatiques dans le cadre de l’Accord de Paris. Cela exige cependant une transformation des systèmes politiques, économiques et sociaux qui nous gouvernent. Cela demande également une plus grande mobilisation de tous les acteurs de la société civile, du secteur privé et de tous les paliers du gouvernement. Par exemple, les experts du GIEC concluent que les grèves pour le climat ont contribué à accélérer l’action climatique en donnant la parole aux jeunes dans plus de 180 pays.

Les solutions d’atténuation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de moitié d’ici 2030 et atteindre la carboneutralité des émissions en 2050 sont aujourd’hui moins chères que jamais et disponibles. Par exemple, entre 2015 et 2019, le coût unitaire de plusieurs sources d’énergie renouvelable a rapidement chuté. Par conséquent, on remarque une augmentation dans le déploiement de l’énergie solaire de 170 % et de l’énergie éolienne de 70 % entre 2015 et 2019 (section 5.1).

Mais nous devrons également faire face à plusieurs défis sociaux et politiques alors qu’on accélère l’implantation des politiques climatiques à l’échelle globale.

Trois défis

  1. Les impacts de la crise climatique s’accélèrent

On observe aujourd’hui de plus en plus des pertes et dommages dus aux changements climatiques dans tous les écosystèmes et dans toutes les régions du monde. Environ 3,3 milliards de personnes vivent dans des contextes très vulnérables face au réchauffement planétaire. Depuis 2008, plus de 20 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de leur pays chaque année en raison d’événements extrêmes liés aux conditions météorologiques. S’en suivent des effets négatifs sur la santé mentale, le bien-être, la satisfaction dans la vie, le bonheur, les performances cognitives et l’agressivité des populations exposées.

Déjà, entre 2010 et 2020, la mortalité humaine due aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes était 15 fois plus élevée dans les régions très vulnérables, par rapport aux régions très peu vulnérables.

Un dépassement du réchauffement climatique au-delà de 1,5 °C entraînerait des impacts majeurs inévitables et irréversibles. Par exemple, il accélérerait la dégradation des récifs coralliens, la perte du patrimoine culturel ou la perte des petites îles en raison de l’élévation du niveau de la mer. Une fois survenus, les impacts persisteraient même si les températures mondiales baissaient par la suite.

  1. Les émissions continuent d’augmenter… surtout chez les riches

Les émissions nettes totales de GES sont désormais supérieures de 54 % à celles de 1990 (section B.1.1), année du début des négociations internationales sur le climat. Le GIEC confirme la plus forte augmentation absolue des émissions de GES jamais enregistrées dans l’histoire de l’humanité.

D’ailleurs, ce rapport du GIEC s’attaque aux enjeux liés aux inégalités des revenus et inégalités des émissions. Depuis 1980, on observe une croissance économique disproportionnée pour les individus faisant partie du groupe des 1 % les plus fortunés de la planète. D’après certaines recherches analysées par les scientifiques du GIEC, ce groupe aurait une empreinte carbone moyenne 175 fois supérieure à celle d’une personne faisant partie des 10 % les plus pauvres. Les ménages dont les revenus se situent dans les 10 % les plus élevés contribuent à environ 36-45 % des émissions mondiales de GES.

  1. La résistance au changement

Tout retard additionnel dans l’action mondiale nous fera manquer une courte fenêtre d’opportunité, qui se refermera rapidement si nous souhaitons garantir un avenir viable et durable pour tous.

Nous disposons de suffisamment de ressources, de capitaux mondiaux et de liquidités pour combler l’écart en matière d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques.

Mais les institutions et gouvernements tardent à débloquer, institutionnaliser et accélérer les politiques qui conduisent à de profondes réductions des émissions. Il y a résistance des entreprises dans les secteurs à forte émission de carbone qui ne souhaitent pas voir l’implantation de politiques ambitieuses à l’échelle domestique.

Les fonds publics sont mal utilisés. Nous devons rapidement arrêter de subventionner les combustibles fossiles. La fin des subventions aux énergies fossiles peut réduire les émissions mondiales de CO2 de 1 à 4 % (section B.1.1), et les émissions de GES jusqu’à 10 % d’ici à 2030.

Il faut cesser de réchauffer la planète

Ces deux rapports nous présentent un même constat. Les plans et les politiques climatiques actuels nous rendront plus vulnérables et plus pauvres. Ils finiront par miner le bien-être de centaines de millions de personnes à haut risque de vagues de chaleur extrêmes.

L’approvisionnement alimentaire se verra perturbé, les dommages économiques s’intensifieront et les systèmes naturels s’effondreront. Et ce, avec des coûts bien plus importants que ceux observés jusqu’à maintenant, en particulier sur les groupes traditionnellement marginalisés, les peuples autochtones et les habitants des pays vulnérables.

Nous avons encore des choix. Plus nous émettons de GES, plus la situation s’aggrave. Chaque fraction de degré de réchauffement entraîne des conséquences plus graves. Moins nous réchauffons la planète, moins nous verrons d’impacts. Il s’agit d’une question de justice sociale et d’équité puisque cette crise représente déjà une menace pour notre bien-être et pour la santé de la planète.

En octobre, un autre document sera présenté : le rapport de synthèse, qui reprendra les messages clés des trois groupes de travail. Il s’agit de la plus ambitieuse contribution scientifique du GIEC aux décideurs politiques et aux citoyens de tous les coins de la planète.

Toutefois, le défi sera de transformer ce savoir en action lorsque les États-nations se rencontreront en novembre pour la grande conférence onusienne sur le climat en Égypte, la Cop 27.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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