La raie cendrée du morbier désormais protégée pour éviter les contrefaçons

Le Morbier est caractérisé par un fil cendré qui parcourt toute la partie centrale de la meule. - ALAIN JOCARD / AFP
Le Morbier est caractérisé par un fil cendré qui parcourt toute la partie centrale de la meule. - ALAIN JOCARD / AFP

La raie cendrée caractéristique du morbier est désormais protégée. Cette marque visuelle fait partie de l'identité du célèbre fromage jurassien et ne peut donc être imitée voire contrefaite par d'autres meules souhaitant appâter les consommateurs, selon une décision de la Cour d'Appel de Paris rendue vendredi dernier.

"L'aspect visuel du morbier, avec sa raie centrale et horizontale, est suffisamment spécifique pour être protégé, au même titre que le nom 'morbier'", a ainsi jugé la Cour.

Si le nom du fromage et sa recette sont protégés depuis 2002 par le sigle AOP (Appellation d'origine protégée), cela faisait une décennie que le Syndicat interprofessionnel du morbier militait en faveur d'un élargissement de la protection, en raison de nombreuses contrefaçons. Il a finalement eu gain de cause.

Un trait de charbon, pas de moisissure

Le trait du morbier n'est pas lié à un processus de moisissure du fromage mais à la présence d'une fine couche de charbon végétal, selon le site du syndicat.

Cette pratique prend son origine dans les hivers rigoureux de la fin du XVIIIe siècle dans le Jura: les paysans ne pouvant parfois pas livrer leur lait aux producteurs de Comté, ils fabriquaient leur propre fromage. Mais n'ayant souvent pas assez du lait de la traite du soir pour avoir une meule suffisamment épaisse à leur goût, ils apposaient le charbon issu du "cul du chaudron" pour protéger le liquide des infections jusqu'à la traite du matin.

Aujourd'hui, deux meules sont caillées séparément avant d'être assemblées autour de cette fine couche de charbon.

"Demain, il n'existera plus qu'un produit avec ce trait sombre, ce trait visuel, qui est une caractéristique particulière de notre morbier. Elle est unique, elle est inimitable, c'est vraiment notre histoire et c'est notre fromage", partage Joël Alpy, producteur de lait dans le Jura et président du Syndicat interprofessionnel du morbier.

Une décision qui pourra faire jurisprudence

La nouvelle n'est pas bonne que pour les producteurs de morbier. En réalité, cette décision du tribunal fait jurisprudence pour tous les autres producteurs de fromage car la décision fait jurisprudence.

"C'est la première fois qu'on actionne cet article 13 du règlement européen qui stipule que l'AOP protège le nom mais également une caractéristique particulière d'un produit qui peut induire le consommateur en erreur lors de son acte d'achat", explique Joël Alpy.

Article original publié sur BFMTV.com