Résultats législatives: La NUPES n'a pas la mine des grands soirs, malgré son succès

POLITIQUE - Une victoire à la PyNupes? L’union des partis de gauche arrive dans un mouchoir de poche au coude à coude avec les troupes d’Emmanuel Macron au premier tour des élections législatives ce dimanche 12 juin. Selon les résultats officiels -mais contestés-, les candidats de Jean-Luc Mélenchon obtiennent 25,66% des voix au niveau national, tout juste derrière la coalition formée autour d’Emmanuel Macron (25,75%).

Pour le tribun de 70 ans, défait il y a deux mois à la présidentielle, il s’agit d’un succès indéniable, aux contours inédits: Il prive le parti présidentiel d’une position de force qui lui était pourtant assurée, ou presque, au regard de l’Histoire.

En tout cas, l’heure n’est pas au triomphalisme à gauche, comme vous pouvez le voir dansla vidéo en tête de l’article. Les différents chefs à plumes de l’alliance jouent plutôt la carte de la gravité, ou de la responsabilité, sur les plateaux de télévision. Et pour cause: si la NUPES a traversé “de manière magnifique le premier test qu’elle rencontrait”, selon les mots de Jean-Luc Mélenchon, au soir du premier tour, cette soirée semble paradoxalement l’éloigner de Matignon.

Un sursaut sinon rien

Car pour réussir leur pari fou, les gauches unitaires devaient mobiliser large. Pour imposer une improbable cohabitation à Emmanuel Macron, elles devaient compter sur une avance confortable au niveau national. Ce qui n’est pas le cas. Certes, plusieurs sortants sont réélus dès le premier tour, à l’image de Danièle Obono, Alexis Corbière ou Sonia Chikirou en Île-de-France, mais la NUPES a du mal à percer dans les territoires qui lui sont défavorables.

Et la dynamique, dans les urnes, est plus ténue que ce que laisse penser leur campagne offensive. Dans le détail, le score réalisé par l’alliance ne progresse pas d’un iota par rapport à celui que les différents partis réalisaient séparément en 2017.

Nous avons déjoué les pronostics, l'enjeu c'est maintenant de déjouer les projections".Julien Bayou, patron de EELV et candidat NUPES à Paris

Unie, la gauche récolte un peu plus de 25% des voix. Dispersée il y a cinq ans, dans un contexte d’irruption macroniste, elle en récoltait... 25,49%. Le report se fait donc sans difficultés entre les différents forces, comme en témoignent également les scores très bas des candidats dissidents. La NUPES confirme son ancrage avec des réélections dès le premier tour, mais ne crée pas d’élan nouveau. Ce dont Jean-Luc Mélenchon a nécessairement besoin pour lorgner sur Matignon.

Pour la présidentielle, ce sont les quartiers populaires et les populations traditionnellement éloignées du vote qui ont permis à l’homme de la 6e République de glaner quatre points entre les sondages et son résultat. L’abstention, historique pour des législatives, ne permet pas, aujourd’hui, de répéter la même prouesse.

Voilà donc tout l’enjeu de ce second tour: le tribun réussira-t-il à remobiliser les foules? Et à convaincre du fait qu’il peut encore imposer une cohabitation à Emmanuel Macron?

Dans tous les cas, la tâche s’annonce très difficile pour le camp ”écologique et social” s’il souhaite ravir le pouvoir. Même en cas de mobilisation massive de son électorat. Selon les Insoumis, la NUPES peut espérer une qualification dans plus de 500 circonscriptions. Mais le plus dur commence pour ses candidats, lesquels n’ont que très peu de réserve de voix pour faire face à un vote barrage qui ne devrait pas manquer de se lever contre eux.

La NUPES et le brise-lames

L’alliance “se retrouve face à un brise-lames: elle n’aura plus de réserves, elle ne peut compter sur des désistements, transformer l’essai va être difficile. L’union de la gauche est certes historique, mais après?” résume le politologue Denys Pouillard, directeur de l’observatoire de la vie politique et parlementaire à l’AFP.

C’est ce qui explique les différentes projections réalisées par les sondeurs juste après les résultats de ce premier tour. Selon eux, la Nouvelle Union, pourrait l’emporter dans 150 à 210 circonscriptions. Une perspective qui permet d’être la première force d’opposition à Emmanuel Macron dans l’hémicycle pour Olivier Faure, Julien Bayou, Ian Brossat et consorts. Une performance quand on a été éliminé du second tour de la présidentielle, mais guère plus.

Dans ce contexte, il n’en fallait pas plus à Alexis Corbière et à Jean-Luc Mélenchon pour laisser éclater leur agacement au cours de cette soirée. “Au lieu d’analyser les sondages de la semaine prochaine, regardons ce qui se passe ce soir”, a éructé le premier, sur BFMTV, dès 20H05 alors que la chaîne se risquait justement à faire des projections en terme de sièges.

Jean-Luc Mélenchon, lui, s’est emporté contre le service public, sur les réseaux sociaux, coupable, à ses yeux, d’afficher la NUPES et les troupes d’Emmanuel Macron au coude à coude.

Le signe d’une certaine fébrilité? “Nous avons déjoué les pronostics, l’enjeu c’est maintenant de déjouer les projections”, martelait le patron des Verts, Julien Bayou, au cours de cette soirée, pour résumer l’état d’esprit de la NUPES, entre espoirs et méthode Coué. Peu avant, Jean-Luc Mélenchon venait de prendre la parole pour demander à ses troupes de “déferler” sur le second tour. Un discours emprunté, plus sombre ou pessimiste qu’à l’accoutumée, comme si le tribun n’y croyait plus lui-même.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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