Rémy Ebanega: «Les footballeurs gabonais sont optimistes malgré tout»

Le Championnat de football du Gabon a repris ce 14 mai 2022 après près de trois années d’interruption. Pour les joueurs, c’est un premier pas, assure Rémy Ebanega, président de l’Association nationale des footballeurs professionnels du Gabon (ANFPG). L’ancien défenseur international presse toutefois les autorités locales de régler une dette envers les joueurs locaux qu’il évalue à 1,5 milliard de francs CFA. Entretien.

RFI : Rémy Ebanega, le Championnat du Gabon a repris ce 14 mai 2022 après trois années d’arrêt. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Rémy Ebanega : Je suis très content pour mes jeunes frères qui ont passé plus de deux ans sans jouer. Le fait que, déjà, ils reprennent, c’est une très bonne chose. Sachant que beaucoup, sinon la majorité, vivent de ce métier qu’est le football professionnel. Donc, le fait qu’ils reprennent, c’est déjà une petite garantie d’avoir quelque chose à la fin du mois, pour subvenir aux besoins de leurs familles, au-delà de cette joie de reprendre. Car, avant d’être un métier, le football est une passion pour eux.

Dans quel est l’état d’esprit sentez-vous les joueurs locaux ?

Ils sont très impatients d’en découdre ! Tellement impatients que nous sommes inquiets pour eux parce que plusieurs clubs les ont fait voyager sans qu’ils aient signé de contrats. Beaucoup de joueurs, même s’ils ont repris, n’ont pas encore reçu d’argent. Mais, ils sont optimistes, malgré tout. Ils rejouent parce que ça leur manque.

Mais nous, nous ne voudrions surtout pas que les dirigeants profitent à chaque fois de cette envie des joueurs pour faire comme ils veulent.

Concrètement, comment le Championnat de première division 2022 est-il censé se dérouler en un si court laps de temps ?

Nous avons tout de suite interpellé le ministère des Sports, la Ligue nationale de football (LINAF) et les clubs sur le fait que le Championnat doit se jouer en 11 semaines.

Nous avons trouvé assez dangereux pour la santé et la sécurité des joueurs de leur faire jouer trois matches en huit jours. […] C’est vrai qu’il faut boucler le Championnat pour pouvoir inscrire des clubs en coupes d’Afrique. Mais c’est d’abord la santé des joueurs qui compte.

Nous avons saisi les autorités et la Ligue pour revoir ce programme-là, parce qu’il est assez intensif et dangereux. Nous espérons qu’ils y ont mûrement réfléchi et nous restons attentifs.

Le Championnat est-il bien lancé ou y a-t-il un risque qu’il s’arrête à nouveau ?

Le Championnat est lancé. Mais c’est vrai que depuis 2014-2015, nous avons toujours eu des championnats qui se sont arrêtés. Et, à chaque fois que c’est lancé, nous disons que c’est lancé et qu’il ne va pas s’arrêter. Donc, nous espérons que ça ne va pas s’arrêter… […]

Maintenant, le plus important pour nous, que le Championnat s’arrête ou continue, c’est que les contrats que signeront les joueurs soient respectés.

Pourquoi le Championnat a-t-il été arrêté aussi longtemps ?

La seule entité qui pourrait répondre à votre question est le ministère des Sports. Il y a eu un décret qui interdisait la pratique du sport [le 4 novembre 2020, à cause du Covid, Ndlr]. Un an plus tard, lorsque l’État a décidé de libérer certains secteurs d’activité, nous sommes allés jusqu’à saisir le président de la République pour demander que le football reprenne parce que certains en vivent.

Malheureusement, ça a été très long, car ils n’ont pas écouté nos interventions. Puis, le gouvernement a décidé de tout relancer. Nous en étions déjà à plus de deux ans d’arrêt.

Il faut quand même souligner que dans les autres pays, cette situation n’a duré que 4, 5 ou 6 mois. Le CHAN s’est joué au Cameroun, la CAN s’est jouée au Cameroun. Tous les championnats en Afrique ont repris. Il n’y a que celui du Gabon qui a encore passé plus d’une année sans reprendre.

Les footballeurs professionnels gabonais ont campé durant 47 jours devant le ministère de la Jeunesse et des Sports pour réclamer le paiement d’une dette de 1,5 milliard de Francs CFA, soit 2,3 millions d’euros. Où en êtes-vous par rapport à vos revendications ?

Nous attendons la décision du ministère. C’est l’État qui règle cette dette. Je tiens à féliciter tous mes jeunes frères qui ont tenu près de 50 jours. Vous imaginez ? Matin, midi, soir, chaque nuit ? Il y a eu le soleil, la pluie… Ils sont restés là pendant tout ce temps. Je ne sais pas si ça a déjà été fait quelque part dans le monde. Donc, il faut vraiment les féliciter.

Le vœu de ces jeunes était qu’un geste en rapport avec la dette soit fait avant la reprise du Championnat. Malheureusement, le ministère des Sports n’a pas voulu le faire. Le ministre a déclaré que la dette était évaluée par un cabinet d’audit. Par la suite, ce cabinet d’audit nous a dit qu’il avait déjà effectué tout son travail, mais que certains clubs n’ont pas déposé tous les justificatifs nécessaires. Nous leur avons répondu que, si un club ne peut pas se justifier alors que le joueur l’a fait, autant tenir compte des éléments du joueur. Donc, pourquoi cela traîne encore ? Le cabinet a répondu qu’il attend que le ministère dise ‘ok’ pour qu’il dépose son rapport.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui. Il a fallu supplier certains jeunes d’arrêter le sit-in pour aller rejoindre leurs clubs. Dans le même temps, nous attendons le rapport d’Ernst & Young. Rapport que le cabinet aurait dû rendre en novembre 2021. Vous vous rendez compte ? […]

Comment expliquer que le Gabon, pays qui a dépensé des dizaines de millions d’euros pour organiser deux Coupes d’Afrique des nations (2012 et 2017), ait du mal à régler cette dette « modeste » envers ses footballeurs locaux ?

C’est une question assez complexe… J’ai envie de vous répondre que ce dossier de la dette, nous l’avons mis sur la table dès 2016, avec les clubs. Les clubs nous ont renvoyés à la LINAF. La LINAF nous a renvoyés à la Fédération gabonaise de football (Fégafoot).

Nous nous sommes ensuite tournés vers la Fédération internationale (FIFA), avant de revenir vers la Fégafoot et le ministère. La même question que vous me posez, nous nous la posons. […] Je ne sais pas quoi vous dire. Je pense que seul le ministre peut vous répondre. […]

Nous, à l’ANFPG, nous avons été obligés de mettre en place une boutique solidaire pour aider ces jeunes à avoir les produits de première nécessité. Pour ces jeunes qui ont fait deux ans sans accompagnement, je ne comprends pas comment on peut les regarder comme ça, sans leur payer une partie de leur dette. C’est un dû. Ils ont joué un championnat. On leur doit de l’argent. Mais pourquoi ne pas payer ? Je ne pense pas que ce soit un problème d’argent. Depuis 2017, nous avons apporté toutes les preuves qu’il fallait. […]

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