Rafale à l'Egypte: une aubaine pour la France bouclée en un temps record

Djallal MALTI
Un Rafale survole Dubaï le 18 novembre 2013

La vente de 24 Rafale à l'Egypte, conclue en un temps record pour répondre aux besoins immédiats de l'Egypte, tombe à point nommé pour Dassault et la France qui décrochent leur premier contrat pour ce fleuron aéronautique.

"Avec l'Egypte, ça s'est fait très rapidement", a souligné le président de la République François Hollande. "D'abord parce que l'Egypte voulait un avion de grande qualité" et "rapidement compte-tenu des menaces qui existent autour de ce pays", en rappelant l'importance du rôle de stabilité du Caire dans la région.

Confrontée sur son flanc Est à des attaques de jihadistes liés au groupe Etat islamique (EI), sur son flanc Ouest à la situation en Libye, Le Caire a un besoin de disposer d'un avion de combat éprouvé.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a indiqué à ses interlocuteurs français sa volonté d'aller vite, dans le but de doter dès que possible son armée de capacités opérationnelles.

D'où la rapidité avec laquelle cette vente a été conclue, soit moins de trois mois.

"Cette négociation a été très rapide, elle a débuté fin novembre", a souligné le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier. Par un coup de fil du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, lui indiquant que "l'Egypte a un vrai besoin en matière d'avion de combat et s'intéresse au Rafale", a-t-il dit sur RTL.

Paris a ainsi consenti "un certain nombre d'efforts" sur le financement, a précisé M. Hollande en indiquant que "dans le contexte actuel, c'est très important que l'Egypte puisse agir pour la stabilité et être en sécurité".

Selon lui, "la stabilité non seulement sur son sol mais aussi la stabilité dans la région". "La sécurité était également nécessaire compte tenu de la frontière commune (de l'Egypte) avec la Libye et de la lutte contre le terrorisme, et compte-tenu de ce qui se passe aussi dans le Sinaï", où la branche égyptienne de l'EI gagne en puissance, a-t-il ajouté.

Pour Dassault, cette première vente était très attendue afin d'assurer la cadence de la chaine de production de l'appareil.

Pour l'Etat français, il y avait urgence alors que le budget de la défense, qui comprend une longue liste d'autres matériels à acquérir au profit des armées, est tendu et s'appuie sur la vente de l'appareil à l'exportation.

Cette première vente permet aussi de rompre un long cycle de déceptions à l'export, et d'espérer convaincre d'autres clients potentiels du Rafale.

L'appareil, désormais éprouvé au combat, a fait ses preuves en opération, notamment en Libye en 2011, où il a été le premier à opérer au-dessus de Benghazi et de Tripoli, puis au Mali en 2013.

Aujourd'hui, neuf Rafale sont engagés en Irak pour lutter contre l'EI.

Cela permet de "démontrer la capacité d'un avion de combat", a souligné Eric Trappier. "Il a été engagé dans de nombreux théâtres d'opération et les observateurs que sont l'ensemble des pays de la région en particulier ont pu voir son efficacité opérationnelle aux mains de l'armée de l'air française", a-t-il ajouté.

Selon lui, plusieurs pays "s'intéressent beaucoup au Rafale. Je pense aussi que cette vente à un grand pays arabe va faire boule de neige".

Parmi les acheteurs potentiels, le Qatar et les Emirats arabes unis, ou encore la Malaisie à plus long terme.

Eric Trappier s'est également montré optimiste quant à la conclusion du contrat de 126 Rafale avec l'Inde, avec lequel Dassault est en négociations exclusives depuis 2012, mais dont la complexité retarde la conclusion.

Le détail du contrat de 5,2 milliards d'euros avec l'Egypte n'a pas été dévoilé. Il comprend également une frégate FREMM fabriquée par le groupe naval DCNS ainsi que des missiles fabriqués par MBDA.

Eric Trappier a toutefois pris soin de rappeler que Dassault ne bradait jamais ses avions. "Nous avons une réputation sur le marché. Dassault ne solde pas", a-t-il dit en assurant que "les deux parties autour de la table sont satisfaites".

La signature est prévue lundi au Caire en présence du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, et les premières livraisons dès cette année, avec trois appareils prélevés sur les chaînes destinées à l'armée française, le reste étant prévu à partir de 2018.

Quant à la frégate, il s'agit de la FREMM "Normandie" qui sera prélevée sur le contingent destiné à la Marine nationale.

Cette vente a fait réagir Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale de EELV, qui s'est étonnée de la "priorité" accordée à l'achat de ces avions par l'Egypte vu "la difficulté économique et sociale dans laquelle elle est, une Egypte qui, je vous le rappelle, il y a une semaine, n'a pas hésité à tirer sur des manifestants".