Régionales: la droite veut conforter son ancrage avant la présidentielle

Claire GALLEN
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Conforter l'ancrage territorial avant de passer à la présidentielle: les régionales s'annoncent comme un scrutin test pour la droite, qui verra plusieurs de ses ténors aux éventuelles ambitions nationales remettre leur poste en jeu.

La droite dirige sept régions, et a bon espoir de maintenir ses positions en juin: "je suis confiant", assure à l'AFP le président de LR Christian Jacob, selon qui "quand les Français veulent confier les clés d'une collectivité, ils se tournent majoritairement vers les Républicains".

LR en veut pour preuve le résultat des municipales de l'an dernier, remportées pour plus de 50% par la droite.

A l'heure de la crise du Covid, où les présidents de région ont largement communiqué sur leurs actions de terrain, "on assiste à une sorte de municipalisation des élections", souligne Frédéric Dabi de l'Ifop.

"Les motivations sont autour du triptyque bilan-projet-incarnation qui favorise les sortants, et comme la droite a beaucoup de sortants, elle devrait s'en tirer", ajoute-t-il.

Les sondages confirment cette tendance, même si les présidents sortants prennent soin de retarder leur annonce de candidature.

En Ile-de-France, Valérie Pécresse est donnée en tête au premier tour devant Jordan Bardella (RN) et Audrey Pulvar (PS), et gagnante au deuxième, quoique avec une avance plus réduite.

Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand domine également la course devant le RN, arrivé en tête du premier tour en 2015 et qui envoie son porte-parole Sébastien Chenu. Mais la gauche, qui s'était désistée en 2015 pour faire barrage à Marine Le Pen, avancera unie.

Jean Rottner dans le Grand Est, Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes sont également favoris. En Normandie, l'allié centriste Hervé Morin jouit d'un taux d'opinions favorables élevé, même si les sondages donnent le RN de Nicolas Bay à un niveau conséquent.

Mais à l'heure où la question du "barrage républicain" agite les partis, le sujet des accords pourrait ressurgir - même si la consigne nationale de LR est: pas d'alliance.

En PACA ainsi, le RN est donné en tête au premier tour. Le maire LR de Nice, Christian Estrosi, plaide ouvertement pour soutenir la réélection d'Emmanuel Macron en 2022. "Je veux être très clair: je ne souhaite aucun accord d'appareil ou de parti avant le premier tour", affirme le président LR sortant Renaud Muselier.

- " Tremplin" -

Ailleurs, la donne s'annonce parfois délicate: dans les Pays-de-la-Loire la présidente LR Christelle Morançais pourrait être menacée par les Verts.

La Nouvelle-Aquitaine, où la liste LR sera emmenée par l'ex-maire de Bordeaux Nicolas Florian, "paraît très compliquée sur le papier mais les divisions de la gauche et des Verts font que des choses peuvent se passer", assure M. Jacob, selon qui la Bourgogne-Franche-Comté "fait partie des régions qui restent jouables" avec Gilles Platret.

Dans les régions "de conquête" (Centre, Bretagne), la partie sera rude pour LR, qui a désigné son numéro 3 Aurélien Pradié en Occitanie.

L'élection sera également scrutée en raison des potentielles ambitions nationales de plusieurs présidents sortants à l'approche de la présidentielle: Xavier Bertrand le plus fréquemment cité, Valérie Pécresse qui reste en retrait mais rappelle que "rien n'est joué pour 2022", voire Laurent Wauquiez qui garde ses distances avec la scène nationale.

La direction de LR s'agace de voir établir un lien entre régionales et présidentielle.

Mais une victoire nette impulserait une dynamique qui compterait dans la désignation du candidat. D'autant que la direction de LR souhaite éviter une primaire, à laquelle ne seraient pas hostiles certains prétendants comme le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau...

Les électeurs hésiteront-ils, à l'inverse, à voter pour un candidat risquant de partir un an plus tard pour la présidentielle?

"Cela peut jouer à la marge", estime M. Dabi, qui rappelle que "les élections intermédiaires ont parfois joué le rôle de tremplin".

"Mais l'enjeu principal reste la mobilisation. L'abstention a été majoritaire lors des élections récentes", et avec la crise sanitaire "ces régionales se présentent dans un contexte de désintérêt jamais vu", ajoute-t-il.

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