Dans le rétro : entre grandeur et décadence, la fabuleuse histoire de la tapisserie d'Aubusson

Il faudrait une tapisserie XXL pour raconter l'histoire des lissiers d'Aubusson, dans la Creuse. Depuis le XVe siècle, cette petite ville s'est spécialisée dans la tapisserie grâce aux eaux de la Creuse, qui ont la propriété de fixer naturellement les couleurs. Sa réputation est encore prestigieuse aujourd'hui, puisqu'en 2009 l'Unesco a inscrit la tapisserie d'Aubusson au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Une reconnaissance internationale à la mesure de l'importance des lissiers creusois dans le développement de la tapisserie. Mais entre ces deux dates aux extrémités de la frise chronologique, Aubusson a connu plusieurs crises. Au début du XXe siècle, les ateliers creusois n'innovent plus et ne font que reproduire des motifs et des styles qui sont transmis de génération en génération. C'est alors qu'arrive en 1940 le peintre Jean Lurçat, qui redynamise le style traditionnel de la tapisserie. Aubusson entame une période florissante. Certains des plus grands artistes modernes, dont Picasso, Léger, Le Corbusier et Braque viennent dans les ateliers pour créer des tapisseries. La relation entre le peintre et le lissier "Tous ses peintres travaillent de façon très nette avec les fabricants, les artisans, les ouvriers lissiers, tous les ouvriers de la technique. Ils viennent souvent à Aubusson et il est impensable qu'on puisse envisager la réussite d'une bonne tapisserie sans le contact étroit du peintre et du lissier", raconte un reportage télévisé en 1963. Mais dans les années 1980, Aubusson connaît une nouvelle crise. Les usines de tissage se délocalisent et les commandes qui venaient du Nord de la France n'affluent plus pour les tapisseries. Beaucoup d'ateliers creusois ferment et le déclin de l'industrie est amorcé. Un regain d'intérêt émerge dans les années 2000 avec une spécialisation d'ateliers dans la tapisserie très haute gamme. Jusqu'au prochain chapitre.