Régionales: une sévère déroute pour la macronie

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Le président Emmanuel Macron salue des électeurs au Touquet (Pas-de-Calais) le 20 juin 2021

Eliminées dans les Hauts-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Occitanie, à peine à plus de 10% dans les autres régions: les listes de La République en marche et de ses alliés ont connu une sévère déroute, dimanche soir, ôtant à la macronie toute possibilité d'être faiseur de roi.

"Je ne vais pas faire de langue de bois: oui, bien sûr qu'on a des déceptions" d'avoir "réalisé ce score-là", a euphémisé le patron du parti présidentiel, Stanislas Guerini, sur RTL.

LREM se voulait modeste, espérant recueillir 15% des voix, peut-être même davantage dans certaines régions, comme certains sondages optimistes le prédisaient. Las: le parti présidentiel n'a convaincu qu'environ 10 à 11% des électeurs.

Pire: il est éliminé du second tour en Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et surtout dans les Hauts-de-France, où le ministre Laurent Pietraszewski est annoncé entre 7,3% (Harris Interactive) et 9,1% (Ifop), malgré la présence de quatre autres membres du gouvernement sur sa liste - Agnès Pannier-Runacher, Éric Dupond-Moretti, Gérald Darmanin et Alain Griset.

La score est d'autant plus humiliant que le candidat sortant Xavier Bertrand (ex-LR) recueille entre 39% et 46% des voix, loin devant le Rassemblement national. Sa victoire annoncée dimanche prochain constituera une rampe de lancement idéale pour une campagne présidentielle dont la macronie se serait bien passée.

Ce dimanche enterre par ailleurs tout espoir de victoire au deuxième tour pour La République en marche et ses alliés en Centre-Val-de-Loire, où le ministre des Relations avec le Parlement Marc Fesneau (MoDem) fut longtemps présenté comme favori.

Avec un peu plus de 16%, il s'offre certes l'un des meilleurs scores de la majorité, mais derrière le sortant François Bonneau (PS) et le LR Nicolas Forissier.

De même, en Nouvelle-Aquitaine, la ministre des Anciens combattants Geneviève Darrieussecq (MoDem), avec environ 14%, ne peut nourrir d'ambition face au sortant socialiste Alain Rousset, qui a recueilli plus de 30%.

En Île-de-France, Laurent Saint-Martin n'a recueilli qu'environ 11,6% des suffrages, trois fois moins que la sortante Valérie Pécresse (ex-LR).

- Gouvernement fragilisé -

De quel match La République en marche peut-elle encore être l'arbitre? Peut-être en Bourgogne-Franche-Comté, où la liste macroniste (environ 13%) pourrait s'allier avec - ou se retirer au profit de - la sortante PS Marie-Guite Dufay, arrivée en tête (environ 26%), mais talonnée par le Rassemblement national et LR.

Un accord serait d'autant mieux vu par une partie des marcheurs qu'il donnerait un signal au centre gauche et contrebalancerait l'idée d'une droitisation de la majorité présidentielle, incarnée par la liste commune avec le LR Renaud Muselier dès le premier tour en Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

"Mais y a-t-il véritablement un risque RN?", s'est interrogé dans la soirée un cadre de LREM, qui n'excluait pas de se maintenir pour le deuxième tour, et selon qui "avant de se désister, il faut vraiment qu’il y ait une bonne raison".

Et, en Bretagne, LREM, arrivé deuxième ou troisième selon les instituts, devra se positionner face au sortant PS Loïg Chesnais-Girard, par ailleurs proche du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, arrivé en tête.

Idem en Grand Est, où la tête de liste macroniste, la ministre Brigitte Klinkert, pourrait se maintenir faute d'entente avec le sortant Jean Rottner (LR).

"Ça montre une chose, c'est que les scrutins locaux sont des scrutins locaux : quand on est déjà implanté, on peut continuer, et particulièrement quand les taux d'abstention sont aussi importants", a estimé Stanislas Guerini. "Quand on n'est pas implanté préalablement, c'est difficile; et pour nous, c'est difficile".

La sévère déroute de la macronie engage-t-elle pour autant le gouvernement et, a fortiori, le chef de l'Etat, à dix mois de l'élection présidentielle ? Si l'exécutif a toujours martelé qu'il ne serait pas lié par les résultats, la question d'un remaniement ministériel est désormais à nouveau sur la table, d'autant qu'une quinzaine de ministres étaient candidats.

"Je souhaite que (Jean Castex) reste" à Matignon, a dit Stanislas Guerini, sans évoquer son propre avenir à la tête du parti présidentiel, alors que le bureau exécutif de LREM doit être renouvelé le mois prochain.

La République en marche a par ailleurs considéré dimanche soir qu'elle avait, malgré la défaite, une raison de se réjouir: avec des scores inférieurs à ceux que les sondages lui prêtaient, le Rassemblement national pourrait échouer à conquérir une région dimanche prochain.

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