Régionales en France : après les tractations, place à la campagne

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Alors que toutes les listes des candidats aux régionales des 20 et 27 juin ont été déposées lundi, les manœuvres politiciennes vont pouvoir laisser la place à la campagne électorale. À un mois du premier tour, France 24 fait le point sur les enjeux du scrutin.

Alliance LR-LREM ou pas en Paca, forte présence de ministres candidats, union et désunion de la gauche : les dernières semaines ont offert aux électeurs, en amont de la clôture du dépôt des listes pour les élections régionales, lundi 17 mai, un florilège de manœuvres politiciennes et de tractations en coulisses.

Les candidats inscrits vont désormais pouvoir se concentrer sur la conquête des suffrages – la campagne officielle doit démarrer le 31 mai –, même si, comme pour le second tour des élections municipales de l’an dernier, le contexte sanitaire devrait grandement affecter la campagne sur le terrain.

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Les enjeux ne sont pas neutres : outre le contrôle de collectivités importantes et aux pouvoirs élargis depuis la réforme territoriale réalisée par François Hollande, il s’agira du dernier scrutin avant l’élection présidentielle de 2022. Les résultats des différentes forces politiques seront donc analysés à la loupe. Tour d’horizon.

  • Le Rassemblement national possible vainqueur en Paca

Représenté par l’ancien ministre LR Thierry Mariani, le parti de Marine Le Pen pourrait bien remporter en Provence-Alpes-Côte-d’Azur sa première région. Un sondage Ipsos pour France Télévisions et Radio France, publié le 11 mai, place le Rassemblement national (RN) en tête des intentions de vote au premier tour (39 %), devant Renaud Muselier (34 %) et la liste EELV-PS-PCF (20 %). Thierry Mariani est également donné gagnant au second tour.

Ce dernier bénéficie-t-il des nombreuses tractations à l’œuvre depuis plusieurs semaines entre le président sortant de la région, Renaud Muselier (Les Républicains), et La République en marche ? Celles-ci auraient contribué à brouiller les cartes, selon plusieurs observateurs. D’autant que le feuilleton a duré : l’alliance LR-LREM a été annoncée début mai par le Premier ministre Jean Castex puis contestée par les dirigeants de LR. Au final, Renaud Muselier partira sans membres du gouvernement ou parlementaires LREM, mais avec une quinzaine de "marcheurs" de la région.

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De son côté, un temps annoncée sur la liste LR, puis comme cheffe de file d’une liste LREM, la secrétaire d’État Sophie Cluzel ne sera finalement pas candidate aux régionales, le parti présidentiel préférant ne pas présenter de liste en Paca. Si, officiellement, il s’agissait pour LREM de s’allier à LR afin de faire barrage au RN, tout indique que la manœuvre visait à fracturer la droite, à un an de la présidentielle, entre ceux prônant un rapprochement des Républicains avec la majorité et ceux souhaitant au contraire affirmer une ligne politique bien distincte.

  • Dans les Hauts-de-France, cinq ministres en mission face au RN… et à Xavier Bertrand

La République en marche assurait vouloir faire barrage au Rassemblement national en Paca en s’alliant avec la droite. Mais dans les Hauts-de-France, une autre région où le RN pourrait l’emporter, elle tentera de s’opposer au parti d’extrême droite en présentant une liste constituée de poids lourds du gouvernement, quitte à affaiblir le président de droite sortant, Xavier Bertrand.

Pas moins de cinq ministres ont été envoyés au front : la tête de liste Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État chargé des Retraites, est entourée du ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, du ministre délégué aux PME, Alain Griset, et de la ministre déléguée à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher.

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Début mai, un sondage Ipsos donnait Xavier Bertrand en tête des intentions de vote aux régionales à 35 %, devant la liste RN emmenée par Sébastien Chenu (32 %), la liste d'union de gauche de l'écologiste Karima Delli à 20 % et celle de Laurent Pietraszewski à 10 %.

Sept autres membres du gouvernement seront candidats aux régionales, dont cinq, également, en Île-de-France : la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, la ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’État à l’Éducation prioritaire, Nathalie Elimas, et le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal – mais en position non éligible pour ce dernier. Le ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, est quant à lui candidat en Centre-Val-de-Loire, tandis que la ministre déléguée aux Anciens combattants, Geneviève Darrieussecq, est candidate en Nouvelle-Aquitaine.

  • Bertrand-Pécresse-Wauquiez : dernier test à droite avant 2022

Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez, respectivement présidents des régions Hauts-de-France, Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, auront à cœur d’être réélus pour garder intactes leurs ambitions présidentielles. Tous les trois ont fait de la sécurité leur principal thème de campagne.

Officiellement candidat à la présidentielle de 2022, Xavier Bertrand a annoncé qu'il se retirerait de la vie politique en cas d'échec aux régionales. Dans le même registre, Valérie Pécresse a elle aussi fait de sa réélection à la tête de sa région la condition à une éventuelle candidature à l’Élysée. Pour bien marquer leur opposition à Emmanuel Macron, tous deux ont d’ores et déjà exclu toute alliance avec La République en marche dans l’entre-deux-tours.

Enfin, s’il ne s’est pas déclaré candidat pour 2022, Laurent Wauquiez caresse l’espoir de se lancer dans la course. Seul membre de ce trio à être encore adhérent de LR, il a toutefois vu son image sérieusement écornée lorsqu’il était à la tête des Républicains, fonction dont il a démissionné au lendemain des élections européennes, au printemps 2019. Son objectif premier, lors des régionales, sera donc d’obtenir une forme de réhabilitation en étant réélu à la tête de sa région. Ensuite, seulement, pourra-t-il envisager un retour aux avant-postes et une éventuelle candidature à l’Élysée.

  • À gauche, la division comme règle, l’union comme exception

Le 11 mars, l’ensemble des partis de gauche dans les Hauts-de-France étaient heureux d’annoncer leur soutien à l’eurodéputée Europe Écologie-Les Verts, Karima Delli. Une union susceptible d’en entraîner d’autres, ailleurs en France, en vue des élections régionales.

Deux mois plus tard, force est de constater que la gauche s’est davantage illustrée par sa capacité à se désunir, les Hauts-de-France faisant figure d’exception. L’union semblait pourtant possible en Provence-Alpes-Côte-d’Azur au sein du collectif "Il est temps", mais EELV, le Parti socialiste et le Parti communiste ont fini par pousser vers la sortie La France insoumise.

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Ailleurs, toutes les combinaisons ont été explorées. De la désunion totale comme en Île-de-France – quatre candidatures avec Julien Bayou (EELV), Audrey Pulvar (PS), Clémentine Autain (LFI/PCF), Nathalie Arthaud (LO) – à l’union à géométrie variable comme en Pays de la Loire où EELV et LFI soutiennent l’ancien macroniste Matthieu Orphelin, tandis que le PS et le PCF ont pour tête de liste Guillaume Garot, ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire de François Hollande.

Ces élections serviront donc de dernier match, à moins d’un an de l’élection présidentielle, pour juger des forces en présence à gauche, en particulier entre EELV et le PS. Car de son côté, LFI semble s'être intentionnellement mise en retrait des régionales avec seulement trois candidats têtes de liste issus de ses rangs, tout en soufflant le chaud et le froid entre union dans certaines régions et guerre ouverte contre les écologistes dans d’autres.