Un rapport épingle le sexisme d'un tiers des 200 vidéos YouTube les plus vues

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Photo d'illustration  - Esther Vargas - Flickr - CC
Photo d'illustration - Esther Vargas - Flickr - CC

Le document tient en 26 pages mais ses conclusions sont accablantes. Ce jeudi, la Fondation des Femmes a fait paraître un rapport intitulé Numérique: le sexisme en liberté. Il étudie les 200 contenus les plus visionnés sur YouTube en France au cours des années 2019 et 2020. Un examen d'autant plus crucial que YouTube, comme le rappellent ces travaux, est la plateforme la plus consultée par le public âgé de 15 à 24 ans et la deuxième la plus consultée, si l'on tient compte de l'ensemble de la pyramide des âges.

L'enseignement principal que la Fondation des Femmes tire de cette plongée au milieu des succès du site de partage de vidéos et morceaux propriété de Google est le suivant. Au cours des deux exercices étudiés, on a assisté à "une hausse des contenus présentant une image dégradante et humiliante des femmes".

Les stéréotypes dans le détail

Le document chiffre cette assertion liminaire. "Pour 2019/2020, on observe que 34,7% des vidéos présentaient une image dégradante des femmes", peut-on ainsi lire. Et cette dévaluation se nourrit d'abord de la reprise et de la diffusion de stéréotypes. "On constate qu’en moyenne, 68,2% des contenus étudiés présentaient un contenu stéréotypé", affirme ainsi l'enquête. Si cette statistique lisse ensemble les poncifs associés aux hommes comme aux femmes, le rapport détaille les archétypes qui lestent les représentations féminines. Ceux-ci sont synthétisés en quelques catégories.

"En ce qui concerne les stéréotypes féminins, l’archétype le plus courant est celui de 'la sentimentale', relevé dans 15% des vidéos, suivi de 'la poupée' (13%), 'la séductrice' (12,5%) et 'la vénale' (8,5%)", expose la Fondation des Femmes.

De la sexualisation à la violence

Et ces épithètes traduisent une sexualisation des corps et des personnages, poursuit-on. "On note une sexualisation des personnages dans plus de 20% des vidéos. Ces personnages sexualisés sont, pour la totalité, des femmes", assure l'association qui développe:

"15,2% des séquences contenaient des propos à connotation sexuelle, prononcés à 96% par des hommes".

Si, comme le note encore le document, "le rapport prédominant entre les personnages masculins et féminins demeure celui de la séduction pour 2019 et 2020", avançant un pourcentage de 38,8% de contenus concernés, l'ensemble n'est pas exempte d'une violence verbale directe. C'est le moins que l'on puisse dire à lire ce qui suit:

"Dans les vidéos observées sur la période 2019/2020, on note que 18,6% des vidéos proposent des propos violents et/ou à caractère sexuel ou sexiste".

Sous-représentées

Là aussi, la Fondation des Femmes entre plus avant dans son propos: "On remarque ainsi que ces violences sont représentées à 37,5% par des insultes sexistes, 25% sont des propos misogynes, 15,6% contribuent à la culture du viol, 6,3% des violences se font sous la forme de harcèlement sexuel et 3,1% de violences conjugales".

Cette publication est aussi l'occasion de dénoncer une injustice plus discrète. Les travaux décrits pointent en effet une invisibilisation ou du moins une sous-représentation des femmes dans ces 200 plus grands succès de YouTube. "On note que les hommes demeurent globalement surreprésentés par rapport aux femmes. Sur la période 2019/2020, on constate une présence écrasante des premiers rôles masculins dans les vidéos avec 62,1% d’hommes et 16,2% de femmes"", est-il ainsi posé.

Quelques pistes esquissées

Dans sa conclusion, le rapport propose plusieurs pistes pour améliorer le tableau. Tout d'abord, un renforcement de la "loi Léotard" de 1986 sur la communication audiovisuelle dans le sens d'une meilleure prévention d'"un traitement dégradant à raison du sexe ou de l’identité de genre", selon la formulation ici promue.

La Fondation des Femmes porte aussi l'idée de l'instauration pour les contenus numériques de "l'éga-conditionnalité", c'est-à-dire d'après la définition qu'en donne sur son site le Haut-Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes "le conditionnement de l’accès aux marchés publics au respect de l’égalité femmes-hommes et à la mise en place d’actions la favorisant".

Elle égrène encore deux possibilités: la mise en place d'une charte de bonne conduite des plateformes et une autorégulation des GAFAM ( à savoir le quintet Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Deux ultimes pistes qui menacent, toutefois, de déboucher sur des voeux pieux.

Article original publié sur BFMTV.com

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