Ramzy Bedia, 50 ans et toujours le "cul entre deux chaises"

"Quand on devient connu, ça fout le bordel": à 50 ans, Ramzy Bedia se confie auprès de l'AFP sur son rapport au succès en tant qu'artiste venu d'un milieu populaire, une question au coeur d'une comédie en salles mercredi.

L'acteur, connu du plus grand nombre pour le duo potache Eric et Ramzy, avec Eric Judor, tient le rôle principal, cette fois tout en finesse, de "Youssef Salem a du succès", un film sur le milieu de l'édition, signé Baya Kasmi (scénariste du "Nom des Gens" et de "La lutte des classes").

Son personnage est un écrivain qui rencontre enfin le succès lorsqu'il décide d'écrire un roman sur les tabous et les travers de sa famille d'origine modeste, des parents venus du Maghreb et leurs trois enfants qui ont grandi dans une cité près de Marseille.

"Le personnage est vachement proche de moi, il a le cul entre deux chaises", entre le milieu artistique "et sa famille traditionnelle à laquelle il est attaché", confie Ramzy Bedia à l'AFP. "C'est dans toutes les familles pareil: on veut s'émanciper, devenir quelqu'un, et là, quand on devient connu, ça fout le bordel".

A l'instar du personnage, "j'ai l'impression d'avoir été élevé dans une famille des années 1960 où on ne dit pas de gros mots, on ne parle pas de cul, on ne ramène pas une meuf qui dort à la maison", raconte Ramzy Bedia.

"Je n'ai jamais ressenti autant d'amour que de mes parents", et pourtant "on ne se parlait pas, on ne s'est jamais dit: +Je t'aime papa+ comme dans les super films. (...) En revanche, les reproches, les +tiens-toi droit, sois un homme+, ça y allait !".

- Ramzy donne la réplique à sa soeur Melha -

Revisitant avec une vraie finesse comique la thématique des "transfuges de classe", chère à la Prix Nobel de Littérature Annie Ernaux, "Youssef Salem" fait son miel des ambiguïtés du succès pour ceux qui ne viennent pas du sérail.

Autant de situations qui ont parlé à Ramzy Bedia, dont les parents sont à la fois "très fiers" et pas impressionnés: "Quand j'arrive à la maison, c'est fini, il y a plus rien !", s'amuse celui qui a grandi dans un quartier populaire de Gennevilliers. "Je dois me lever pour aller chercher un café, je redeviens le petit garçon de douze ans ! A la maison, leur regard ne change pas, il n'arrivent pas à me voir connu".

Le film fait office de thérapie familiale pour Ramzy, qui y donne la réplique à sa soeur cadette, Melha Bedia, actrice et humoriste.

L'acteur, qui n'a jamais caché avoir entretenu un rapport difficile avec la célébrité de cette dernière, se dit aujourd'hui "soulagé" de la voir réussir.

"Je lui ai mis des bâtons dans les roues, je voulais pas qu'elle fasse ça, parce que j'avais peur qu'elle n'y arrive pas et qu'elle soit malheureuse".

A l'écran comme dans la vie, "on passe notre temps à s'insulter", s'amuse-t-il. "En famille, pour tout le monde, je suis le patriarche, je suis respecté mais, elle, elle me prend pour un vieux ringard ! Elle me dit mes vérités en face ! Mais bon, on est tous le ringard de quelqu'un !", philosophe-t-il.

Une rencontre avec Ramzy ne peut se conclure sans une question sur Eric Judor et le duo culte qu'ils ont formé sur scène et à l'écran ("La Tour Montparnasse infernale", "Seuls two", "Steak"...).

"On respire chacun de notre côté, on devient un peu nous-même... mais on meurt d'envie de refaire quelque chose !", dit-il.

D'ici là, il promet un retour prochain d'Eric et Ramzy dans... une pub pour la chaîne de fast-food Quick. "C'est important de rester populaire, les gens vont chez Quick beauoup plus que chez Chanel !", s'amuse Ramzy. "Enfin, si on m'appelle pour Chanel, j'y vais en cavalant, promis !".

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