Régionales, présidentielle: après la "vague verte" des municipales, EELV voit plus grand

Clarisse Martin
Le nouveau maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, d'EELV (d), lors d'une réunion avec son équipe, le 29 juin 2020 à Bordeaux - MEHDI FEDOUACH © 2019 AFP

"Je pense que le temps de l'écologie est arrivé", triomphait Pierre Hurmic lundi matin. Le nouveau maire Europe Écologie - Les Verts (EELV) de Bordeaux a ravi la capitale aquitaine dimanche, mettant fin à une gouvernance exercée sans partage par la droite depuis la Libération.

Jusqu'à ce scrutin, seule la ville de Grenoble se trouvait dans l'escarcelle des Verts depuis 2014, devenant une "vitrine" du mouvement. À présent, le parti écologiste compte notamment - outre Bordeaux et Grenoble - Strasbourg, Lyon et sa métropole, Besançon, Poitiers, Tours et Annecy.

Une "vague verte" inédite a déferlé sur les exécutifs municipaux des grandes villes. Les écolos, qui avaient déjà obtenu un succès aux élections européennes en 2019 en arrivant troisième, confirment leur stature au sein des forces politiques, bien qu'ils ne dénombrent aucun député à l'Assemblée nationale et seulement la sénatrice Esther Benbassa au palais du Luxembourg.

"En tant que direction, on a l'impression d'avoir un peu entamé le plafond de verre", se félicite auprès de BFMTV.com Sandra Régol, secrétaire nationale adjointe d'EELV. "Ca fait quelque chose quand on apprend les résultats en plateau", confie-t-elle. Mais "avec une abstention aussi forte, c'est compliqué d'être complètement réjouie", tempère-t-elle.

Seuls 41,6% des électeurs se sont rendus aux urnes dimanche, selon le ministère de l'Intérieur.

"L'heure est à l'écologie"

"Indéniablement, l'heure est à l'écologie, du coup l'heure est au parti Vert", note la politiste Vanessa Jérôme, qui consacré sa thèse de doctorat à EELV. "Cela fait maintenant deux ans que la société se mobilise beaucoup", poursuit-elle auprès de BFMTV.com, s'appuyant notamment sur le succès des marches pour le climat.

Sur ces municipales, la chercheuse relève qu'"il n'y a jamais eu autant de listes d'union de la gauche avec une tête de liste EELV". Mais selon elle, la balance penche encore en faveur du parti dirigé par Olivier Faure, bien que considérablement affaibli depuis la dernière présidentielle. "EELV remporte plus de grandes villes qu'avant, mais le PS gagne plus de villes", ajoute la politiste.

Mais il ne faudrait pas, après le succès des Européennes et celui des municipales, estimer que la progression sera forcément continue, met en garde Vanessa Jérôme. "Les Verts sont abonnés aux résultats en dents de scie sur toutes les élections", souligne l'universitaire qui ne relève "aucune progression linéaire" dans le passé et note que la vague verte était déjà une expression avec le vent en poupe lors des municipales de 2001.

"Ce qui change maintenant, c'est que le discours ne tombe plus dans l'oreille d'un sourd. Maintenant on les entend, parce que le monde a changé", estime cependant Vanessa Jérôme. Pour elle, l'un des principaux enseignements du scrutin municipal est que "tout le monde à gauche a compris qu'il ne pourrait pas gagner seul."

EELV et le PS à jeu égal

"Le PS ne pourra plus jamais regarder les Verts comme avant, c'est-à-dire de haut. De la même manière que 'le complexe du tout-petit d'EELV', c'est fini", poursuit Vanessa Jérôme. "Ils vont se regarder à la même hauteur."

Dans le passé, EELV avait souvent été considéré comme un supplétif des forces de gauches, et spécialement du Parti socialiste, avec qui il est allié de longue date dans de nombreuses communes, comme Paris, où le candidat David Belliard s'est rallié au second tour à la maire sortante Anne Hidalgo, confortablement réélue à la tête de la capitale.

"On est en plein dans la recomposition du paysage politique, avec un nouveau paradigme qui est celui de l'écologie", analyse Sandra Régol. "C'est juste le début du travail (...) il faut qu'on réussisse", ajoute la numéro 2 d'EELV, sans estimer que les municipales ont placé le parti en orbite pour la prochaine présidentielle. "On n'a pas les logiques d'hégémonie des partis de gauche", fait-elle valoir, estimant que "chacun est issu de sa culture politique", mais "ce n'est pas qu'on ne veuille pas le pouvoir", précise toutefois la militante écologiste.

EELV en figure de proue à gauche en 2022?

Les Verts sont-ils devenus le nouveau centre de gravité à gauche? Lundi sur RTL, Olivier Faure, interrogé sur un éventuel rassemblement en 2022 derrière un ou une candidate EELV, s'est dit "prêt à (se) ranger derrière celui qui incarnera le bloc social écologiste", ce qu'il avait déjà dit par le passé.

"Il ne faut pas regarder les choses en fonction des origines de chacun, la question n'est pas d'où il vient mais où il va et où nous allons ensemble", a déclaré le premier secrétaire du PS.

En 2016, le candidat EELV Yannick Jadot s'était rangé derrière celui du Parti socialiste Benoît Hamon en vue de 2017, avec le succès que l'on connaît.

Pour Sandra Régol, que la reconfiguration politique actuelle soit ou non en faveur des Verts, pas question de se laisser griser par le succès: "On est dans une logique de construction. On a construit les Européennes, on a construit les municipales", défend-elle, en mettant le cap sur les prochaines échéances: "Il faut qu'on construise pour les régionales et ensuite pour la présidentielle. (...) Le sens de l'histoire, c'est de mettre en oeuvre des politiques écologistes. Mais la politique, c'est une histoire mouvante, instable. Rien n'est acquis."

Article original publié sur BFMTV.com