Raboté, le contrat d'engagement de Macron ne convainc pas grand monde

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Raboté, le contrat d'engagement annoncé par Macron (ici le 18 octobre 2021) ne convainc pas grand-monde (Photo: Stephane Mahe via Reuters)
Raboté, le contrat d'engagement annoncé par Macron (ici le 18 octobre 2021) ne convainc pas grand-monde (Photo: Stephane Mahe via Reuters)

POLITIQUE - C’est peut-être un détail, mais il veut dire beaucoup. Emmanuel Macron a annoncé, ce mardi 2 novembre, l’un des volets de sa politique sociale les plus attendus des derniers mois de son quinquennat: le “contrat” d’engagement à destination des jeunes, promis à la base pour être un “revenu.”

Un choix sémantique qui cache un rabotage en règle de la promesse initiale formulée par le chef de l’État à l’été dernier, puis portée par certains de ses ministres. Au lieu du million, voire plus, un temps envisagé, lorsqu’était évoquée la possibilité d’y inclure aussi des travailleurs précaires et la totalité des jeunes sans activité ni formation, le dispositif annoncé devrait finalement concerner 400.000 profils en 2022. Les plus éloignés de l’emploi.

Concrètement, cette allocation, pouvant aller jusqu’à 500 euros, sera versée chaque mois “sous condition de revenus, d’assiduité et d’acceptation des offres d’activité faites”, selon les mots du président de la République qui, s’exprimant directement sur les réseaux sociaux, entendait s’adresser aux concernés.

En d’autres termes: l’enveloppe sera débloquée en échange de 15 à 20 heures par semaine de formation ou d’accompagnement. De quoi susciter les diverses critiques des oppositions, sur fond de nouvelle mesure électoraliste, et de provoquer le scepticisme des principaux intéressés ou des associations.

“On est très très loin de vouloir toucher l’intégralité” de la jeunesse

“C’est largement insuffisant”, a par exemple estimé la présidente de l’Unef (Union nationale des étudiants de France) sur BFMTV. Pour Mélanie Luce, “les objectifs de base ne permettaient pas d’avoir un revenu pour tous les jeunes”, ce qui est pourtant “essentiel” à ses yeux, pour répondre à une situation “critique”.

“Les étudiants continuent de faire la queue aux distributions alimentaires et nous n’avons rien pour eux (...) On reste à un taux de chômage qui avoisine les 20% chez les jeunes, et la seule mesure qu’on met en place c’est ce contrat d’engagement...”, a-t-elle encore regretté, dans la foulée des annonces du chef de l’État, rappelant que 1,5 million de personnes en France sont aujourd’hui considérées comme “jeune sans emploi ni formation”, quand 2,9 millions sont étudiants.

On est donc “très très loin de vouloir toucher l’intégralité” de la jeunesse, selon les mots de la patronne de l’Unef. Même son de cloche pour Antoine Dulin, le président de la commission insertion et jeunesse du Cese (Conseil économique, social et environnemental).

“On est très loin des annonces du 12 juillet (...) et de l’ambition de garantie universelle”, a-t-il d’abord écrit sur les réseaux sociaux avant de s’épancher sur franceinfo. Car s’il reconnaît “un premier pas que fait enfin le gouvernement”, le responsable ne manque pas de griefs contre une allocation trop ciblée ou pas assez élevée.

“Que ce soit clair, on ne vit pas avec 500 euros, on survit”, a-t-il tenu à souligner, sur le site du média, en précisant: “Cette aide ne permet que de pouvoir sortir des situations de détresse, comme on a vu pendant cette crise sanitaire où des jeunes remplissaient les files de distribution alimentaire des Restos du cœur, du Secours populaire ou du Secours catholique.”

Pas assez pour la gauche, trop tard pour la droite

Un constat que l’on retrouve sous forme de vives critiques chez les oppositions de gauche. Le député écolo Mathieu Orphelin (ex-LREM) regrette ainsi “un contrat d’engagement au rabais” dans un communiqué publié dans la matinée. “Avec un démarrage seulement en mars prochain, l’exclusion des étudiants et des travailleurs précaires et de lourdes contraintes, le dispositif est très loin de répondre aux besoins d’une génération en détresse”, écrit le porte-parole du candidat Jadot, pour mieux fustiger ce “quinquennat manqué dans la lutte contre la pauvreté.”

Sur les réseaux sociaux, Jean-Luc Mélenchon, s’agace contre “une farce cruelle pour les jeunes” qui correspond à une rémunération à “5 euros de l’heure”. “Le message est clair: engage toi pour 5€/h et ferme la!”, abonde le porte-parole “Jeunesse” de la France insoumise, David Guiraud.

Paul Mayaux, président de la Fage, première organisation étudiante de France, a dénoncé une “promesse manquée de plus”, regrettant un manque de “considération pour les jeunes actifs précaires, les jeunes diplômés” et “des efforts minimes” venant “simplement compléter des dispositifs déjà existants, sans créer de droits nouveaux aujourd’hui pourtant si essentiels”.

À droite, en revanche, on s’attarde davantage sur le côté ”électoraliste” de la chose. “La mesure est valable uniquement en 2022. On a un Président qui ne se soucie pas du long terme, il fait campagne avec le chéquier de la France tous les jours et ça, c’est insupportable”, a par exemple déploré Xavier Bertrand, sur France 2 quand le patron des Républicains fustigeait, de son côté, “un chèque de plus, sans provision à ce stade”.

“Chaque quarante-huit heures, le président de la République fait une annonce”, critiquait ainsi critiqué Christian Jacob, sur BFMTV, “ce n’est pas à six mois de la présidentielle que l’on doit s’occuper d’immigration, de sécurité, des jeunes, du pouvoir d’achat... on se fiche du monde.”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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