Les réseaux sociaux au cœur de la manipulation

TIM GRAHAM

Facebook et Twitter sont devenus des outils de choix pour influencer l'opinion et semer le doute. Des chercheurs ont développé des algorithmes qui mettent en lumière l'ampleur de cette désinformation.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°904, daté juin 2022.

La manœuvre a lieu sur le réseau social Twitter. Son objectif : contrer les informations dénonçant l'invasion russe en Ukraine. Des messages nient ainsi le bombardement par les Russes de la maternité de Marioupol ; affirment que des images de victimes civiles ukrainiennes sont des mises en scène ; dénoncent la russophobie de l'Occident... Les auteurs ? Une myriade de comptes officiels relevant du ministère des Affaires étrangères russe : missions russes à Genève (Suisse), Vienne (Autriche) et aux Nations unies, ambassades de Russie au Canada ou au Royaume-Uni… Tous se retweetent les uns les autres, donnant une large visibilité aux messages. C'est le chercheur australien Timothy Graham, de l'Université de technologie du Queensland, qui a repéré le phénomène, recensant pas moins de 75 comptes officiels se donnant pour but d'occuper le terrain numérique.

Ce n'est pas tout. Grâce à des outils informatiques capables de détecter des actions coordonnées, Timothy Graham et son équipe montrent que ces comptes retweetent les mêmes choses de manière simultanée (dans les 60 secondes). "J'ai entrepris de prolonger l'analyse vers des comptes automatisés ou semi-automatisés diffusant la désinformation pro-russe", ajoute le chercheur à Sciences et Avenir. Bilan ? Il a découvert au moins 870 "bots", c'est-à-dire des comptes programmés pour "aimer" automatiquement les tweets du gouvernement russe. Son équipe s'est servie pour cela d'un outil d'apprentissage automatique appelé Botometer (développé à l'Université de l'Indiana, aux États-Unis). En analysant les caractéristiques de profils Twitter donnés, cet algorithme calcule la probabilité que ceux-ci soient authentiques ou faux. Là encore, le rôle des "bots" est de gonfler artificiellement la diffusion de la propagande du Kremlin.

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