La résilience, un consentement au désastre...

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Pour le sociologue Thierry Ribault, la résilience est une "technologie du consentement", visant à rendre les catastrophes de Tchernobyl ou celle de Fukushima acceptables.

Cet article est issu du magazine Sciences et Avenir - La Recherche n°891 daté mai 2021.

"Le point de départ de mon livre Contre la résilience n'est pas dénué de colère. Au moment de la catastrophe de Fukushima, en mars 2011, ma femme, l'écrivaine Nadine Ribault et moi vivions à Kyoto. Nous avons pris position, face au discours manipulatoire ambiant. Les pouvoirs publics japonais, mais aussi des politiques français, des experts de toutes nationalités répétaient doctement que les Japonais allaient traverser ce désastre, comme ils l'avaient toujours fait depuis Hiroshima ! C'était insupportable de bêtise. Au fond, ces gens vantaient les mérites des capacités de rebond des humains dans l'épreuve, tout en nous évitant de questionner les causes du désastre lui-même : la décision prise par des autorités censées protéger la population, de construire des réacteurs nucléaires en bord de mer, sur un site susceptible d'être ravagé par un tsunami. Et le choix des gouvernements suivants de les y maintenir. La catastrophe de Fukushima était en somme un merveilleux malheur, qui permettrait de montrer que l'humanité saurait faire face dans l'adversité, qu'elle plierait sans rompre, etc. Bref, qu'elle ferait preuve de résilience !

Avec Nadine Ribault, nous avons dès 2012 écrit un livre* sur la négation, par certains experts, des conséquences - pourtant démontrées - du rayonnement sur la santé des populations, une stratégie qui vise à l'acceptation du nucléaire. Par la suite, face au raz-de-marée de la résilience, qui s'est imposée aujourd'hui dans tous les domaines, de l'écologie à la psychologie, comme une sorte de mantra, un guide de survie, j'ai souhaité mettre au jour ce qu'elle recouvrait. Précisons d'abord ce qu'elle n'est pas : la résilience ne consiste pas à tirer les leçons d'une catastrophe pour éviter qu'elle se reproduise. Ainsi, le gouvernement nippon, qui avait annoncé abandonner l'énergie atomique, a vite plié après la visite de Steven Chu, secrétaire d'État à l'énergi[...]

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