Pas de répit en temps de pandémie pour le réchauffement climatique

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Les États-Unis organisent, jeudi, un sommet sur le climat pour tenter de remettre la question du réchauffement climatique au centre des débats. Car la pandémie de Covid-19 n’a pas freiné le phénomène et a même accentué, à certains égards, ses conséquences pour les populations les plus fragiles.

Le réchauffement climatique plus fort que le froid diplomatique. Le président chinois, Xi Jinping, a accepté l'invitation de son homologue américain, Joe Biden,pour participer au sommet sur le climat organisé par les États-Unis, jeudi 22 avril. Ce sera la première rencontre entre les deux dirigeants, en mauvais termes sur bon nombre de dossiers, depuis l'arrivée à la Maison Blanche de l'ancien vice-président.

En tout, Washington a convié une quarantaine de chefs d'État à cette réunion virtuelle de deux jours qui vise à remettre sur le devant de la scène médiatique l'urgence climatique. La crise sanitaire liée à la pandémie de SARS-CoV-2 a, en effet, accaparé la lumière des projecteurs depuis plus d'un an.

Toujours plus chaud

Les changements climatiques ne se sont, cependant, pas mis en pause le temps que le monde trouve la parade au Covid-19, a confirmé l'Organisation météorologique mondiale (OMM) dans son rapport annuel rendu public lundi 19 avril. La planète a continué à se réchauffer et la pandémie a même, dans une certaine mesure, accentué les conséquences pour l'Homme des dérèglements météorologiques, ont souligné les scientifiques de l'OMM.

Il y a à peine un an, pourtant, les médias s'émerveillaient encore de la baisse des émissions de gaz à effet de serre due au ralentissement du commerce international et aux mesures de confinement pour lutter contre la propagation du coronavirus. L'horizon semblait s'éclaircir et certains ont pu se demander un peu hâtivement si la pandémie pouvait être un "remède" au réchauffement climatique.

Il n'en a rien été et le ralentissement, certes réel, de la hausse des émissions de CO2 "n'a été qu'un petit point à peine visible sur la courbe générale du réchauffement climatique", résume William Collins, météorologiste à l'université de Reading, contacté par France 24. L'année 2020 a été, avec 2016 et 2019, la plus chaude de l'histoire moderne, a affirmé l'Organisation météorologique mondiale. Sans le phénomène océanique La Nina, qui contribue à rafraîchir le climat mondial, 2020 aurait même "sans doute été l'année la plus chaude", notent les auteurs du rapport.

C'est dû au fait que "les émissions de gaz à effet de serre s'accumulent dans l'atmosphère et ce ne sont pas quelques mois de ralentissement dans les émissions qui vont changer la tendance à long terme", explique Cathy Clerbaux, directrice de recherche au CNRS au Laboratoire atmosphères, milieux, observations spatiales (LATMOS), contactée par France 24.

La pandémie a exacerbé les effets dévastateurs du réchauffement climatique

La pandémie a aussi, indirectement, poussé certains pays à succomber à de vieilles habitudes très polluantes pour amortir le choc économique lié à la crise sanitaire. C'est ainsi que les émissions de CO2 des usines devraient augmenter de 1,5 milliard de tonnes en 2021 dans le monde, souligne l'Agence internationale de l'énergie dans un rapport publié mardi 20 avril. "Ce serait la deuxième plus forte hausse de l'histoire", note l'organisation qui dépend de l'OCDE. Cela est principalement dû à des pays, comme la Chine et le Brésil, qui "ont eu recours à des sources d'énergie peu chères et très polluantes comme le charbon pour donner un coup de fouet à leur production industrielle", constate William Collins.

Pour cet expert, "c'est un très mauvais signal, mais si cette hausse reste ponctuelle ça ne devrait pas faire une grande différence pour le réchauffement climatique sur le long terme". Il craint, cependant, que ces pays ne redeviennent dépendants à ces sources d'énergie sale et que les États ne fassent plus machine arrière "maintenant que les usines à charbon ont été remises en marche".

Les événements météorologiques extrêmes, liés au réchauffement climatique, ont aussi eu des effets plus dévastateurs pour les populations les plus fragiles à cause des mesures mises en place pour lutter contre le Covid-19, constatent les experts de l'OMM. Les limitations de la liberté de circulation des individus et des biens "ont réduit la capacité de faire face au fléau des invasions de criquets en Afrique de l'Est, au Moyen-Orient ou au Pakistan, et elles ont ralenti l'acheminement de l'aide humanitaire aux centaines de milliers de personnes déplacées à cause des cyclones dans les îles du Pacifique ou des ouragans en Amérique centrale", énumère Tom Oliver, professeur d'écologie à l'université de Reading, interrogé par le site Science Media Center.

La crise sanitaire a donc, à bien des égards, révélé à quel point il devenait urgent "de passer à la vitesse supérieure pour lutter contre le réchauffement climatique" et ses conséquences, note Cathy Clerbaux. Certains pays semblent d'ailleurs prêts à faire davantage d'efforts. "Le Royaume-Uni vient de prendre des engagements pour réduire davantage ses émissions, tout comme l'Europe, et même la Chine", rappelle Williams Collins. Mais ce ne sont que des déclarations d'intention, note l'expert britannique. Le sommet sur le climat organisé par les États-Unis pourrait être l'occasion de passer aux actes. Surtout si Washington et Pékin avancent, pour une fois, dans le même sens.